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CA GAZE A L’ALGONQUIN ? - L’AFFAIRE DE LA BELLE EVAPOREE - J.J. MURPHY

Publié le par Bob

Introduction* : « C’est un vent de folie qui court dans ce récit. L’auteur y a injecté un gaz hilarant mais pas seulement... »

New York. Manhattan. Hôtel Algonquin. Années 1920. Douglas Fairbanks est dans sa suite avec de nombreux invités pour fêter l’an nouveau. S’y retrouvent Dorothy Parker et ses amis Woolcott et Benchley. Le directeur va être contraint de mettre son établissement en quarantaine car une famille semble atteinte de variole. C’est dans la salle de bain que la starlette Bibi Bibelot expire. S’en suit une enquête échevelée avec une Dorothée toujours aussi farceuse accompagnée du papa de Sherlock.

Un brin d’Histoire pour situer le récit. C’est à partir de 1920 que quelques écrivains, éditeurs, acteurs et beaux esprits américains se réunirent dans cet hôtel historique de la 44e rue. Durant une dizaine d’années ce cénacle mondain surnommé « Le Cercle vicieux » cultivait l’esprit, la sociabilité littéraire et artistique, l’amitié. Ce sont quelques habitués - D. Parker, Harpo Marx, etc. - de cette institution que l’on retrouve dans le récit accompagnés de personnages fictifs. L’auteur introduit le dénommé Sir Arthur Conan Doyle qui va jouer le rôle de détective - ce qu’il ne fit en personne que très rarement (voir la « Note historique en fin de roman). Avec le premier volet « Le Cercle des plumes assassines » ce roman a été nominé pour le prestigieux prix du polar « Agatha ». Nous ne serons donc pas surpris d’y retrouver l’âme de la prolifique romancière anglo-saxonne.

Tout a commencé avec la proposition d’Alexander Woolcott, critique théâtral du New York Times, qui souhaite lancer une partie de l’Assassin entre amis. Et c’est à un huis-clos ébouriffant que nous assistons alors que le personnel et les résidents se retrouvent confinés dans l’hôtel - une situation idéale pour l’auteur qui va pouvoir déployer son intrigue rocambolesque. Cette histoire s’apparente au théâtre de boulevard et plus particulièrement à la comédie d’intrigue avec des accents vaudevillesques. En effet, le couple Fairbanks /Pickford est au cœur de ce mélimélo alors que le corps sans vie de Bibi est retrouvé dans leur baignoire où, un peu plus tôt, elle exhibait sa nudité dans un bain de champagne. Des portes qui claquent, des rebondissements - avec une ribambelle de coupables -, la disparition d’un mystérieux collier, c’est sur une cadence endiablée que se succèdent différentes scènes où le duo Parker/Doyle va devoir exploiter toute sa sagacité pour résoudre l’énigme.

« Ma foi, vous savez ce que je dis toujours : si vous n'avez rien d'agréable à dire de quelqu'un, venez vous asseoir à côté de moi. »

En installant Dorothy Parker au premier plan l’auteur dissémine dans son récit une subtile et distinguée dérision et ne se prive pas de brocarder les travers des membres de cette noble assemblée. Si l’histoire semble s’étirer un peu trop en longueur - à trop rebondir on peut finir par lâcher prise - il faut cependant persister pour le jeu (des acteurs) qui en vaut la chandelle car l’inspiration de l’auteur illumine chaque intervention des uns ou des autres avec des confidences, des aveux ou des interrogations surprenants. L’ingéniosité de l’intrigue associée à l’épaisseur psychologique des personnages dans une atmosphère très « Roaring Twenties » - période de croissance et d’insouciance de l’Amérique des années 1920 - font de cette Affaire de la belle évaporée un délicieux et pétillant roman d'énigme.

Mention : « L'hétérosexualité n'a rien de normal, elle est juste courante. » — Dorothy Parker

*Penny est mon assistante et amie. Elle intervient en introduction de mes chroniques.

« L’affaire de la belle évaporée » J.J. Murphy, éditions Baker Street, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Yves Sarda, parution : 03/11/2016, 340 pages.

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