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POLAR RURAL BOREAL - LE DERNIER LAPON - OLIVIER TRUC

Publié le par Bob

Introduction* : « Bon, tout ça c’est bien mignon mais le Père Noël s’est encore gouré de cheminée. Je commande un Chanel 5 et il me livre une eau de Cologne. »

Laponie. Kautokeino. Klemet contemple le retour du soleil, c’est la fin de la nuit polaire. Mais de sombres desseins vont assombrir cette région désertique et glaciale. Un tambour sami a été volé au musée et un éleveur ivrogne et solitaire est assassiné. Klemet et Nina de la police des rennes sont sur les dents - et les oreilles coupées. Entre les règlements de compte entre éleveurs, l’avidité d’un prospecteur français, l’arrogance du sous-chef de police raciste, la corruption d’un politicien d’un parti d’extrême droite, le combat d’un activiste sami, le mutisme d’un éleveur chaman, l’enquête va s’avérer compliquée. C’est en fouillant dans le passé - expédition de Paul-Emile Victor en 1939 - que des indices vont enfin permettre de voir émerger une lueur de vérité.

Alors que les nouveautés 2017 ont déjà commencé à affluer, nous nous intéresssons à cette parution de 2012 des éditions Métailié - nous n’avions pas encore lancé notre blog et étions passés à côté de ce roman exotique - qui a largement fait parler de lui - il a reçu une vingtaine de prix. C’est tout à fait fortuitement - livre prêté par un amateur de polars et grand voyageur, merci Philippe ! - que nous avons pénétré dans cet univers peu visité par les auteurs francophones. Ce sera notre dernière chronique de l’année.

A la fois roman policier et thriller, Le Dernier lapon permet d’explorer cette région du Grand Nord occupée par le peuple autochtone Sami. Ainsi, Olivier Truc - il habite Stockholm - déploie sa collecte de connaissances traditionnelles locales, sa compréhension culturelle et politique afin de mieux cerner les tenants et les aboutissants de cette contrée - les frontières l’ont morcelé, il s’étend sur quatre pays - qui a connu de nombreux bouleversements - évangélisation. Peuple nomade principalement composé d’éleveurs de rennes les Samis ont souvent migré au gré des transhumances et de l’arrivée d’autres populations. Si l’auteur recentre son histoire sur l’élevage des rennes, il s’avère que cela ne représente aujourd’hui que seulement 6% de leur activité. Il a donc orienté son histoire vers une profession ancestrale afin de nous immerger dans un contexte qui n’a désormais que peu de poids dans cette communauté. Extrait d’une interview de l’auteur (http://www.guide-stockholm.fr/2013/01/le-dernier-lapon-entretien-avec-olivier-truc.html) : « Bien sûr certaines choses sont romancées, adaptées à l’intrigue. Par exemple, la police des rennes n’existe en réalité qu’en Norvège. Dans mon livre j’en ai fait une police transnationale. Mais cette liberté prise reste plausible car on trouve entre les pays nordiques une coopération approfondie. » Mais revenons à nos rennes… du récit.

Loin de tout, dans cet environnement sauvage, le poids des traditions persiste - et la secte luthérienne des Laestadiens s’implante. Un tambour magique utilisé par les chamans est volé puis Mattis - il fabriquait des tambours - est retrouvé mort. Y a-t-il un lien entre les deux affaires ? s’interrogent les policiers. Le gel a dû anesthésier leur capacité de discernement. S’en suit une enquête qui patine où l’on découvre des connections avec des faits historiques - quand les policiers tentent de résoudre l’énigme des symboles du tambour, on s’imagine dans un roman de Dan Brown ainsi que pour la carte au trésor jaune utilisée par le géologue français. La police des rennes est accusée de protéger les éleveurs - car, en effet, il semble que les Samis s’accordent certaines libertés (ils ont cependant depuis 1971 des droits spéciaux), ce que leurs nombreux opposants ne manquent pas de mettre en avant tout comme la suspicion d’une éventuelle consanguinité. Olivier Truc ne prend pas parti, il aligne dans sa mire un paysage elfique - peuplé d’elfes donc merveilleux - dans lequel le renne est la première ressource. Il vise ainsi un groupe dans une communauté.

Le Dernier lapon a de nombreux atouts si l’on souhaite découvrir un univers particulier - qui peut faire fantasmer -, si l’on est adepte du thriller, si l’on ne recule pas devant un support historique, si l’on ne craint pas les gerçures. Quelquefois, le récit tire en longueur. C’est pittoresque, exotique, noir (et blanc). C’est un polar rural boréal.

Mention : Une blague : Un poste de police en Laponie. Un flic interroge un suspect : "Que faisiez-vous durant la nuit du 28 octobre au quatre mars ?"

*Penny est mon assistante et amie. Elle intervient en introduction de mes chroniques.

« Le dernier lapon » Olivier Truc, éditions Points, parution : 12/09/2013, 576 pages.

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