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DES EMMERDES PREMEDITEES ?

Publié le par Bob

DES EMMERDES PREMEDITEES ?

Introduction : « Bob, j'ai une de ces envies de pêcher. » Penny aurait-elle de farouches fringales ? Encore une fois, elle me surprenait. « Ca doit être chouette de partir à l'aventure comme ça avec une canne à pêche dans la malle de la voiture, de rejoindre un petit lac paumé et de bader le bouchon. » C'était donc cela. Mon amie poète d'un jour n'avait pas une pulsion indomptable mais seulement un désir de gaule passager. « Prend ta 206 bleu ciel, fonce d'une traite vers l'horizon azuré et lorsque tu arriveras sur les berges de ton étang vaseux bleu pétrole, regarde bien s'il n'y a pas un canard immobile. Si c'est le cas, file en vitesse ! »

Quand Il flingue un type et le balance dans la flotte et que l'étang une fois asséché délivre le cadavre, Il se dit que ouais il va finir en taule... 7300 jours, il a fait le calcul. Mais ce Il, sans nom ni prénom, va être relâché et je te prie de croire qu'Il va pas faire du gras avec des tueurs qui sont prêts à le flinguer pour un pacson de fric, avec Pete qui a une Harley - il est le frère de son ami Iggy qui avait une Harley - qui veut lui filer un coup de main, avec un gars qu'Il nomme Big Jim qui devient son associé et avec un « homme étrange qui ne parle jamais ». Il y a aussi des nanas qui chantent avec une guitare ou jardinent sans guitare, des porcs, beaucoup de porcs...

Parce que le personnage principal est le narrateur et qu'il ne fonctionne vraiment pas comme un individu lambda, qu'il agit parfois en dépit de tout bon sens et souvent à l'instinct, qu'il a des réactions de ouf en abordant ses concitoyennes, qu'il aime la couleur bleu, qu'il ne sait toujours pas qui il est, ce type va être servi cash - et va prendre sans compter - par une série d'emmerdes presque préméditées.

Faut pas sortir de Saint-Cyr pour piger assez vite que Jacques Bablon a pris un panard pas possible pour refiler au lecteur une surdose de jubilation noire. S’il avait pu, il aurait mis en action cette course effrénée en dépassant la vitesse de la lumière mais le père Albert en a décidé autrement. Ça déterre du macchabée, ça flingue du cochon (je recommande ce passage épique !), ça envoie des bastos par erreur sur un jeune couple d'amoureux, ça rejoue une scène de Breaking Bad mais avec une baignoire pourrie, ça bastonne bien sûr... Un univers qui tangue au fil des pages de la loufoquerie au glauque, de la fêlure à la balourdise, de la bagatelle à la perversion avec l’heureuse participation d’ affreux, sales et méchants, de cinglés, de victimes pas forcément consentantes. Tu veux une métaphore d'enfer ? Ce bouquin est le rugissement d'un souffle méphistophélique dans un ocarina, voilà ce que c'est.

A y regarder de plus près, « Trait bleu » avec ses airs de roman foutraque peut aussi laisser un goût amer dans les gencives. Ce que découvre le narrateur devrait finir par l’achever mais ce n’est finalement qu'une petite mort qui va le libérer de ses tourments. On partage avec lui ses contrariétés sur la fragilité de l’amitié, l’inconstance du désir amoureux et la gratuité du besoin de vengeance.

Avec ce premier roman le scénariste et dialoguiste Jacques Bablon – il a du métier et n’est pas né de la dernière portée - nous offre une galerie de gaziers à la limite de la caricature. Dépasser cette ligne de démarcation ferait basculer l'affaire dans le ridicule et c’est en misant sur cet infime intervalle qu’il donne toute sa subtilité à ce spectacle avec des images qui s’animent sur ces 150 pages. Le cul posé sur un strapontin, on bade.

« Trait bleu » est servi par un style qui se veut rebelle, hardi et cadencé par des dialogues qui bousculent. Une belle alchimie, dont on ne peut se défaire, qui transforme le pognon en plombs portée par un auteur qui file des coups de canif à la convenance puis laisse digérer le lecteur hagard qui en redemande.

J'attends impatiemment son prochain bouquin en espérant que la magie opère à nouveau. Une exquise découverte des Éditions Jigal.

Mention : BANZAI !

« Trait bleu», Editions JIGAL, Date de parution: Février 2015, 152 pages.

Jacques Bablon. Sa mère est née à Saint-Pétersbourg, lui à Paris en 1946. Il passe son enfance dans le 93 à taper dans un ballon sur un terrain vague triangulaire… Ado, il décide de devenir guitariste et de chanter du Dylan pour pouvoir draguer les filles… Mais devant le peu de succès récolté il préfère s’acheter une pile de disques (les Stones, Mozart, les Beatles et compagnie…) et un Teppaz. Plus tard l’exaltation artistique lui tombe dessus par hasard grâce à la peinture. Après avoir dessiné des bols, des cafetières, des pommes et des femmes nues, il devient professeur à l’École supérieur des arts appliqués. Parallèlement à sa carrière officielle d’enseignant heureux, il publie des BD chez Casterman et devient scénariste dialoguiste de courts et longs métrages. Il a toujours eu besoin de voir loin pour survivre, c’est pourquoi il habite en haut d’une tour. Mais le pire, c’est que des années après, il ne sait toujours pas où est passé son Teppaz…

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