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POUR UNE MECHE DE CHEVEUX

Publié le par Bob

POUR UNE MECHE DE CHEVEUX

Introduction : Penny est écœurée et elle en perd son latin « Bouleversée par cette histoire, je remercie Marie de nous l'avoir mise sous le nez. Le sauvage est en cage, c'est mon seul réconfort. »

1993-2011. Italie. La petite ville de P.. Il veut lui offrir un cadeau alors elle dit oui. Ce sera dans l'église alors elle est un peu rassurée. Parce qu'il est... spécial. Sa copine Elena l'attend à la sortie. Elle l'attendra longtemps. Damiano dit qu'elle est repartie. Avec le cadeau. L'enquête sera longue, très longue puisque Gloria a disparu.

« Prendre Gloria » est le second volet d'un diptyque « Prendre Femme »– dont le récit est tiré d'un fait réel – qui avait débuté par « Prendre Lily ». Je n'ai pas eu le plaisir de le découvrir et je craignais de ne pas avoir tous les éléments nécessaires pour une lecture idéale. Ce roman peut se lire indépendamment de l'autre même si, vers la fin de cette terrible histoire, le lien se crée. Bref, ne suivez pas mon exemple, lisez les deux et dans l'ordre.

« Prendre Gloria » étant un prequel on conçoit donc que ce retour aux sources contient des éléments majeurs concernant l'intrigue, que des révélations vont jaillir en éclaboussant le récit de sombres diableries. Gagné ! Cependant, assez rapidement, l'auteure confirme – puisqu'il ne pouvait pas en être autrement - l'identité de l'assassin mais l'enquête est bâclée alors il va falloir jouer à cache cache – attention, certains recoins sont infréquentables et nauséabonds. L'ossature est en place. Et c'est sur ce point précis de la forme du récit que se situe l’un des intérêts de ce roman noir, sa structure. Au centre trône la Miséricorde, l'église désormais maudite puisqu'il semble qu'elle a bel et bien englouti le corps d'une jeune fille de seize ans, très discrète. Tous les regards se portent sur elle. Ainsi, nous pénétrons dans ce sanctuaire à de multiples reprises pour y découvrir de sales histoires, des messes basses avec de nombreux paroissiens pas si drôles que cela. Ceux qui gravitent autour et qui sont liés à cette affaire vont livrer leurs lots de fatalités, de saloperies en tous genres, de machinations, de perversions. Existe-t-il des êtres sains d'esprit dans cette bourgade ? Les présumés innocents sont coupables et le présumé coupable est innocent ? L'auteure fait preuve d'une maîtrise absolue en ne suivant pas la chronologie des événements. Bien au contraire, elle nous apporte des éléments plus ou moins importants – en décrivant les agissements des protagonistes - sur l'affaire à des périodes différentes. Ce va-et-vient temporel méthodiquement bâti, qui se déploie de la disparition à la résolution, est tout bonnement diabolique.

« Faut vous dire Monsieur, Que chez ces gens-là, On ne pense pas Monsieur, On ne pense pas on prie. » Ça c'était avant car si l'un des personnages s'interroge enfin sur le bien fondé d'une religion imposée dès la naissance, une partie de la population finit par délaisser l'office dominical. Une révolution dans ce patelin pétri de coutumes profondément ancrées. Miserere ! Le doute a fini par s'installer. « Faut vous dire Monsieur, Que chez ces gens-là, On ne vit pas Monsieur, On ne vit pas on triche. » Le Réseau s'est mis en branle. Les pouvoirs judiciaire et religieux sont aux ordres. La bonne société transalpine en prend un sacré coup. Mais cela s'étend aussi aux petites gens, qui sont sur les rangs, dégoulinant d'abjection, de racisme, de soumission. Il s'en passe des trucs malsains dans la sacristie. Seul contre tous le frère de Gloria poursuit sa quête de la vérité et la police honteuse reprend son enquête. Tous ces nombreux personnages sont minutieusement mis en scène par l'auteure qui parvient à nous émouvoir avec son style fluide.

On crie au scandale en découvrant toutes les ambiguïtés de cette affaire car de ce fait divers, qui a ému la société italienne - et a fait évoluer la prise en charge des disparitions par les autorités -, Marie Neuser a réussi à mener à bien sa propre « enquête », à nous transmettre son empathie. Ainsi, avec « Prendre Gloria », elle nous livre par son engagement, sa justesse un roman saisissant.

Mention : Pour une mèche de cheveux..

« Prendre Gloria », Fleuve Editions, parution le 14 janvier 2016, 416 pages.

Marie Neuser est née en 1970. Agrégée d’italien, elle enseigne, vit et écrit à Marseille, sa ville d’origine. Elle est l’auteur de Je tue les enfants français dans les jardins (réédité chez Pocket en 2014), et Un petit jouet mécanique (réédité chez Pocket en 2015), Prix littéraire des apprentis et lycéens Paca lors de sa sortie. Après Prendre Lily, Prendre Gloria constitue le deuxième volet de son diptyque Prendre femme.

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