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DU ROSE ET DES EPINES

Publié le par Bob

DU ROSE ET DES EPINES

Introduction* : Penny a du vague à l'âme « Les barbares habitaient dans les angles tranchants des cités exilées... »

La ville rose. Cité des Izards. La petite Samia n'aime pas qu'on brutalise les animaux. Son frère vient d'en enfermer plusieurs dans la cave de l'immeuble. Sergine reçoit un coup de fil. Elle est dans son cabinet de vétérinaire. C'est la nuit. Le chien est malade. Noureddine, le frère, est dans le commerce de proximité. Illégal. Sergine, pas du tout bien dans sa peau, va entreprendre une quête. Si la cité a ses inévitables dealers, une autre menace y pointe sa haine.

Benoît Séverac vit dans cette cité - est-il nécessaire de rappeler que Mohamed Merah y est né ? Il s'y active pour combattre la dégringolade. Pour offrir ce petit coup de pouce afin de désensibiliser cette cité sensible en luttant contre l'indifférence ? Très probablement. Il écrit ceci en préambule « Ce roman est dédié aux habitants des Izards à Toulouse, dont certains font de ce quartier un petit village où il fait bon vivre... aussi. » Autant dire que son engagement filtre dans ce récit et cela n'est pas sans rappeler l'importance quasi vitale de l'acte citoyen.

Tout n'y est pas rose, la violette se fane, ô mon païs !, il y a de l'orage dans l'air, les cailleras aiment la castagne. On est aux Izards, et le boss c'est Noureddine et sa sœur Samia se morfond et son petit frère – déjà chouffeur - veut jouer aux caïds, et ses parents effondrés se taisent, ses parents dissimulent leur honte, pas leur terreur. Il y a cette histoire de chiens, un nouveau plan pour ce que vous devinez. Non, tout n'y est pas rose, Sergine vient de se faire larguer, elle tente de gérer son physique de pilar (surnommé le gros de devant au rugby), son métier de véto est sa seule bouée. Les liens qui vont se créer avec Samia vont bouleverser son existence. Comment accepter la soumission de ces jeunes femmes ligotées par leurs frères sans réagir ? En réponse à cette question, elle va trouver sa mission. Un acte irresponsable - trop invraisemblable pour certains lecteurs ? Pour la police, c'en est un mais Sergine, tête baissée, va foncer dans le tas et faire voler en éclat cette gangrène. Non, tout n'y est pas rose. Les stups passent des contrats avec les dealers en échange d'informations sur la radicalisation grimpante des cités. Ça fout les boules à Decrest, la chef de la BST (Brigade Spécialisée de Terrain), qui voit son boulot de tous les jours bousillé. Non, tout n'y est pas rose. Les barbus posent leurs jalons. Les kalachs pointent leurs museaux destructeurs. Ils ne peuvent laisser ces musulmans salir Leur religion.

Comment rester indifférent ? Le regard que porte l'auteur est tout sauf haineux. Même la mort d'un dealer ou d'un djihadiste est décrite comme une perte, pour la famille, les voisins, si jeune et déjà mort, un désespoir qui conduit au fatalisme. Et c'est ce sentiment qui fait écho dans ce récit poignant, au réalisme effrayant. Quand le rose se pare de sang. Si l'apitoiement suinte, c'est surtout la raison de vivre, et non celle de survivre, qui prédomine. L'axe choisit par Benoît Séverac pour raconter ces drames liés à la menace djihadiste est révélateur d'une évolution dans l'approche de leur combat. De nouvelles cibles. Toujours plus de haine et de morts.

Benoît Séverac aborde des sujets épineux et nous propose de partir en immersion. C'est peut-être pour ça, malgré son rouge et noir, qu'il faut absolument arrêter ses pas dans ce quartier. Avec « Le Chien arabe » l'auteur nous offre un poignant roman noir et sociétal.

Mention : Courageux le bonhomme !

*Penny est mon assistante et amie

« Le Chien arabe »; Editions La Manufacture de Livres ; Date de parution : 2016 ; 280 pages.

Benoît Séverac, né le 19 août 1966, est un romancier et nouvelliste français. Il est auteur de littératures noire et policière, adulte et jeunesse. Il vit à Toulouse.

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