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POUSSIERE SANGLANTE - IL ETAIT UNE FOIS L'INSPECTEUR CHEN - QIU XIAOLONG

Publié le par Bob

POUSSIERE SANGLANTE - IL ETAIT UNE FOIS L'INSPECTEUR CHEN - QIU XIAOLONG

Introduction* : « Je craquerai bien pour le tofu fermenté qui pue ! »

Shanghai. Début des années 70. Chen Cao est un jeunot, il est en primaire. Il assiste à des événements dans l'hôpital investi par l’Équipe de propagande de la pensée de Mao. Sa famille subit les foudres de la Révolution culturelle mais il décroche son diplôme universitaire et est affecté d'office dans un commissariat où il doit traduire un manuel de procédure américain. « Suite à la nouvelle vague de propagande sur la place des intellectuels dans la réforme chinoise, la police venait d'augmenter son quota d'universitaires. Chen n'avait pas pu refuser. » Il est livré à lui-même et profite de sa situation pour lire des polars. Mais il va être amené à mener une enquête personnelle lorsqu'un habitant de sa Cité de la Poussière Rouge est assassiné. Chen parvient à dénouer les fils et révèle le nom du coupable à son chef. C'est ainsi qu'il est nommé inspecteur. Dans le dernier chapitre l'auteur se livre...

Je dois bien avoir dans ma bibliothèque un ou deux Qiu Xiaolong mais voilà que je découvre le shanghaien avec ce roman très intimiste qui revient aux origines de son inspecteur favori. Finalement, ce prequel est pour moi une parfaite mise en bouche qui va me permettre de poursuivre mes lectures de cet auteur. S'il demeure aux US depuis 1988, c'est grâce aux enquêtes de son héros que l'on s'immisce au cœur d'une société et plus particulièrement d'une ville puis d'un quartier populaire, la « Cité de la Poussière Rouge », où l'auteur a vécu durant ses jeunes années - deux recueils nous livrent des instants de vie de cette cité.

C'est ainsi que nous allons à la rencontre des habitants de la « Cité de la Poussière Rouge » - l'auteur précise dans une interview que Poussière Rouge est « une métaphore employée pour représenter le monde matériel et ses contraintes » - dans ce dernier roman à paraître le 3 octobre 2016. Il est important de préciser que dans le préambule et le dernier chapitre Xiaolong relate des pans de sa vie qui dénotent un désir profond de partager en tête à tête, ouvertement – il est évident que ses romans ont un lien direct avec ses expériences personnelles – avec le lecteur. L'histoire de Chen Cao commence plutôt mal puisqu'il va constater de visu les ravages du dernier commandement de Mao radicalement appliqué : « La classe ouvrière doit être la classe dirigeante dans tous les domaines ». C'est un gamin et il est évident que cela va conditionner sa future existence. Un ouvrier d'une fabrique de gants va tout bonnement prendre la place d'un médecin - lui-même étant affecté aux travaux de ménage – et va prendre l'initiative de lui remettre une ordonnance en suivant les prescriptions du Manuel du médecin aux pieds nus qui mettait l'accent sur la médecine traditionnelle. Une entrée en matière pour nous jeter dans le bain saumâtre de ces années bousculées par la Révolution culturelle – sachant que la famille de Chen a été martyrisée. Ensuite, nous allons suivre son évolution dans son parcours de la naissance de ses premières bouffées amoureuses à sa nomination, tant espérée, au poste d'inspecteur de police. L'auteur maintient la pression puisque Chen va gagner ses galons tout seul comme un grand en exploitant ses indéniables qualités d'enquêteur et en navigant habilement dans le système. C'est au cours de ses déambulations et grâce à ses connaissances dans la Cité de la Poussière Rouge qu'il va résoudre l'énigme alors que la fortune de la victime pouvait attirer plusieurs canailles. Il est indispensable de remarquer le goût immodéré pour la gastronomie de Chen.

Il était une fois l'inspecteur Chen n'est pas un roman trépidant, il faut surtout retenir la situation dans laquelle se débat le personnage fortement traumatisé mais gardant avec opiniâtreté une ambition secrète qui va lui permettre de sortir gagnant de cette gangue insupportable. Il est évidemment une parabole dont certains fragments sont à mettre en relation avec l'itinéraire de l'auteur. Qiu a, à l'image de Chen, obtenu sa revanche contre un système et un exil forcé. Le récit est agrémenté de nombreux poèmes et le style simple nous permet de toucher du doigt des existences bouleversées et abruties dans une conjoncture difficile, un cadre verrouillé, malsain où la fourberie, la corruption et la perversité sont de mise. Un roman poignant où les douleurs du passé sont autant de poignards plongés dans des corps déjà meurtris.

« Ensuite, elle a dû rester debout dans la rue, un tableau noir autour du cou avec son nom barré au-dessus de la phrase : Pour ma résistance contre la Révolution culturelle, je mérite de mourir des milliers de morts. »

Mention : Je remercie les Editions Liana Levi qui ont joint à ce roman un petit recueil inédit de poèmes de l'auteur avec son portrait-interview, Il était une fois Qiu Xiaolong .

*Penny est mon assistante et amie. Elle intervient en introduction de mes chroniques.

« Il était une fois l'inspecteur Chen », Editions Liana Levi, Trad. de l'anglais (États-Unis) par Adelaïde Pralon, parution 03/10/2016, 240 pages.

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