Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

QUAND L’INHUMANITE PREND RACINE - PSSICA - EDYR AUGUSTO

Publié le par Bob

Introduction* : « Les femmes ? Des proies. Les femmes ? Des marchandises. Les femmes ? Ce qu’elles subissent est à vomir. Assommée, j’ai parfois lâché le bouquin... pour balancer des tatanes dans le mur. Qu’il m’en excuse. »

Brésil. Belém. Delta de l’Amazone. Janalice est punie par ses parents. Elle ira chez sa tante. La ravissante adolescente est vilaine. Trop ravissante car elle attire les vautours. Kidnappée, elle va agrandir le cheptel des marchands de chair. Amadeu reprend du service et va mener l’enquête. C’est au cœur du pire, là où tous les trafics sont gérés par des hommes sans foi ni loi, qu’il va rencontrer l’horreur, la malédiction.

Celle-ci semble pénétrer et roder dans ces contrées comme s’immisce la poisseuse puanteur de la putréfaction pour ne jamais nous quitter. L’ impensable y côtoie l’abominable et toute sa cohorte de able. Malédiction innommable. Images insoutenables, épouvantables. C’est la pssica.

Nous découvrons l’auteur avec ce récit - des lacunes à combler car nous avons vécu une intense expérience. Edyr Augusto dissèque. Une autopsie sociale. Il est nécessaire d’admettre cet état de fait pour faire fuir une perception voyeuriste qui occulterait l’engagement de l’auteur. Car plonger dans cet enfer provoque un malaise. On ne peut en sortir intact. Quand la virginité est heurtée, meurtrie, mutilée. Quand la sauvagerie est la règle. Quand l’ignominie s’expose. Le vieux flic, Jane - Janalice n’existe plus -, Portuga, Preá. Certains cherchent, un autre fait des affaires, une autre succombe. La femme de Portuga a été assassinée, démembrée. Il part sur une piste qui, comme Amadeu, va le conduire en enfer. Sur les lieux des crimes, des magouilles où Preá est actif mais lui aussi n’est pas épargné. A Malin, Malin et demi. Or, prostitution d’enfants, drogue, piraterie. Pour mener à bien ces divers trafics, le Pouvoir est conciliant. Le Pouvoir aime les jeunes filles. Il ferme les yeux et ouvre sa braguette. Il peut également libérer des coupables.

Dans ce delta de l’Amazone on navigue sur un flot de terreur, de menaces. Quand l’inhumanité prend racine seule la mort est enfin libératrice. Parfois, l’épouvante prend fin en Guyane. Parfois, un semblant d’espoir semble naître. On respire. Enfin, dans les dernières lignes. Après une course effrénée en apnée. Car l’auteur a banni l’interruption. Les cent-quarante pages sont sans tronçon. La scie attaque la chair, les âmes, et ne s’arrête que lorsque les membres sont à terre, les cerveaux dévastés. Il fallait ça. Il fallait des dialogues intégrés dans le texte. Il fallait intégrer le Mal pour comprendre. Sentir la morsure des dents de la lame. Pour ne plus continuer à se convaincre que ce n’est pas un mauvais rêve. Qu’il déteste ce qu’il expose sur son étal. Avec son style. Sans outrance tapageuse, démonstration bruyante. L’auteur accuse.

Nous n’avons été que très rarement confrontés à un tel état de violence. En s’engageant dans cette voie Edyr Augusto prouve que sa détermination et son talent peuvent forcer les barrières mentales. Le lecteur pourra s’en convaincre. Parce que Pssica est souvent insoutenable, parce qu’il sort de la norme, parce que son auteur témoigne, il faut le lire.

Mention : Nous lui conseillons d’oublier le ballon. « Edyr Augusto est né en 1954 à Belém. Journaliste et écrivain, il écrit toujours pour le théâtre. Passionné de football, il donnerait tout pour devenir joueur professionnel. »

*Penny est mon assistante et amie. Elle intervient en introduction de mes chroniques.

« Pssica » Edyr Augusto, éditions Asphalte, parution : 9 février 2017, 150 pages.

Voir les commentaires

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 200 > >>