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CA VA LUI COUTER UN REIN - LE VERGER DE MARBRE - ALEX TAYLOR

Publié le par Bob

CA VA LUI COUTER UN REIN - LE VERGER DE MARBRE - ALEX TAYLOR

Introduction* : « J'ai cru voir le diable... Il ne laisse pas de marbre ! »

Kentucky. Où coule la Gasping River. Cette nuit-là c'est le jeune Beam Sheetmire qui s'y colle pour gérer le bac. Mais l'inconnu un peu pouilleux qui se présente à lui à une attitude bizarre et ça ne se passe pas bien du tout. Clem, son père, lui conseille de filer rapidos car le type désormais au fond de la rivière n'est autre que le fils du tout-puissant Loat Duncan. La chasse à l'homme peut commencer.

Le culte du Mal semble avoir pris possession de ce Sud noir, que l'on a déjà parcouru, qui va s'imposer dans ce récit où la superstition convole avec la misère. Sud rural que l'auteur décrit avec maints détails qui permettent de nous fondre dans ces terres – lazarets - qui vomissent des infortunes à la pelle comme elles savent si bien le faire. Dans ce coin paumé on naît, survit et finit au fond d'un trou – pas toujours de mort naturelle – avec un putain de fardeau sur les reins. L'auteur n'a pas lésiné sur la marchandise du côté des personnages aux profils plus rustiques tu meurs et parfois ils meurent. Certains vont faire montre d'une capacité exceptionnelle pour franchir des sommets de violence, les autres les subissant ou se rebellant parfois violemment. C'est donc à une galerie de portraits frisant le « Concours des sales types et freaks réunis » qu'il est nécessaire de se coller pour bien cerner l'indiscernable. Dans le rang des freaks c'est Daryl qui remporte le pompon. C'est un maquereau avec des moignons, un drôle de poisson qui tient une boîte où un bouc – symbolisant les péchés - trône sur la scène. Il crie vengeance et connaît fort bien Loat. Une saloperie sur pattes qui fait régner la terreur malgré ses problèmes de santé. Puis apparaît le camionneur totalement détraqué en costume sale. Sûr qu'il a dû raboter ses cornes pour passer inaperçu mais cela ne dure qu'un instant puisque sa folie dévastatrice est sans égal. La famille Sheetmire va les trouver sur sa route. Beam, ce pauvre garçon qui n'a pas grand chose dans la caboche, aussi têtu qu'immature, mais qui s'interroge tout de même sur l'origine de son géniteur. Sa fuite va-t-elle lui servir de révélateur ? Sa mère Derna est bien la seule personne à peu près équilibrée qui a connu maints revers et disgrâces. Cette femme au caractère bien trempé secoue les consciences. Et l'on retiendra l'apparition quasi surréelle de Pete. Bonhomme vivant de rien ou de pas grand chose, qui cueille du ginseng et qui fait du verger de marbre sa tanière pour laisser passer les orages de plombs.

« - C'était pas ça avant, dit-elle. Je me rappelle l'époque où on pouvait enflammer une allumette au robinet tellement y avait du souffre dans l'eau.

Loat eut un sourire en coin et gratta le bout de son nez.

- Plus maintenant, répondit-il. J'ai enfin réussi à convaincre ces enfoirés du comté de faire venir les canalisations de la ville jusqu'ici. (Il désigna la tasse de ses mains.) C'est une des meilleures eaux que l'argent sale peut acheter. »

Mais Le verger de marbre ne se vautre pas seulement dans la violence brute car il est doté d'ingrédients qui en font un vrai bon roman. Alex Taylor aborde le thème de la filiation et se penche sur cette population qui tire le diable par la queue – quand il n'est pas occupé à pratiquer une opération rénale. Si l'auteur a le sens du rythme, son écriture n'en est pas moins ouvragée qui offre de belles pages pour dépeindre ce Kentucky abîmé qui n’attend que les miracles - qui ne sont que mirages - pour sortir de sa gadoue empestée. Cette nouveauté Néo Noir tient ses promesses au delà de nos espérances.

Mention : Ça va lui coûter un rein !

*Penny est mon assistante et amie. Elle intervient en introduction de mes chroniques.

« Le verger de marbre », Éditions Gallmeister, Collection Néonoir, parution 18/08/2016, 288 pages.

Alex Taylor vit à Rosine, Kentucky. Il a fabriqué du tabac et des briquets, démantelé des voitures d'occasion, tondu des pelouses de banlieue et aussi été colporteur de sorgho pour différentes chaînes alimentaires. Il est diplômé de l’université de Mississippi et enseigne aujourd’hui à l’université de Western Kentucky. Ses nouvelles ont été publiées dans diverses revues littéraires.

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