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A PERDRE LA RAISON

Publié le par Bob

A PERDRE LA RAISON

Introduction* : « C'est mon rêve ! Un hamac, un polar, le glou glou du ruisseau, les moustiques, la puanteur du purin, les taons. »

Dordogne. Ils en rêvaient, ils l'ont fait. Une baraque en vraie pierre avec du vrai salpêtre et un vrai petit ruisseau qui coule à côté. Ce jeune couple d'anglais voulait du rural, du dépaysement, ils vont l'avoir. L'épouse et le fiston font la gueule. Le monsieur s'adapte. Mais qu'est-ce qu'ils ont l'air bizarre leurs voisins...

Vivant dans le sud-ouest, je croise toujours ces couples chez Casto. Le monsieur en été avec ses chaussettes dans ses nu-pieds. La dame en robe très fleurie. « Non, ça c'est pas bien Bob. Arrête avec tes clichés » me murmure Penny*. Je lui réponds que c'est pour détendre l'atmosphère car la tension va monter crescendo dès que nous aurons posé les pieds dans la bouse dordognote. Louis Sanders y vit et s'est déjà inspiré de son vécu pour d'autres romans. Avec celui-ci, qui paraît ce mois-ci, il reste dans la même veine.

La trame est assez simple. On comprend que l'adaptation à une nouvelle vie n'est pas toujours chose aisée surtout quand on tombe au tréfonds du fond du trou du cul du monde. Là où vivent parfois des êtres en apparence taiseux – et ils le sont les deux vieux -, avec un semblant de renfrognement - ils le sont renfrognés – et un je ne sais quoi d'aigreur contre ces étrangers qui viennent foutre leurs panards par chez eux – ils ont en effet un certain penchant pour l'acrimonie. C'est du moins ce que ressentent nos deux tourtereaux dès leurs premiers contacts. Leur jeune fils, quant à lui, se demande ce qu'il fait là. Ce qui était dès le début une appréhension va devenir assez vite une crainte puis une angoisse. On a tôt fait de prendre nos cauchemars pour la réalité dans ce coin paumé où la vie est rythmée par le bruit de la machine qui vide le fumier. L'odeur n'est pas en option. Pourtant le père a fait des efforts, il participe aux battues, il est quasi pote avec l'un des chasseurs. Mais la voisine vient à clamser , noyée dans le ruisseau, c'est la faute à...

Ah là, là ! On le sait que les rancunes à la campagne c'est comme les tâches de mauvais vin ou les mauvaises herbes, elles sont tenaces. Sûr qu'il y a des histoires de famille pas nettes et nos anglais sont là, hébétés, morts de trouille. La mère voit des fantômes. Encore une fois ce sont ceux du passé qui vont réapparaître. C'est finalement un huis-clos que l'auteur va dérouler dans ce roman avec comme décor ces deux bicoques, et ses occupants qui s'épient. La tension psychologique agit comme un piston qui ne cesse de convertir les doutes en détresse ou en aveuglement. On scrute les dégâts sur les sinuosités cérébrales, l'enroulement intestinal. Le mal est fait.

Dans « Auprès de l'assassin » le terroir devient le terreau de la mémoire et de la folie. Louis Sanders y met tous les ingrédients nécessaires pour presser le lecteur à goûter au piment de l'égarement. C'est noir, c'est rustique et c'est obsédant.

Mention : Et avec la surprise du chef à la fin.

« Auprès de l'assassin »; Editions Rivages/Noir ; Date de parution : mai 2016 ; 200 pages.

Louis Sanders, pseudonyme de Élie Robert-Nicoud, né le 3 août 1963 à Paris. Il obtient le Grand Prix du Roman noir français du Festival du film de Cognac 2003 pour Passe-temps pour les âmes ignobles (2002).

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Jean (jackisbackagain) 28/05/2016 12:58

Bonjour Bob,
Très belle chronique et tu m'as donné envie de faire un petit tour en Dordogne. Une région que je connais un peu pour y avoir passé des vacances à deux reprises il y a...bon sang, que le temps passe vite ! Dis-moi, la Creuse est quand même plus indiquée quand on parle du trou du cul du monde, non ? Peu importe, je me note ce titre dans mon carnet. Amitiés.

Bob 30/05/2016 11:23

Salut Jean,
Ce n'est pas très loin de chez moi et pourtant je ne connais pas trop mais je sais que c'est magnifique. Oui, la Creuse a fait le buzz dans ce domaine !! Il est des petites histoires qui font de beaux récits. Merci ! Amitiés.