Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

JUANITO POR FAVOR

Publié le par Bob

JUANITO POR FAVOR

Il est tentant, hein ? Avoue que la couv’ est sympa et le titre énigmatique. « Un jambon calibre 45 » c’était pas mal non plus. Ouais, d’accord, on s’en tape. C’est mon premier Salem. J’ai, je te le confesse tout de suite, bu du petit lait. Pour l’auteur et le bouquin. Pour son style et pour le thème qu’il aborde. Je m’en suis léché les cinq doigts et le pouce.

J’ai du bol en ce moment, que des œuvres d’enfer, qui dégorgent la vésicule biliaire, qui arrachent le cœur, qui font pas semblant.

Le dénommé Zuruaga veut refiler une mission au détective Arregui contre un gros paquet de biftons. Il le sent pas et refuse. Ce type ne lui est pas inconnu. Un vieux pote, qui a plutôt pas mal réussi puisqu’il est ministre, le tanne pour qu’il accepte de se taper le même fardeau. Arregui, ex-flic, un chouia névrotique après la perte de Claudia, prend sa caisse et file à la recherche du roi d’Espagne. Oui, Juan Carlos a disparu. Et, soit dit en passant, c’est pas pour un safari. Quoique... mais y’a pas d’éléphants. Et c’est parti pour une vadrouille avec Juanito - qu’il retrouve chez les voisins portugais. Mais qu’est-ce qu’il est allé foutre là-bas ? Bon, c’est pas tranquille tranquille. Une Mercedes aux vitres teintées avec des méchants dedans leur colle aux fesses. Sur le chemin du retour vers Madrid ils vont croiser des personnages hors du commun.

Je te vois relever la lèvre supérieure en signe d’embarras. Cela ne trompe pas. Serais-tu perplexe à la lecture du résumé ? C’est quoi ce truc-bidule-machin avec un roi en goguette, un privé cinglé et des truands ? Détrompe-toi, je t’arrête illico. Si je te dis « devin rétroviseur » ou « musicien qui a paumé sa symphonie dans la nature » ou « brebis charmeuse ». Hein, c’est beaucoup plus clair !

C’est une fable, peut-être Le Roi qui ne voulaient pas grandir, à laquelle tu es convié par un Carlos Salem qui déroule ce cheminement chaotique de deux êtres aux âmes en bourlingue à travers l’Espagne pur jus. Œuvre rocamburlesque qui, mitonnée d’une garce cocasserie, dévoile un spleen contagieux (parfois je me dois de travailler mon texte pour relever le niveau de mes griffonnages). A la fois sombre et lumineux, jubilatoire et tendre, fantasque et cristallin « Je reste roi d’Espagne » nous projette dans un univers atypique où rôdaillent des personnages z’excentriques d’où va surgir la Sainte Innocence, la délivrance. Cet état de candeur que recherche le Roi (Est-il nécessaire de rappeler qu’il a tué son frère ?) - Aguerri le retrouve assis face à la mer sur une plage de son enfance. Lui-même sera tiraillé par cette quête de rédemption. Mais auparavant il aura eu son lot de Terreur, de chat avec Olivia et autres visites dans les sex-shops. Ces deux êtres en manque de repères trouvent en l’amitié sincère et partagée cette libération en tentant de se débarrasser des faux-semblants qui pourrissaient leur existence. Ce trip émaillé de rencontres va laver (leurs balafres) plus blanc. Chaque personnage apportera une clef qui leur ouvrira la porte du Caméléon, tenu par le duo d’enfer Soldati et Rincon où rode un certain Paco Ignacio Taibo.

Carlos Salem ne néglige pas le suspense qui prend sa réelle dimension vers la fin de cette histoire échevelée (mais non capilotractée) car il s’agit bien d’un roman noir. Inspiré et foldingue. Tu vois, ça cause de bars, d’amitié, de téquila, de vie et de mort. Ca déconne. Ca détrône. Ca détonne. Ca me va.

« Eh bien, que l’Espagne aille se faire foutre. »

Note : 4/5

Mention : J’ai encore chopé un virus. Celui de Salem. Le Sorcier. (J’avais un autre titre L’IBERE LIBERE mais faut pas non plus trop galéjer)

« Je reste roi d’Espagne » Babel Noir ; Février 2013 ; traduit de l'espagnol par : Danielle SCHRAMM ; Format Poche ; 432 pages

Carlos SALEM est né en 1959 à Buenos Aires mais vit à Madrid depuis plus de vingt ans.
Après Aller simple (Babel noir n° 38), Nager sans se mouiller (Actes noirs, 2010 ; Babel noir n° 48) et Je reste roi d’Espagne (Actes noirs, 2011), Un jambon calibre 45 (Actes noirs, 2013) est son quatrième roman traduit en français.

Voir les commentaires

1 2 3 > >>