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PAS DE PAIX POUR LE HAVRE

Publié le par Bob

PAS DE PAIX POUR LE HAVRE

Introduction* : « Mais c'est du Zola revisité par Simenon... »

Le Havre. 1922. Les métallos sont en colère et en grève. Dans sa grande mansuétude et profitant de la reconversion industrielle de l'après-guerre le patronat a décidé une baisse des salaires. Un journaliste local va suivre ces événements au plus près.

L'auteur de romans noirs s'est découvert une « fibre sociale », une attirance pour le début de ce siècle et s'est offert de longues périodes d'immersion dans les archives. En 2004 Philippe Huet, Havrais de cœur, a consacré son roman Les quais de la colère a une affaire qui fut qualifiée ainsi : « Affaire Dreyfus du pauvre ». Il n'a pas souhaité en rester là et a proposé en 2015 Les émeutiers. Avec Le feu aux poudres, dernier volet à paraître au mois d'avril 2016, c'est ainsi une trilogie qui retrace l'histoire de cette région marquée par des luttes sociales et par, je le cite, « une véritable épopée ouvrière ».

Le récit s'ouvre sur l'image terrible de ces enfants que l'on a regroupés pour quitter la région et rejoindre leurs familles d'accueil. Cette grève met les familles à genoux. On connaît cette histoire de marmite à faire bouillir. Mais les métallos sont à fond dans leurs convictions, il ne faut pas lâcher. Les plus acharnés, les syndiqués répondent présents pour remonter le moral de leurs camarades. Il ne faut pas lâcher. Certains seraient tentés. Toujours cette histoire de marmite. Les femmes ont leurs mots à dire. Elles y trimaient dans ces usines pendant que leurs hommes se faisaient tirer comme des lapins. La Grande Guerre a laissé des traces chez les femmes et les hommes. Il ne faut pas lâcher. Dans ce contexte pesant et survolté, on va suivre Victor Bailleul l'ouvrier téméraire et le journaliste du Havre-Eclair Louis-Albert Fournier. La situation va devenir insupportable lorsque l'ultimatum est lancé : la garde va charger si la grève ne cesse pas.

« Même le cimetière a une tête de coupable »

La trouille des Bolcheviques, casser du Rouge, faire la nique au peuple, putain de CGT, les tenanciers soutenus par le Pouvoir veulent écraser la révolte ouvrière. Sans concession. Il y aura des victimes. On retrouve tous les acteurs, ayant existé, de cette période troublée par une folle violence. Du beau linge... sale. Le patron de presse lécheur de pompes, le maire girouette, le généralissime général. Il fallait en avoir pour tenir le choc et Philippe Huet nous le démontre avec cette détermination des métallos qui, contre vents et marées, s'unissent et font rempart. Le journaliste finira par se ranger de leur côté et l'amour se sera envolée.

« - Vous n'allez pas publier ça, hein, Fournier ? Trois cent ou quatre cent morts... Dans ma ville ! Il est fou. Pas cette phrase... faut pas, mon petit Fournier.

- Je vais me gêner, raille Louis-Albert. »

Social, historique « Les émeutiers » n'en est pas moins noir. Ce sont des portraits désarmants de personnages en action, une fresque animée, le cadre serré d'une révolte que l'auteur parvient à nous dépeindre avec une vigueur et un réalisme mordants.

Mention : Parfois j'envie Penny. Là où j'ai mis une page entière, elle a su le résumer en une ligne.

*Penny est mon assistante et amie

« Les émeutiers »; Editions Rivages ; Date de parution : avril 2015 ; 288 pages.

Journaliste et écrivain, Philippe Huet a été lauréat du Grand Prix de littérature policière.

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