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CANARI - DUANE SWIERCZYNSKI

Publié le par Bob

BEC ET ONGLES

Introduction* : « Toujours en congés. »

 

Lorsqu’on nous dit qu’il faut absolument lire The Blonde et que l’on a le dernier Swierczynski tout beau tout jaune sous la main c’est une aubaine. Notre cible sera donc ce Canari qui surprend autant qu’il captive mais cet attrait a un prix. Avant de développer nous devons exprimer notre réelle satisfaction en découvrant un auteur qui a un tempérament aussi pugnace que raisonné, aussi ardent que délicat. Si l’expression « la réalité dépasse la fiction » est souvent galvaudée ici l’auteur a misé sur la valeur fictive du récit, convention passée entre lui-même et le lecteur « ce que vous allez lire n’est que pure imagination ». C’est un thriller, un vrai de vrai, avec son suspense insoutenable, ses rebondissements exceptionnels, sa violence abrupte. Mais pas que. Ici nous acceptons l’invraisemblable et en redemandons - jamais rassasiés, toujours disposés à ingurgiter sa pitance imaginaire. Mais pas que. Comment s’affranchit-on du sortilège de ce vil sorcier ? Par la fable ? Le canari et les ogres ? Ou par ce qui parait être le plus probant : l’univers des supers héros. Certains lecteurs de ce roman vont probablement grogner « Mais on n’a pas lu le même bouquin… » Je suis désolé de leur dire que Honors Girl, la héroïne de ce roman, n’est pas un être humain aussi palpable que vous et moi. Quand tu lui tapes dans le dos ça fait mal aux paluches. Ce qu’elle parvient à endurer est digne d’un humanoïde. Il faut imaginer le contexte. Une jeune étudiante, pas même vingt balais, se retrouve embringuée dans un bordel sans nom - indic pour un flic qui souhaite vivement choper un gros dealer - et va affronter les pires salopards - des tueurs sadiques - avec un aplomb rarissime.

 

Mais pas que... Cette héroïne, cette super nana, est un petit canari fragile qui, par le biais de son journal intime, s’adresse à une maman disparue. Son papa psychologue est à la rue. Il boit, il cogite, esseulé. C’est intense. Ces discussions se mêlent au merdier ambiant. Des liens se créent. Avec maman, avec papa, avec le frérot, avec le flic. Contre la noirceur du suspense vient se blottir la pénombre obsédante d’une humanité qui cherche son second souffle, trop longtemps coupé. Et cette tension est portée par une écriture qui écorche, qui décrit un spectacle provocant qui fragilise les êtres tout en les rapprochant. L’auteur a les mots qui visent juste. Dans ce fatras de tordus émerge la tendresse, l’affection. Combat contre l’affliction. On est si loin des supers héros. On est au cœur d’un événement familial, au cœur d’une révélation pour le flic - il se nomme Wildey -, au cœur d’une menace pour sa chef. Et tout autour ça ferraille, ça deale et ça tue.

 

Notre canari est si petiot, si frêle que l’on ne peut s’empêcher de lui tendre la main. Mais un canari s’en fout un peu d’une main tendue, ce qu’il veut c’est voleter gentiment. Et sortir des griffes des matous affamés. Papa ! Canari est autant une épreuve pour l’oisillon que pour ses proches, ses patrons et tous les intervenants. Nul ne connaîtra la grâce. Comment l’auteur parvient-il a suturer les chairs blessées ? Par le miracle d’un talent que nous vous laissons découvrir…  

 

Mention : Parfois les supers héros sont plus humains que nos voisins…

*Penny est mon assistante et amie. Elle intervient en introduction de mes chroniques.

 

« Canari », Duane Swierczynski, éditions Rivages, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sophie Aslanides, parution : avril 2017, 450 pages.

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