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VIA SPERANZELLA

Publié le par Bob

VIA SPERANZELLA

Introduction : « Mon arrière grand-père était montreur d'ours en Ariège. Il est même parti aux États-Unis ! » Encore une fois Penny avait son mot à dire. Je lui expliquais que dans mon roman le pauvre gros nounours avait été sacrifié pour une cause idiote. « Tu veux dire qu'ils ont eu l'audace de le tuer ? Mais c'est hoooorrible ! » J'insistais en lui rappelant que cette histoire avait pour cadre Naples et que ce n'était qu'une fiction. « Au moins J.J. Annaud, il les laissait en vie ses ours... »

Naples. Via Speranzella. L'insomniaque Tony Perduto, pigiste dans le journal local et en galère financièrement, découvre pendant sa balade matinale une énorme bestiole poilue étendue et immobile. Un ours clampsé comme ça avec une balle dans la tête et deux dans la poitrine, c'est quand même pas banal. Déterminé et flairant le scoop, il va suivre plusieurs pistes qui vont l’entraîner dans les souterrains napolitains tout en risquant de se retrouver... six pieds sous terre.

Qui dit Naples, dit mafia. Je crois qu'c'est clair. Ben ouais, la Camorra (et ses caïds) va faire son apparition dans le récit. Ils font partie de la famiglia par là-bas, ils protègent leurs enfants. Hum ? Tiens, justement il y a cette jeune fille brune aux yeux bleus, qui a tapé dans l’œil de Tony et qui semble plutôt étrange, qui crèche dans la rue. Le pigiste va ainsi sillonner cette artère de long en large, qu'il connaît comme sa poche (vide), et nous permettre de nous approprier l'âme de ce quartier populaire. Un petit village dans la cité. Avec ses résidents comme on les aime, baratineurs et méfiants, fidèlement ancrés dans leur modeste espace de vie, dans leurs bassi (locaux d'habitation exigus et symbole de la mouise napolitaine). L'auteur nous y promène et c'est un bonheur simple et réjouissant. On va également partager l'humeur de ce petit peuple qui prend une ampleur démesurée avec ce fait divers.

Car l'affaire est sérieuse. Les langues ne se délient plus, la Camorra est évoquée. Tony Perduto (le Paumé ?) grappille des indices : un cirque, un zoo. Il fait la une de son journal avec son papier. Mais pour le procureur Cristina Principe et l'Adjudant Fallone l'affaire est bouclée. Son rédacteur en chef lui refile un sujet sur les cafards. Le cafard s'est un peu sa bestiole de compagnie à Tony. Sa mère le lui rappelle à Tony qu'il lui faut une femme, un vrai boulot et des enfants. Il y a bien Marinella, son amie, sa confidente, dont il est amoureux mais...

L'auteur aime sa ville, c'est indéniable, il aime ses personnages, typiques, qu'il a dû piocher dans ses virées et il sait nous les rendre proches. Ce sont nos voisins. Il parvient aussi à créer une intrigue avec Tony qui se retrouve dans des situations très délicates et qui doit supporter les boniments souvent désopilants de ses concitoyens. Et ce petit gros Carletto qui pense plus à bouffer qu'à bûcher et qui nous émeut tant. Puis on suffoque dans ces souterrains en attendant la délivrance, celle de cette histoire d'ours brun abattu dans les quartiers espagnols mais aussi celle de Tony qui va enfin s'abandonner dans les bras de sa belle. Il n'est plus le Perduto, il a quitté sa caverne (« Vendredi ou les Limbes du Pacifique » de Tournier).

C'est le roman de cette frange d'un microcosme qui ne veut pas mourir avec ses mœurs, son folklore et qui a vécu avec la mafia. L'auteur en a fait le fondement de son histoire qu'il mène sans véritable à-coup, comme on suit les pas d'un flâneur puis qui change de résonance pour décrire la peur. Antonio Menna joue sur du velours avec une humanité qui transpire sous la lourde touffeur d'un été napolitain. On s'y sent bien.

Approche, approche et chemine derrière l'homme qui a vu...

Mention : Mais que fait la police.. ?

« L’Étrange histoire de l’ours brun abattu dans les quartiers espagnols de Naples », Éditions Liana Levi, Date de parution : 05-03-2015 , traduit de l’italien par Nathalie Bauer, 224 pages.

Antonio MENNA vit à Naples depuis l’enfance. Journaliste, il a collaboré à de nombreux titres dont Il Mattino, Liberazione ou Il Manifesto. En 2011, il publie sur son blog un texte très remarqué, Si Steve Jobs était né à Naples, édité l’année suivante en Italie.


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