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TRAUMA A STROMA

Publié le par Bob

TRAUMA A STROMA

Introduction : Aux dernières nouvelles Penny serait sur une île écossaise dans sa nouvelle communauté. Ils ont monté de grands tipis et seuls les embruns les incommodent. Sa carte postale dit à peu près ceci « Bob, c'est FOR-MI-DA-BLE ! Nous vivons en harmonie avec la nature qui est cependant plutôt inhospitalière, je le reconnais, mais tellement SPLEN-DI-DE ! Nous sommes à l'écart d'un petit village dont la population semble ne pas trop apprécier notre présence. Bah, je suis sûre que nous deviendrons amis avec les habitants de Stroma... »

Eddie a quitté son emploi de flic sur le continent et reprend une boutique qui appartient à son père, maire de la ville, sur la minuscule île écossaise de Stroma. On ne peut pas dire que leurs relations se sont améliorées. Un squelette est trouvé dans un chantier. C'est Moira, flic et ex-copine de Eddie, qui va mener l'enquête. Elle craint son retour sur Stroma. Et elle n'a pas tort.

Un roman à thème insulaire et tout particulièrement sur un îlot de 6 km² comporte certaines caractéristiques. Nous sommes quasiment dans un huis-clos. L'isolement, la contiguïté, le silence voire parfois la consanguinité sont autant d'épreuves à endurer. Les caractères se façonnent au rythme du ressac contre les rochers, aux horaires des navettes du ferry et aux rendez-vous au seul pub du patelin. Ce sentiment d'immuabilité peut gangrener jusqu'à l'abattement. Stroma ne déroge pas à cette règle. Si l'insularité tape sur le système de certains autochtones, elle est aussi une aubaine pour étendre leur pouvoir. Roy le maire paternaliste et Graham le prêtre ne s'en privent pas. Malgré les rivalités avec quelques téméraires, ils font leur loi et la population se soumet. C'est dans cette ambiance pesante que Moira réapparaît pour résoudre l'énigme du squelette. Tout comme Eddie - et son frère Johnny - elle a abandonné cette île pour enfin connaître la liberté. Les deux sont tenaillés par la solitude et, malgré les balafres du passé, unissent leur efforts pour enquêter.

Fichtre, quelle ambiance dans ce trou-du-cul du monde où non-dit et amertume sont les deux termes à la mode ! Si tu veux te faire des amis et parler du bon temps c'est pas la bonne adresse. Bon, reste le Puff Inn, le pub où tu pourras te mettre minable en commençant par la Stromian's, la bière locale puis enchaîner avec un sky du coin, un bon Stroma 18 ans alors que la radio locale diffuse Let it all come down des Simple Minds. Ça va te filer une pêche d'enfer... Tu l'auras compris, la vie sur l'île c'est boulot, bistrot, dodo. Parfois ça commence direct avec le bistrot. Mais là, je te cause de la gente masculine. Les femmes de Stroma sont quasi inexistantes tout le long de cette histoire. Tu comprendras pourquoi lorsque tu tourneras les dernières pages. Dans ce cadre parfaitement ciblé, à peine le pied posé sur l'embarcadère, on souffre de cette atmosphère délétère qui n'aura de cesse d'augmenter au fil des événements. Les personnages ont tous leur part de responsabilité puisqu'ils sont atteints du syndrome de Stroma, le devoir de solidarité érigé comme un étendard et pour lequel il na faut jamais déroger.

Chaque chapitre donne la parole à un personnage, ce qui accentue le trouble puisqu'on pénètre dans le dédale des pensées des narrateurs. Je n'avais pas encore rencontré cette formule qui sied idéalement au récit. Cependant le style gagnerait à être plus étoffé. De conversations en conciliabules d'apartés en tête-à-tête, de joutes en interrogatoires, l'auteur comble les brèches et cadence son récit. Prends le ferry pour « L'île des hommes déchus » et fais gaffe au trauma de Stroma !

Mention : J'ai osé mettre ma tête entre les crocs du Caïman. Tout mignon, tout gentil il a roté... J'en garde cependant ce sentiment d'invulnérabilité que Roy et Graham ont bien connu.

« L'île des hommes déchus », Les éditions du Caïman , Date de parution Décembre 2013, 252 pages.

Guillaume Audru est né en 1979 à Poitiers. Il est tombé dans la marmite du polar dès sa prime jeunesse, préférant lire Agatha Christie ou Maurice Leblanc plutôt que Oui-Oui. Et ses études dans le domaine de la logistique, où il a ingurgité Ellroy plutôt que les lectures obligatoires de Maupassant, n'y ont rien changé. Le polar est devenu pour lui une telle religion qu'il crée le blog désormais incontournable : "Territoires Polars". Et, de fil en aiguille, après plusieurs essais infructueux, il s'est attelé avec un égal plaisir à l'écriture de son premier polar. Aujourd'hui, il travaille pour un grand groupe privé et est aussi le président de l'association poitevine "L'Instant Polar".

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