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DES CORDES POUR SE PENDRE

Publié le par Bob

DES CORDES POUR SE PENDRE

Non, il n’aura pas la mauvaise idée de prendre un avion qui va s’écraser ; non, il ne sera pas condamné pour l’assassinat de la mère de son fils ; non, il ne finira pas sa vie avec la tremblote. Tony n’est pas Marcel, Carlos ou Muhammad. Tony est bien trop jeune.

« Quand t’as pas de bol... » (message discret à Cricri).

Tony vit avec sa mère ivrogne, prostituée et tout et tout, déteste son oncle/tuteur, habite dans une cité de merde et a le moral dans les baskets. C’est pas le panard pour cézigue. Il a quand même Moussa, son pote refourgueur de meumeu. Une corde à sauter puis les cordes du ring vont changer sa vie. Jusqu’à ce que sa génitrice se fasse tabasser grave. Sa vengeance va le contraindre à côtoyer un vilain caïd. Est-ce que les cordes ont un nœud coulant ?

Tu prends un jeune - tu le vois bien ? - plutôt taiseux, plutôt à la ramasse dont l’entourage est à chier dans un sale environnement. La boxe est sa planche de salut. « Salut ! » Il va se sortir de ce bourbier car il est super fort. C’est super cool ! Et puis, il y a cette fille, cet ange venu d’ailleurs, de Paris, de la cité interdite aux pouilleux de la banlieue. Et là, tu te dis « Mais ce truc, je l’ai vu/lu/entendu des milliards de fois. A la téloche, au cinoche, dans les docs trash de la première chaîne, dans les dossiers des mensuels consensuels, dans les docs sportifs. C’est pourave ! » T’as tort, mon gars. Parce que ce que tu vois/lis/entends/ prend une autre dimension sous la plume du petit Guez. Parce que c’est un type qui ne s’arrête pas au feu rouge. Parce qu’il n’en à rien à foutre des radars qui flashent. Comme Tony, il prend son bolide, tu vois, le serre entre ses jambes, fait péter les tours et dans un wheeling de feu te fais prendre un pied d’enfer. L’auteur file droit, poignée au coin, avec des phrases courtes, cinglantes, cinglées et des dialogues qui visent la rate. Il ne mâche pas ses mots, il les broie dans ses mains sans gants et les jette à la gueule du lecteur. La violence de ses personnages fait froid dans le dos. Et tu sais qu’elle se manifeste là où le désordre s’est naturellement imposé, là où ça passe ou ça casse. Une plaie endémique.

Oui, Tony est un malheureux héros du XXIème siècle, embastillé par le système, embringué dans un commerce de détail - qui ne fait pas de détail - et emboucané par un salopard.

Deux boules de plomb au bout des bras de Tony. Le gong résonne comme un tocsin. Ses bras ne se lèvent pas. Le caïd approche. La fille ne viendra plus jamais. C’est la fin du round.

Note : 3,5/5

Mention : Quand le talent s’empare d’une histoire rebattue tu t’en prends plein le pif, à défaut des coudes tu serres les fesses et tu pries maman pour pas finir knock-down.

« Balancé dans les cordes », Paris, La Tengo Éditions, 2012 – Prix SNCF du polar 2013

Jérémie Guez est un jeune auteur français né en 1988. Il écrit les premières lignes de Paris la nuit à dix-sept ans, laisse tomber, avant de reprendre le projet trois ans plus tard, et de l’inscrire dans une trilogie « parisienne ». « Balancé dans les cordes » paraît en 2012 et obtient le prix du polar SNCF la même année. Son troisième roman, « Du vide plein les yeux », parait au mois de novembre 2013. Les droits d’adaptation au cinéma des deux romans publiés ont été acquis par des sociétés de producteurs françaises.

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