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GYMNOPEDIE POUR UNE DISPARUE - AHMED TIAB

Publié le par Bob

TOI LA MERE QUE JE N’AI JAMAIS EUE

Introduction* : « Toujours en congés. »

 

Il en va des rencontres fortuites comme des carambolages. Après le choc on constate les dégâts. C’est ainsi que Boris croit se reconnaître en examinant la photo que lui tend Oussa. Cependant lui n’a jamais mis les pieds au Moyen-Orient - lieu du tirage du cliché. Quand ce sosie lui demande de faire le voyage en Turquie pour le rencontrer c’est tout un pan de son passé qui resurgit, exhumant des souvenirs amers. Il était gamin lorsque sa mère s’est éclipsée pour rejoindre Honfleur. Et puis, plus rien.

 

Quand bien même notre existence tutoierait confortablement la mornitude​​​​​​ du quotidien l’apparition miraculeuse d’un frère ne pourrait que nous contraindre à explorer l’univers pour retrouver notre génitrice. C’est en embrayant sur ce constat que le personnage principal va entreprendre une quête a priori audacieuse mais qui va s’apparenter à un parcours initiatique. La route sera semée d’embûches car celui qui semble être son frère est un djihadiste convaincu qui a rejoint ses autres frères en Syrie. Puis l’auteur prend le parti de refermer provisoirement ce volet et nous fait traverser la Méditerranée où l’on retrouve le commissaire Fadil - lire Le français de Roseville et Le désert ou la mer - qui mène une enquête sur des assassinats qui ont un lien avec des pratiques chamaniques. Nous trottinons dans les pas de Kémal  qui connaît Oran comme sa poche - et aussi bien que l’auteur - et nous découvrons cette ville et ses traditions ancestrales que l’auteur n’oublie pas de pourfendre car le charlatanisme en a fait main basse. Enfin, Boris rencontrera le commissaire oranais pour que la messe - c’est osé ! - soit dite.     

 

Ahmed Tiab relie, dans ce récit composé de deux parties distinctes, quête et enquête, initiation et magie noire, Jihad et Frères musulmans, Turquie et Algérie et parvient habilement à harmoniser l’ensemble - là où le novice pourrait produire des couacs en cascade. Quel que soit le thème abordé, il secoue gentiment le palmier dattier - pas de cocotier à Oran ? - et nous laisse trier les fruits de sa récolte. Bien sûr, le Qui suis-je ? est au cœur de cette histoire intime qui, de mère disparue en frère révélé, nous conduit aux portes de l’antre des barbares et dans le souk des barbus. De Boris on retiendra la tangible pleutrerie, affection qu’il va parvenir à dominer pour enfin devenir acteur de sa vie. Nous retrouvons avec plaisir le commissaire Fadil toujours fidéle à ses principes et ses amis - dont Moss, le cocasse médecin légiste. En abordant le thème du djihadisme avec le regard de ce jeune français qui semble avoir perdu ses illusions en intégrant les rangs de l’organisation terroriste, c’est une approche originale, voire inhabituelle, qui nous est proposée. Au final, Ahmed Tiab adopte un ton plutôt énergique - lié à la succession des différents événements - nuancé par quelques plaisantes badineries dont il a le secret. On mesure également dans ce roman son talent d’observateur pour les enjeux sociétaux, notamment ceux de l’Algérie contemporaine. Qu’il soit intime ou universel, l’humanisme est fondamentalement présent dans les romans de Ahmed Tiab. 

 

Mention : Gymnopédie pour une disparue serait rythmé par le mode ambient - il évoque une qualité « atmosphérique », « visuelle » ou « discrète » (Wikipédia) dont E. Satie (né à Honfleur !) a été le précurseur avec ses Gymnopédies. L’auteur qui semble pianoter aisément - un roman par an - est également un pianiste averti.

*Penny est mon assistante et amie. Elle intervient en introduction de mes chroniques.

 

« Gymnopédie pour une disparue », Ahmed Tiab, éditions de l’Aube, parution : 05/01/2017, 280 pages.

 

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