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DYSHARMONIE INSIDIEUSE - COMME UN BLUES - ANIBAL MALVAR

Publié le par Bob

Introduction* : « Tous les chemins (de randonnée) mènent à Compostelle. »  

 

De la Galice on connaît surtout Saint-Jacques-de-Compostelle. Mais ce n’est pas à un pèlerinage que le personnage va être convié. Sa virée va le conduire dans les méandres de son passé. Et l’on devine que l’auteur - dont nous avions particulièrement apprécié La Ballade des misérables - va semer des graines de nostalgie avec son talent qui mêle une rare finesse des portraits psychologiques à la création d’un climat alarmant.

 

1996. Mais pourquoi Carlos s’est-il embarqué dans cette affaire ? Car très vite il découvre que Ania, la jeune fille qu’il cherche, a fait ami-ami avec des zigues pas recommandables. Mais pourquoi a-t-il accepté cette sollicitation du nouveau mari de sa femme ? Puisque la mafia de la drogue est sur les dents, puisque c’est la zizanie dans la famille, puisque de sales homicides éclaboussent le secteur. Carlos devait le faire. Carlos quitte Madrid et va se frotter à son passé, retrouver cette ville qu’il avait rayé de la carte, retrouver le Vieux, retrouver Janus - la petite voix qui gronde dans son oreille -, retrouver Gualtrapa. Carlos boit.

 

Si le drame espagnol - le franquisme et ses conséquences - figure en toile de fond, si la violence ordinaire tapisse de noir le récit, l’auteur recentre sa trame sur Carlos. Carlos et son vieux - le Vieux. Un type qui a pêché en eaux troubles, qui cite Shakespeare, un type quasi intouchable presque fantomatique et pour Carlos un père à tuer. Ils se croisent. Une relation ambiguë comme un fil rouge sang. Et il y a aussi les femmes qui gravitent : Ania bien sûr mais aussi Susana et Ophelia. Malvar noircit le trait à l’encre ô grand jamais sympathique mais corrosive. Il pique des banderilles malicieuses mais la bête est solide. Le récit est noir, la chute sans illusion, le ton désenchanté. Les malheurs ne se dissipent pas avec un vent de colère ou une brise joyeuse ou une rafale de mitrailleuse. On le sait, il faut offrir du temps au temps. La rudesse des mots dits se marie avec le vacillement des situations afin de créer une dysharmonie insidieuse. On attend l’instant du basculement. Des basculements. Car les antagonismes, les rapports de force sont trop prégnants, la nostalgie aussi.

 

Malvar se saisit d’une poignée d’individus, les confine dans son pays puis élargit le cadre historique, enveloppe le tout dans une atmosphère écrasante et par une alchimie anibalesque Comme un blues entre dans la catégorie des romans qui comptent. Qu’il érafle ou caresse on est dans l’effleurement - «Une joue saignant de l'effleurement d'un caillou » (Zola). On prend notre bâton de pèlerin et on suit sans hésitation Anibal Malvar sur des chemins de traverse dont lui seul connaît l’existence.

 

Mention : Ils passent sur ma petite route les randonneurs…

*Penny est mon assistante et amie. Elle intervient en introduction de mes chroniques.

 

« Comme un blues  » Anibal Malvar, éditions Asphalte, traduit de l'espagnol par Hélène Serrano, parution : mars 2017.

 

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