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COEUR BLESSE - PROFIL PERDU - HUGUES PAGAN

Publié le par Bob

Introduction* : « Hugues Pagan est si talentueux qu’il parvient à ressusciter son personnage principal. »

Nous pourrions longuement bavasser sur ce récit qui met en scène des flics et leurs enquêtes. Nous pourrions évoquer la qualité de ses précédents romans - encore faudrait-il les avoir lu. Nous pourrions évoquer le passé de l’auteur. Nous pourrions préciser que l’attente fut longue car vingt années sont passées depuis le dernier polar édité - on dit d'ailleurs le dernier Pagan comme on évoque la dernière conquête. Mais nous découvrons un auteur, une plume. Ainsi voyons comment se comporte cette plume.

Alors que l’on baigne dans une atmosphère totalement policière avec ses enquêtes, ses équipes de flics et leur chef, ses morts et ses suspects. Alors que naît une histoire d’amour qui va largement empiéter sur le récit initial. Alors que l’ombre de personnages sombres s’étire jusqu'à l’obscurité. Joliment, la plume s’impose, égratigne, caresse. Furtivement ironique. Fiévreusement racée. Elle dessine des visages. Mais aussi et surtout des âmes. Des âmes de flics. Des âmes de voyous, d’homme d’affaires glauques. Des âmes de femmes en quête. Pagan produit une harmonie de noir dans le désordre des comportements. Il ponctue avec l'habilité des artisans. Modelant la matière avec dextérité. Dorure à l'or fin. Oui, le geste est noble, délicat sans être distingué parfois caustique mais avec élégance et parfois cinglant sous le sceau de la passion. Ainsi on succombe à l'emprise de son style, le récit prend corps, les corps se matérialisent.

Et apparaissent des personnages. Au premier plan Schneider, le Chef du groupe criminel. Ses équipiers ne le craignent pas plus qu'ils le vénèrent. Non. C'est du respect. Réciproque. Schneider a fait l'Algérie. Schneider en a gardé des stigmates physiques, surtout psychiques. Schneider n'est pas tout jeune, seul, trop seul. Taciturne, au bout du rouleau. Désormais, s'il rentre chez lui c'est pour retrouver Cherokee - avant c'était parce qu'il n'avait pas le choix, alors il regardait par la fenêtre, fenêtre vers le souvenir. Peu à peu le blindage va se briser. "C'est con l'amour ? Ta mère !" Mais que devient une tortue sans sa carapace ? Hein ? Par quelques minces descriptions Pagan dessine les contours de ses personnages et toujours grâce à son talent on décèle l'être dans les moindres regards, les moindres mouvements des corps. Et quand ces corps s'agitent, quand les dialogues fusent - murmure tapageur, rumeur inquiétante ou détonation sourde - on se dit que quand même putain, c'est quelque chose ! Ah, les yeux de Chimène ! De cette Cherokee si fragile qui prête son épaule au combattant abattu.

En quelques lignes, le récit - mon amie Penny me le demandant expressément. Un flic est à terre. Schneider enquête. Schneider qui a des relations troubles avec Tom, un avocat pas propre. Histoire tout à fait classique qui prend une toute autre envergure quand Pagan y met sa patte.

Lu au premier degré c'est un roman policier et comme il n'y a pas de fumée sans "feu"- les plus farceurs ne manqueront pas d'évoquer le rite de l'incinération -, le premier presque défunt est ici un policier des Stups, collègue de Schneider. Puis le roman noir nous semble être une évidence. Finalement c'est l'option roman d'amour qui prend le pas sur ce dernier. Oui Profil perdu est un roman d'amour. Car Pagan derrière ses lunettes noires a un coeur d'artichaut - il l'effeuille, le récit prend vie, opération à coeur ouvert dans un univers sombre. Quelle classe, monsieur !

Mention : "Ta mère" (message adressé à celui qui se reconnaîtra)

*Penny est mon assistante et amie. Elle intervient en introduction de mes chroniques.

« Profil perdu » Hugues Pagan, éditions Rivages, parution : mars 2017, 416 pages.

COEUR BLESSE - PROFIL PERDU - HUGUES PAGAN

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