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TERMINUS, TOUT LE MONDE DESCEND ! BANG !

Publié le par Bob

TERMINUS, TOUT LE MONDE DESCEND ! BANG !

Introduction* : « Ah, elle en aura fait couler de l'encre cette bestiole ! Mais cette fois-ci elle s'exprime... » Et Penny d'imiter le hurlement qui lui a valu la visite de ses voisins effrayés.

Le Grand Nord. Le Terminus. Si l'on dit je vais au Terminus, nul ne doutera que c'est pour s'enivrer, se taper une pute ou chercher un job. Parfois les trois à la fois. Natsume y a bossé en arrivant dans cet endroit qui héberge un tas d'individus sans foi ni loi. Sean l'a remplacé. Il aime ça se défouler avec les poings sur les clients trop imprudents et, pour ne pas perdre la main, sur sa petite famille. Quant au vieux Tom, qui a perdu ses jambes, il fait chauffer son alambic pour fournir leur came aux ivrognes. Dans ce contexte plutôt pesant, au milieu de ce nulle part en grande partie bloqué par les frimas, cherchant à reformer sa meute, le loup erre.

Mon dernier contact en tant que lecteur avec le loup fut celui de Herman Hesse. Ça date. Je me suis laissé tenter par ce premier roman de Stéphane Jolibert qui m'a été vivement conseillé – et par quelques glapissements médiatiques prometteurs. Si la civilisation semble ne pas avoir eu de prise sur cette contrée, cela convient parfaitement à tous ceux qui y posent leurs fesses et y évacuent leurs ardeurs. C'est le cas de Sean. Nats, qui fait office de livreur pour Tom, avait pointé du doigt ce trou du cul du monde, guidé qu'il était par une mission. Il traîne toujours ses stigmates. Son passage au Terminus en tant que gardien des prostitués est de nature à nous révéler sa personnalité. La rudesse du climat, l'isolement, la proximité avec la nature, lui conviennent à merveille. Son affection pour Leïla, l'une des douze locataires du Terminus, puis son amour pour Sarah vont sensiblement perturber ses convictions.

La prégnance du loup dans le récit offre à ce texte sa substantifique moelle. Le loup qui erre se contenterait d'une moelle non substantifique, d'un os sans moelle, car il crève la dalle, il a les crocs. La meute, quant à elle, bâfre. Le loup qui erre est tout à sa quête de nourriture, de survie. La meute copule. Les chiens n'ont pas leur place ici. Le loup Alpha en a décidé ainsi. Nats est le seul à entendre le loup qui erre, s'approchant de la maison. Sa perception serait-elle hallucinée ou bien n'est-elle pas plutôt proche de sa lourde réalité ?

« Dedans ce sont des loups » est un roman d'atmosphère , western nordique, en cela qu'il projette ses personnages dans un cadre de vie rude et brutal. Sans situation géographique ni temporalité, dans cet espace clos cerné par la neige, les tensions y sont exacerbées entraînant le déchaînement d'actes abjects - les cadavres jetés dans la nature et seulement enneigés - ou des pulsions fantaisistes – le petit cadeau que s'offre Twigs la Levrette (quel est le coquin de lecteur qui a trouvé illico ?). Il est bien entendu que c'est Nats avec ses doutes et ses atermoiements qui nous intéresse au premier plan. Mais qui est ce patron anonyme et si directif du Terminus ? La place des femmes dans le récit est observée avec justesse. Putes ou femme battue, elle subissent encore et toujours mais l'espoir de lendemains moins sombres subsiste. Seule Sarah et sa volonté de bousculer les limites nous offre une parenthèse lumineuse.

Chaque lecteur trouvera peut-être le loup qui est en lui. En tous les cas Stéphane Jolibert a engendré un objet littéraire qui nous procure un certain vertige, une réaction salutaire qui ne peut reposer que par la qualité de son récit.

Mention : « Quiconque est Loup agisse en Loup ; C'est le plus certain de beaucoup. » (LF)

*Penny est mon assistante et amie

« Dedans ce sont des loups »; Editions du Masque ; Date de parution : 6 janvier 2016 ; 280 pages.

Stéphane Jolibert a grandi au Sénégal et a étudié à l’École des Beaux-Arts de Saint-Étienne (1992-1997) avant de bourlinguer de longues années du côté du Pacifique Sud où il exerça le métier de directeur artistique. Il s’établit à Paris à la fin des années 2000. Après avoir été Directeur de Création de longues années en Agences de Communication, Stéphane Jolibert se consacre aujourd’hui à la formation et à l’enseignement de la Communication Visuelle. Parallèlement, il publie des romans et écrit des scénarios pour le Cinéma.

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La Petite Souris 18/04/2016 09:11

m'a l'air bien tentant celui là, et effectivement j'en ai eu par ailleurs quelques échos sympathiques !

Bob 18/04/2016 11:01

Salut Bruno, en effet c'est une très bonne surprise ! Amitiés.