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DES IMPIES EN ENFER - L’EXIL DES MECREANTS - TITO TOPIN

Publié le par Bob

Introduction* : « Ne priez pas pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort. »

Il doit fuir. La menace se rapproche. Le journaliste Boris Prévert va rejoindre Soledad son amie, presque amante, à Avignon. Il est accompagné d’Anissa, une jeune femme qu’il a rencontré dans le train. C’est avec un quatrième luron qu’ils vont décamper vers le Portugal. Les nouveaux gouvernements théocratiques qui dirigent la planète ne font pas de cadeau - on inocule les mécréants. Mais un autre danger va se présenter alors que la lieutenante Le Querrec part - avec une intention secrète - à la poursuite des fugitifs.

A la lecture du résumé, la question s’est posée de savoir comment l’auteur allait se dépêtrer de cette affaire. Pourquoi ? L’auteur n’est pas né de la dernière pluie (acide), cela s’entend, mais aborder un thème aussi vaste et riche que la dystopie - utopie qui part en quenouille (pour ne pas dire couille) - en moins de deux cents pages peut, de prime abord, paraître un peu hasardeux. Etant friands de ce type de récit - la SF ayant bercé notre jeunesse - c’est d’un doigt alerte que nous avons amorcé notre lecture. La réponse à notre doute nous est rapidement apparue sous la forme d’une cavale - cadre resserré sur quelques personnages. Ainsi, nous suivons le périple de Boris, libre penseur, qui devient une cible prioritaire. Il va se rendre avec ses partenaires à Lisbonne - un territoire qui semble épargné.

Alors que l’on cerne rapidement les nuances psychologiques des personnages - cernés certains vont l’être physiquement - grâce à la patte de l’auteur qui, de plus, distille une bonne dose de malice, la virée ne laisse que peu de répit. Alors qu’ils atteignent la terre d’accueil tant espérée, de pathétique la tonalité devient spontanément tragique. Si les impies ne croient pas au paradis, ils vont découvrir l’enfer. On entre dans un autre registre : le pire est toujours pire que ce que l’on pouvait imaginer.

Bien sûr, on aurait apprécié un traitement plus approfondi - en allongeant le récit - de ce totalitarisme religieux qui s’empare du pouvoir. Bien sûr, le lien est vite établi avec la résurgence des fondamentalismes et intégrismes que nous connaissons, leurs refus de la modernité. Le « désenchantement du monde » que prévoyait Max Weber est condamné. Mais l’auteur prend le parti d’un œcuménisme théocratique.   Quoi qu’il en soit, c’est en mettant en scène une poignée d’individus qui, pour des raisons distinctes, se trouvent dans une situation alarmante, que ce récit remporte l’adhésion du lecteur.

L’Exil des mécréants est un roman noir d’anticipation qui pioche dans le présent en décrivant le chaos d’un avenir peut-être pas si lointain. Avec cette féroce cabale qui plane sur le roman et ses personnages en déroute l’empathie gagne le lecteur notamment lorsque la conjoncture devient critique, lorsque la violence s’impose. Roman tout à fait recommandable.

Mention : Amen.

*Penny est mon assistante et amie. Elle intervient en introduction de mes chroniques.

« L’Exil des mécréants » Tito Topin, éditions La Manufacture de livres, parution : février 2017, 187 pages.

 

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