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LA DARONNE - HANNELORE CAYRE

Publié le par Bob

UNE HEROÏNE ET DU SHIT

Introduction : "On les trouve où les sacs Tati ?"

Par quoi commencer ? Tout d’abord, en avouant que nous découvrons la romancière. Puis en constatant que cette daronne qui apparaît sur la couverture n’est autre que l’auteure. Que ce personnage sur la photo  impose un certain respect, une attention particulière avec cette singulière posture - regard dissimulé et immobilité glaciale - entre ces deux gros sacs. En s’identifiant à son personnage Hannelore Cayre ouvre la boucle d’un récit empreint d’une implacable maîtrise. Cette femme nous semble être inébranlable. En effet, c’est le trait de personnalité manifeste que l’on retrouve dans le comportement de Patience Portefeux, qui ne fut pas toujours aussi intraitable.

 

C’est bien une patronne qui va éclore dans ce récit comme une plante sur le béton. Plante carnivore parées de tous ses atours pour attirer le chaland, en l’occurrence le dealer. Elle n’a pas toujours eu une main de fer, a connu les désagréments de l’infortune. Et son enfance dorée est si lointaine. Pourtant si proche lorsqu'elle interpelle son passé. Comment oublier La Propriété où le père avait installé sa famille pour gérer ses affaires ? Et ensuite comment devient-on une veuve sans le sou ? Pour Patience il n’est point question de ressasser - quoique. Le père n’a rien laissé, le mari non plus, mais traduire des écoutes pour les Stups peut être une source miraculeuse. Eurêka ! De là jaillit ce qui va lui permettre de quoi raquer l’ahurissante pension pour la maison de retraite de sa mère. Je deale, tu deales, Elle deale… Mis à genoux, jamais les racailles refourgueurs n’ont eu un tel interlocuteur. Jamais au grand jamais.     

 

C’est un univers diabolique que nous a réservé madame Cayre. Si elle convoque quelques succubes pour darder à satiété - qui mettent en branle de délicieux remous - c’est avec une  pétulance communicative qu’elle va explorer l’âme de cette femme qui tente l’aventure d’une vie à inventer. Changement de statut, de spectatrice elle se métamorphose, en enfilant son manteau, son hijab et ses lunettes noires, en une étonnante héroïne. Son inattendue fermeté va mettre à bas son renoncement. Si la subtilité du dénouement achève de nous convaincre que ce roman est plus qu’attrayant, c’est la tournure du récit qui ravit - transport et enlèvement - le lecteur en l’entraînant dans les pas de son personnage.

 

Maniant la dérision comme un conducteur de pelleteuse enfonce un clou, l’auteure nous offre quelques heureuses et délectables trouvailles dans ce portrait de femme. On gardera longtemps en mémoire de nombreuses situations aussi cocasses qu’extravagantes : le symptôme dont est atteint Patience, etcette propriété près d’une autoroute qui a la propriété d’être un site du malheur - notamment son terrain qui n’a jamais été aussi fertile que lorsqu’ils l’ont quitté, parait-il, encore ces étonnants voisins chinois. Mais elle sait aussi égratigner lorsqu’elle évoque le travail au black de Patience - payée par un Ministère.   

 

La Daronne est un récit morderne et mordant qui vire au noir. Avec cette femme qui s’enferme dans une logique de survie, et alors que l’on pourrait l’assimiler à un jeu de dupes, on découvre une patronne qui se découvre pugnace et sa petite entreprise qui …vous connaissez la suite. Le ton est enlevé et audacieux. On mord dedans, ça craque sous la dent, c’est du verre pilée.  

 

Mention : Une daronne. C’est tout à fait fortuitement que nous avons visité le site L'argot, avec Bob, l’autre trésor de la langue : daronne Mère ; > mère des voleurs ; maîtresse ; patronne, patronne de bordel, tenancière de maison close ; maîtresse (d'hôtel garni) ; mère (religieuse?) ; bourgeoise, femme d'un certain âge. L’expression comme daron et daronne exprime ce qui est intensif de qualité, de compétence.

*Penny est mon assistante et amie. Elle intervient en introduction de mes chroniques.

 

« La Daronne  », Hannelore Cayre, éditions Métailié, parution : 9 mars 2017, 176 pages.

 

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