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LA SOIE ET LE FUSIL - GIOACCHINO CRIACO - METAILIE

Publié le par Bob

QUAND LES FEMMES REPRESENTENT LA PAIX

Introduction* : « Je laisse Grand corps Malade s’exprimer sur le sujet : Roméo kiffe Juliette et Juliette kiffe Roméo Et si le ciel n'est pas clément tant pis pour la météo Un amour dans un orage réactionnaire et insultant Un amour et deux enfants en avance sur leur temps. »

La Calabre, l’Aspromonte. Un terroir fertile, des femmes et des hommes, deux familles. Une malédiction ancestrale. Julien et Agnese. Les deux amoureux ont suivi leurs parents pour regagner la Calabre. Mais la belligérance a repris ses droits et le massacre a conduit Julien en prison. Vingt années plus tard il se trouve impliqué malgré lui dans une affaire de trafic de drogue gérée par le frère d’Agnese - qu’il souhaite retrouver.

Jadis, quand les eaux dévastèrent la vallée il ne leur restait plus qu’à remonter le fleuve vers la mer et à s’installer sur un autre territoire. Mais le terroir qui les nourrissait alimentait aussi un antagonisme entretenu par les patriarches à l’esprit guerrier des deux familles qui n’allaient jamais au champ sans leur fusil. Les femmes, quant elles, tissaient la soie - pendant des siècles la Calabre a fourni la soie qui a habillé les Cours de toute l’Europe. Puisque l’ancestralité est au cœur du récit, il est important de connaître les rapports que la société calabraise entretient avec son passé. L’auteur s’exprime sur le sujet (interview site Lecteurs.com à Quais du Polar) : « La soie représente les femmes qui, par leur travail dans l’ombre, ont tissé une sorte de toile pacificatrice dans un monde où les hommes ont été particulièrement violents. Cette violence est symbolisée par le fusil. Il ne faut pas oublier que la région de la Calabre d’où je viens, l’Aspromonte, a été fondée en partie par des femmes. Ces femmes d’origine grecque ont dû quitter leur village et ont par la suite essayé de monter une société pacificatrice. C’est ce qui fonde ma région : la paix représentée par les femmes. » En suivant Julien, en suivant Agnese c’est toute l’histoire de leur famille qui reflue au fil des pages comme un flot de préceptes séculaires et claniques avec les figures tutélaires des familles Therrime et Dominici.

Le sol, la possession du sol : Romulus tue Rémus car il a franchi la démarcation - un sacrilège. La rivalité : les Capulet et les Montaigu. Autant de mythes, autant de démonstrations du refus de céder au contrôle d’autrui. Cet entêtement lié au lignage fait des dégâts mais les deux tourtereaux cèdent à la passion - leur idylle va jouer un rôle dans le processus de paix. Le passage où certaines femmes des deux clans se réunissent est surprenant car l’on découvre une forte complicité, ce lien qui est le vrai visage - la représentation originelle, la société matriarcale - des habitants de la Calabre.

 Au détour de cette histoire sanglante la ‘Ndrangheta est citée mais Julien affirme n’avoir aucun lien avec elle. Il est également question des triades chinoises. L’auteur l’évoque « Après une enfance sur la côte ionienne de la Calabre, les deux jeunes gens se retrouvent à Milan. Et une grande partie de l’histoire s’y déroule. C’est dans cette grande ville italienne que Julien se lie d’amitié avec Tin, originaire de Chine. Julien se retrouve alors, malgré lui, impliqué dans une histoire de trafic de drogue. Cette rencontre amène le héros à découvrir pas à pas un monde particulier, celui de la mafia chinoise qui en bien des points ressemble à la mafia calabraise. Il était donc très intéressant pour moi de faire des parallèles entre ces deux organisations criminelles. » C’est la beauté de la terre calabraise qui ponctue le récit. Une nature sauvage qui peut forger des tempéraments belliqueux mais aussi, et surtout, qui octroie en retour un amour inaltérable pour cette terre. La Soie et le Fusil ou les Racines et les Ailes - quand l’amour représente la liberté, quand les femmes symbolisent la vie et la paix, quand la terre rayonne. Un roman au passé compliqué et au futur simplifié où l’on entre dans la peau des différents protagonistes. Criaco convoque les esprits du terroir calabrais pour notre plus grand plaisir.

Mention : L’auteur : « J’ai eu la chance d’obtenir la participation professionnelle du réalisateur, Francesco Munzi  sur l’adaptation des Ames Noires, qui a duré 4 ans. De ce tournage est née une amitié très forte. Francesco connaît bien la région de l’Aspromonte et  nous avons le projet de prolonger l’aventure pas seulement sur « La Soie et le Fusil » mais sur l’ensemble de mes ouvrages. En effet, je viens de sortir en Italie il y a quelques semaines un nouveau roman,  il s’agit de « La Maligredi » mais je ne sais pas quand il sortira en France. »

*Penny est mon assistante et amie. Elle intervient en introduction de mes chroniques.

La Soie et le Fusil, Gioacchino Criaco, éditions Métailié, traduit par Serge Quadruppani, parution : 05-04-2018, 210 pages.

 

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