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L'HUMANITE BORDEL ! L'HUMANITE !

Publié le par Bob

L'HUMANITE BORDEL ! L'HUMANITE !

Vois-tu, il est d’étranges textes qui déchirent dès les premières lignes, qui te chopent par la tignasse. Livré à une brusque ivresse, j’admire le trophée planté sur la brassée de bambous géants qui trône dans le salon. Mon scalp. Le scalp d’un presque chauve. Aussi bien je pourrais être rasta et j’en chialerais de voir mes dreadlocks morts. Et je me retrouve à oilpé, déambulant avec « Les rêves de guerre » serré entre mon pouce gauche et mon index gauche, mon pouce droit et mon index droit. Les chœurs du Requiem en ré mineur enflent mais ils me sont inaudibles. J’ahane dialogues, monologues, descriptions dans un mouvement de tête cadencé. Médéline est passé par là.

Le message a été clair. Michel Molina et Luis Grubin dit Le Vieux débarquent sur les rives du Léman. Jean Métral, est accusé de l’assassinat de Paul Wallace, un ami d’enfance de Molina, déjà emprisonné vingt ans plus tôt pour le meurtre de Ben Wallace, le frère. Les deux flics du SRPJ de Lyon vont se taper cette enquête officieuse qui pue les embrouilles à cent bornes. Molina va remuer la merde. C’est pas souvent cool de farfouiller dans son passé. Surtout quand il y a des zones d’ombre, des hommes (et des femmes) d’ombre. Molina réalise son parcours psy, séances rythmées au fil de ses rencontres. Et y’a du lourd. Jusqu’à l’ultime. Mauthausen. Le lac. Purification ou crucifixion ?

Je suis vierge de François. Pas lu son premier « La politique du tumulte ». Le Monde a aimé. Son ouverture (1ères pages) c’est un 30 tonnes que j’ai pris dans le buffet. On est à Mauthausen avec Juan-Manuel et Paco. Effrayant. J’ai pas tous les mots. Et puis, on entre dans le théâtre. Mise en scène de Médéline. Dans le commissariat. La PJ. Une équipe drivée par Molina. C’est chaud. Ça envoie du bois. Il se casse avec Le Vieux en vacances. Bonjour, la permission. Le chef est un con. Elle est où la dame du lac ? Lyse. La fille du maire d’Yvoire ce dernier étant, ô diable !, le défenseur de Métral, le meurtrier. Lyse. Amour d’avant. D’antan. A épousé un friqué. A récupéré le château des Wallace. Fait chier. Et puis c’est l’escalade. L’enquête. Métral. Wallace. Ceux qui gravitent autour. Des barges complets. Des qui-ont-le-pouvoir-de. Des enfoirés. Encore, les blessures. Stigmates. La mère, Le père. Et Pierre, le frère. De Michel Molina. Qui a tué Ben ? Molina et Son Vieux. Qui fouille. Entre deux tarpés et des lampées de Sky. Le traumatisme. Se délivrer du mal. Se relever après la reptation. Trouver le lien affectif. Et Mauthausen.

Tu vois, c’est un roman noir, obscur, inquiétant comme l’eau du lac. Lac, masse immobile. Lac voyeur, attendant sa proie. Il y trouvera sa réponse.

Écriture qui blesse. Une plume acérée ? C’est bidon, n’est-ce pas. Non, c’est vif, et travaillé, c’est réactif, non édulcoré, addictif, intrépide, maîtrisé. Tu vas piger ce qu’est écrire. Car il en a dans le calcif l’auteur. « Parce que les mots on ne les enfile pas comme des perles. » aurait dit ma copine Penny Laine (je te la présenterai un autre jour). Tu flaires le plaisir de donner. De partager avec les tripes. Un éventaire et des tripes. Réveiller les consciences. Avec ce style... si différent.

« La tragédie sociétale, le verbe. Le verbe, la tragédie sociétale. » Et si c’était cela le roman noir ? Seulement et surtout cela. M’en fous. Médéline est passé par là.

Et le miracle de l’interview. Avec le Poète. Maudit ? L’œil de la caméra. Les sourcils de Pivot. Les mots du poète. Sa bouche qui les vomit. Suis dans le coltard. Et puis le Livre. Culte. Lorsque les mots de Francisco Molina dit Paco, l’écrivain, s’écoulent comme une lave c’est à Joyce (cité dans le bouquin) que l’on pense. Le monologue intérieur. Quand les mots du frère de Juan-Manuel Molina égrènent la terreur à Mauthausen, c’est un flot nauséabond qui s’échappe. De la douleur en fusion. Un merdier infect. Médéline a des trucs à te dire. Je déconne pas. Tu es à la page 226, laisse-toi aller jusqu’à la page 240. Francisco dit Paco et le camp. Les putes de Mauthausen.

Les plaies qui s’ouvrent, qui suintent, qui ont tant de mal à se refermer. L’humanité, bordel ! L’humanité ! Médéline est passé par là.

Merci à B. Pivot, les méchants frères Lortat, les libraires coquins pour leur inévitable participation.

Note : 4,5/5

Mention : J’ai pris des notes. Pas servies. Inutiles. Je vais prendre un tranquillisant. En perfusion. Tu vois, je suis sous le choc. Je vais prendre le temps pour le relire. Pour savourer. Encore. Ouch !

« Les rêves de guerre » Éditeur : La manufacture de livres ; Date de parution : 05/05/14

François Médéline est né à Lyon en 1977. « La politique du tumulte » (Le Cercle Points) ; parution en Poche le 09/05/2014

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