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LE DOUX FLEAU - UN PEU TARD DANS LA SAISON - JEROME LEROY

Publié le par Bob

Introduction* : « C’est marrant qu’il parle de Sarrant. On le connaît ce petit bled. Bob a de la famille tout près. Mais on n’a pas encore eu l’occasion d’aller à la Tartinerie. Sinon, quel beau roman ! »

2015. La filature de la jeune officier des services secrets n’est pas prévue dans ses ordres de mission et cela déplaît fortement à son chef et compagnon. La cible d’Agnès Delvaux se nomme Trimbert Guillaume. Il est écrivain et semble souffrir d’une lourde lassitude. Au même moment un phénomène étrange nommé l’Eclipse inquiète le pouvoir qui décide de le contrer. L’Europe semble sombrer dans un désordre général après les attaques terroristes. Pourquoi des milliers d’hommes et de femmes disparaissent-ils sans laisser d’adresse ?

Ceci n’est pas un polar. Jérôme Leroy met en scène un personnage principal dont la profession est agent des services secrets mais ce n’est pas un polar. Son fiancé surnommé « Le Colonel » est également son chef et ce n’est toujours pas un polar. Ils effectuent quelques menues besognes pas très propres mais décidément ce récit n’est pas un polar. C’est un roman intimiste, mélancolique. Agnès Delvaux vit avec sa fille à la campagne, dans le Gers, et se souvient. Elle raconte son parcours à Ava, quinze années plus tôt. Elle profitait des moyens mis à sa disposition dans le cadre de son travail pour suivre et espionner le dénommé Trimbert, la cinquantaine bien tassée. La suite nous dira pourquoi. Agnès et Guillaume se partagent la narration, à tour de rôle, et au fil de leur tourment, faux espoir ou quête se dessinent les contours d’un ordre social en déroute et, par là même, un accablement qui atteint les deux acteurs de cette fable finalement noire. Car la violence, aidée par la volonté arbitraire de l’état d’urgence, va s’abattre secrètement alors que Trimbert ressasse « Pont Mirabeau » - ce temps, affreusement sombre, qui passe - et que Delvaux poursuit sa traque.

C’est dans un cadre résolument social que l’auteur met en évidence un bouleversement qui commence à faire tanguer le vaisseau amiral de notre société de consommation. Est-il nécessaire de préciser qu’il s’agit du capitalisme ? Ainsi, il s’intéresse aux comportements de l’individu - et à l’évolution des mœurs de la société - confronté au totalitarisme de la croissance exponentielle. Quel est ce syndrome ? De catastrophes en attentats, de pillages des ressources en appauvrissements des masses l’être humain n’a pour seule solution que le replis. Sur soi et dans un univers qu’il va choisir, un cadre de vie détaché de la mondialisation où portables, Internet et autres polluants seront bannis. L’apocalypse selon Jérôme Leroy est un doux fléau. La fuite. Un peu tard dans la saison déploie une trame narrative où ces deux personnages sont impliqués. Un observateur et un observé. Ce dernier, Trimbert, présente des signes évidents d’un malaise chronique. La fin de l’Avant.

L’auteur nous offre sa version de l’avenir d’une humanité en déclin, en danger. Pas de cataclysmes ni de révoltes mais une prise de conscience qui aboutit à un rejet. Une révolte silencieuse. « Fuir, mais en fuyant chercher une arme » (G. Deleuze), une autre stratégie de lutte. Ce roman transpire la mélancolie qui nait de l’atmosphère résolument intimiste du récit. Par la voix de l’écrivain Trimbert, sont conviés Brautigan, Simenon et Aragon. Il hèle la poésie, unique rempart contre l’effritement. Un peu tard dans la saison est un roman attachant pour la proximité de ses personnages, séduisant pour son cheminement de pensée. « Larguons les amarres… délicatement ! »

Mention : J'me tire, j'me casse, j'me barre, bye, ciao !

*Penny est mon assistante et amie. Elle intervient en introduction de mes chroniques.

« Un peu tard dans la saison » Jérôme Leroy, éditions La Table Ronde, collection Vermillon, parution : 03/01/2017, 256 pages.

 

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