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A FLEUR DE PÔ

Publié le par Bob

A FLEUR DE PÔ

Introduction* : « Je ne sais plus quel est le gentil garçon qui m'avait offert cette chemise brune que je n'ai jamais mise. Elle va finir into the poubelle ! »

Italie. Province de Reggio d'Émilie. Le vieux Decimo Tonna gît au sol. Une fenêtre de l'hôpital est cassée. A quelques heures près la péniche de son frère Anteo semblait dériver sur le Pô en crue. On le retrouve noyé. Le commissaire Soneri cherche un lien. Il doit y en avoir un. Tandis que les eaux menaçantes finissent par retrouver leur lit, il le trouve. Mais comment entrevoir la lumière dans cet épais crachin qui semble abriter des secrets inavouables ?

A l'annonce d'une nouvelle maison d'édition sur le marché du polar on trépigne d'impatience. On apprend que les auteurs qui ouvriront le bal sont italien, russe et roumain. Et les Editions Agullo ne se sont pas fichus de nous. Avec « Le Fleuve des brumes » qui vient de paraître en ce mois de mai, c'est une véritable belle découverte. Bon, je pourrais fermer le ban et retourner à mes occupations... Cependant, je ne vais pas me battre contre l'irrépressible envie de vous en toucher deux mots, voire trois.

Ce que va dépister Soneri est profondément lié aux exactions qui se sont déroulées sur les rives du Pô. Ses visites lui ont permis d'échanger avec ces alerteurs, ces surveillants avisés et plutôt retraités des eaux du fleuve de ce cercle nautique local qui ont eu un parcours plutôt Rouge. Au fil de l'enquête la couleur des chemises va interpeller le commissaire. Brunes, les chemises. Erreur de jeunesse, culpabilité encombrante ? Les deux frères Tonna avaient un penchant pour les brunes. En effet , la vermine - milice volontaire pour la sécurité nationale - infestait la région. La force tranquille de Soneri va ainsi pouvoir s'exprimer dans ces deux affaires de décès suspects. C'est un sacré personnage ce commissaire. Émoustillé - et souvent dérangé - dans sa noble indolence par sa copine avocate qui lui propose quelques acrobaties dans des lieux insolites, il finit toujours par craquer. Il n'a que faire des honneurs qu'on ne lui promet pas puisque seule compte à ses yeux la résolution de l'enquête qu'il va traiter à pas lents sans se laisser happer par les apparences. Cela permet de nous imprégner de l'atmosphère nébuleuse et sombre du récit. Ne passons pas sous silence son profond attachement au terroir avec ses bons petits plats et ses crus gouleyants.

Si l'attraction terrestre est une belle invention pour nous permettre de tenir debout – sauf avec un séisme de magnitude 8 -, celle qui opère dans ce récit nous croche-patte puis nous ballotte au gré de l'onde furieuse puis apaisée. On s'abandonne au flux fluctuant des flots du fleuve (hum...). Et la mémoire s'éveille et s'agite pour troubler l'assoupissement du présent comme une vase engourdie arrachée de sa stagnance qui salit un peu plus l'impureté de l'eau. « C'est beau ! » me lance sournoisement Penny*. La puissance narrative de l'auteur offre à ce récit une réelle dimension évocatrice. Du Pô, boulevard ruisselant, il en fait la représentation du temps qui passe, qui n'en finit pas de passer, déversant parfois sur ses rives sa fureur puis s'apaisant pour livrer ses mystères immergés. « Le Fleuve des brumes » nous interroge sur ces stigmates du passé qui ne s'effacent jamais.

On est conquit par ce premier roman de Valerio Varesi traduit en français ( titre original 2003 : Il fiume delle niebbe) et on se promet de ne pas tarder à poursuivre notre découverte du catalogue des Editions Agullo.

Mention : Mes remerciements à Sébastien !

« Le Fleuve des brumes »; Editions Agullo ; Traduit de l'italien par Sarah Amrani ; Date de parution : 12 mai 2016 ; 320 pages.

Valério Varesi est né à Turin le 8 août 1959 de parents parmesans. Diplômé en philosophie de l’Université de Bologne après une thèse sur Kierkegaard, il devient journaliste en 1985. Il est l’auteur de onze romans au héros récurrent, dont Le Fleuve des brumes nominé au prestigieux Gold Dagger Award en Grande Bretagne. Les enquêtes du commissaire Soneri, amateur de bonne chère et de bons vins parmesans, sont traduites en huit langues.

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Jean (jackisbackagain) 05/06/2016 13:44

Hey Bob,
Ce bouquin a-t-il réveillé le poète qui sommeillait en toi ? Je dis ça, je ne dis rien mais il y a une graine qui ne demande qu'à germer, me semble-t-il ! Et si Penny en raffole, alors...Je me le note, ce titre: Superbe, le titre de ta chronique, je jalouse. Amitiés.

Bob 06/06/2016 00:06

Salut Jean,
J'aime la sieste (sans Penny), ceci explique cela !
Trop de lyrisme tue le lyrisme ? C'est pour cette raison que j'en rajoute, je suis frondeur... Je vends des titres si ça t'intéresse ! ;) Amitiés.