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UN ANGE PASSE - LAGOS LADY - LEYE ADENLE

Publié le par Bob

Introduction* : « Cette violence qui suinte continûment, qui peut jaillir à tout moment. Encore une fois, les cibles sont les femmes. Au même moment, d’autres hommes jouent à qui tue qui ? »

Nigéria. Lagos. On lui avait dit de ne pas sortir tout seul la nuit, on lui avait dit que la violence était partout, on ne lui avait pas dit qu’en sortant pour fumer une clope, il verrait sur le trottoir le cadavre d’une femme aux seins tranchés et qu’il serait embarqué par des flics plutôt antipathiques. Le reporter Guy Collins ne sait plus pourquoi il a accepté ce reportage sur les élections présidentielles. Par un heureux concours de circonstances, Amaka, la confidente et défenseuse des prostituées, va le sortir de ce trou à rats. En contrepartie, elle lui demande d’enquêter sur les meurtres et disparitions qui sèment la terreur dans les rangs de ses protégées. Quand il est question de juju Guy envisage de faire rapido-presto ses bagages.

Lagos est un monstre urbain. Cité tentaculaire qui devrait voir sa population atteindre les 25 millions d’habitants en 2020 - les chiffres sont invérifiables tant son développement est rapide. Ce n’est pas la capitale du Nigéria mais elle est considérée à la fois comme étant très attractive et d’une intense brutalité. Sa démesure engendre le désordre.

C’est dans cette mégalopole que se déroule cette histoire où l’on passe des quartiers déshérités à Victoria Island, secteur abritant les populations fortunées. Ainsi, le lien va se créer entre ces deux univers qui ont un point commun : la violence. Violence psychologique - intimidation, emprisonnement, domination -, violence physique - viols, meurtres, torture - ; violence policière, entre gangs, violence et rituels magiques. Cet aperçu des différentes formes de violence dans cette contrée fout les jetons. Fort heureusement, nous n’assisterons pas à toutes les scènes mais nous connaîtrons leurs conséquences, pas de racolage. C’est ainsi qu’en suivant les pas de Amaka nous allons découvrir la face sombre de la ville, ses proies - ces prostituées togolaises ou ghanéennes -, ses flics qui sont capables de tirer sur un cadavre dans le poste de police, ses élites corrompues qui conjurent le sort - les élections sont proches - en pratiquant des actes de sorcellerie ou qui fréquentent des harems de luxe dans des zones isolées, loin des regards, ses gangs adeptes du règlement de compte comme d’autres vont au supermarché. Le vice dans tous ses états.

Nerveux , bouillant, sans tomber dans le voyeurisme, ce roman décrit des personnages au profil très varié. Les dialogues fusent, fusillent et on est les témoins d’une danse sordide où se mêlent vicelards et martyrs, barbares et imprudents, corrompus et protecteurs. Aussi étrange que cela puisse paraître - en tenant compte de la panoplie ci-avant détaillée - l’auteur ne force pas le trait, on suit au plus près le combat de cette femme pour la défense de ces femmes. Un ange passe, qui se faufile entre les griffes du mal. On observe la détresse de ce pauvre journaliste dont le regard extérieur met en perspective les dérives de la folie. Grandeur et démence. On est rebuté par la vénalité de l’inspecteur Ibrahim. La conclusion est étonnante.

Dans Lagos Lady la société nigériane est sous le feu des projecteurs. Ce sont des ombres qui passent éclairées par le feu des fusillades, ce sont les regards malsains des uns et la frayeur des autres qui s’affichent. Exploration explosive d’une société en voie de développement. Un roman fougueux, obscur, à l’atmosphère poisseuse, (qui se doit d’être) dérangeant.

Mention : Merci à "813" ! Sinon, je cherche toujours l’humour qui est annoncé en 4e de couverture…

*Penny est mon assistante et amie. Elle intervient en introduction de mes chroniques.

« Lagos Lady» Leye Adenle, éditions Métailié, traduit de l’anglais (Nigéria) par David Fauquemberg, parution : 10/03/2016, pages.

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