Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

VICES A HOLLYWOOD - LA CÔTE BARBARE - ROSS MACDONALD

Publié le par Bob

VICES A HOLLYWOOD - LA CÔTE BARBARE - ROSS MACDONALD

Introduction :

« Californication ? »

Californie. L.A.. Le dénommé George Wall court après sa jeune épouse Hester Campbell aveuglée par son désir de côtoyer les puissants d'Hollywood. Au Channel Club le détective Lew Archer, pressentant des mauvais coups à venir, vient à sa rescousse. Il va s'infiltrer dans une faune qui ne recule devant rien pour satisfaire ses besoins.

Ce roman entre dans le cadre de mes lectures spéciales balnéaires. Spéciales parce que ce sont des auteurs et des œuvres indispensables que je ne prends pas le temps de lire le reste de l'année. Balnéaires parce que... balnéaires.

Il parait nécessaire de remercier les éditions Gallmeister d'avoir choisi d’entreprendre une retraduction (par Jacques Mailhos) complète des œuvres de MacDonald. Encore une fois, il nous propose une exploration dans l'univers féroce qui sévit sur la côte californienne en suivant l'enquête, de prime abord classique, de son célèbre privé. Le point de départ se situe dans un club select où se fourvoient quelques nantis - entourés d'innocentes starlettes (pléonasme) - qui ont des accointances avec des hommes aux mains sales. Et l'on trouve une jeune fille assassinée sur la plage. Ce n'est pas la première. Que se passe-t-il au Channel Club ?

Le périple sera bien évidemment semé d'embûches au fil des rencontres avec un Lew Archer toujours aussi lucide et fin psychologue. Ainsi, ce sont tous ces personnages secondaires (un père dévasté par la mort de sa fille, un maître nageur, la mère de la victime, un gérant assoiffé et quelques autres) qui vont agir comme des révélateurs lui permettant de remonter la piste qui doit le mener à l'assassin. Ainsi, on assiste à des confessions intimes qui n'ont que peu d'intérêt pour la résolution de l'enquête mais qui permettent à l'auteur de nous baigner dans un milieu que l'on parvient à appréhender en partageant d'intenses instants de vie. L'humain témoigne, le récit se développe au rythme des pulsations de son cœur, des vagues de mélancolie et de tristesse se répandent sur la côte, un ressac insistant qui déverse aussi des immondices. Comment ne pas être à l'écoute comme l'est ce détective spectateur des travers d'une société en totale déliquescence qui n'a de cesse de le surprendre et de l'accabler.

Si l'on n'est pas brusqué par un tempo frénétique, l'attention ne faiblit jamais avec quelques scènes d'action brutales et une proximité qui attise la curiosité dont le choix d'un narrateur/acteur n'est pas le moindre des atouts. Car l'intention de l'auteur est certainement de montrer la violence sous tous ces aspects - insidieux ou sauvages. Jeunes nageuses, starlettes, pseudos futurs acteurs sont aimantés puis ferrés par ces vampires d'Hollywood qui déploient leur pitoyable étendard du vice. Il n'est plus question pour eux de déguiser leurs dépravations puisqu'elles sont devenues leurs normes. Leur pouvoir s'étend avec l'absolution du microcosme dans lequel ils naviguent où les notions du bien et du mal se confondent, où la corruption est la règle. Alors, si le détective ne peut que constater les effets dévastateurs sur les proies comme de gentils canards sans tête qui continuent de courir vers l'abattoir il poursuit ce qui n'est plus une enquête mais une quête. Et l'on n'est pas surpris de découvrir des connexions avec la pègre. Du pathétique on vire dans le sordide.

Dans La côte barbare l'ambiance nauséabonde nous saute à la gorge et ne nous quitte jamais. Trimbalés et chahutés entre innocence et férocité, le constat est insupportable. Il est celui de Lew Archer et devient le nôtre. C'est tout le brio du formidable auteur qu'est Ross MacDonald qui s'exprime avec son humanisme et son dégoût envers la faune perverse et tout puissante. Cette description lucide des vices d'un Hollywood racoleur est insoutenable tant l'âme humaine avec tout ce qu'elle peut receler de malsain transparaît à chaque page. Il va de soi que l’œuvre (retraduite) de Ross Macdonald doit attirer votre attention et figurer dans la PAL du lecteur avisé que vous êtes (n'est-ce pas?).

Mention : Merci monsieur Gallmeister et merci monsieur le traducteur !

*Penny est mon assistante et amie. Elle intervient en introduction de mes chroniques.

« La côte barbare »(1956), Editions Gallmeister, Trad. de l'américain par Jacques Mailhos, parution 02/10/2014, 304 pages.

Voir les commentaires

1 2 3 4 5 6 7 8 > >>