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HOMME QUI GEMIT JAMAIS NE S'ENHARDIT

Publié le par Bob

HOMME QUI GEMIT JAMAIS NE S'ENHARDIT

Introduction : J'ai reçu en début de semaine un SMS de Penny dans lequel elle exprime son désarroi. « SOS, je m'ennuie terriblement sur cette île. SOS, envoie-moi des bouquins ! » Ni trois ni quatre, je postais une dizaine de romans noirs dont ma toute dernière lecture auxquels je joignais un courrier. Nouveau SMS de Penny « C'est quoi S.O.B. ! » Je répondais « Fils de pute ! » Plus de nouvelles...

Dana livre la petite Wendy, douze ans, à Pike, son grand-père au passé plutôt douteux. Elle n'a plus de mère. L’héroïne c'est pas bon pour la santé. Dana c'est une pute amie de Sarah, la fille de Pike qui fait ainsi la connaissance de sa petite-fille, un rien effrontée. Faut dire qu'il est de retour chez lui après avoir longtemps bourlingué, délaissant sa famille, et vient d'apprendre le décès de Sarah. Là, il vivote dans son patelin pourri vautré dans les Appalaches et décide d'en savoir plus. Il file vers les quartiers craignos de Cincinnati avec Rory, un jeune boxeur. Derrick trimballe également sa haine dans le coin. Pas trop branché déontologie le flic. Il tente d'approcher la fillette Wendy. Ça irrite quelque peu Pike...

Reagan est aux affaires. Si l'auteur, pour son premier roman, situe son action durant cette période c'est que cela n'a pas nécessairement fait les affaires de la piétaille qui a pris ses mesures en pleine face. Dans la galère des plus modestes s'insinue inévitablement la prostitution, le deal, la violence. C'est dans ce cadre cradingue que Derrick et Pike évoluent, où ils se sont construits. On est ainsi frappé par leurs points de ressemblance. Cependant Derrick symbolise le Mal qu'il dispense à satiété. Pike, quant à lui, semble être en quête de rédemption. Ce sont deux machines de guerre qui plient, tordent tout ce qui pourrait nuire à leur avancée. Ainsi on assiste à leurs progressions qui ressemblent moins à une battue qu'à une épreuve fatale dans ce fatras d'infortunes puantes et sanglantes. Enfin les droites parallèles des protagonistes vont se rejoindre...

Chaque chapitre est comme un coup de fouet. Deux, trois pages. Ça claque ! On se redresse pour aussitôt prêter le flanc à l'ennemi. Spectateur mais pas voyeur de cette sauvage réalité on réalise que l'auteur ne traîne jamais ses personnages sur le banc des accusés, ces êtres égarés qui ne sont que nos semblables. « Pike » libère par salves d'étranges émotions comme une arythmie cardiaque. Il faut avoir le cœur bien accroché mais c'est un peu ce qui guide les pas du lecteur de roman noir avisé. De cette écriture au lance-flammes, furieuse et brusque surgit le chatoiement d'une langue qui se pare d'incantations lyriques et d'un humour abrasif.

Les yeux de Wendy se fissurent comme deux fenêtres jumelles fracassées par une bourrasque de grêle, puis se noient sous les larmes.

  • Là, ma puce, lui dit Iris en lui tenant les épaules alors qu'elle se tortille pour tenter de partir.

  • Va te faire foutre, dit Wendy par-dessus son épaule

Elle tourne la tête vers Pike d'un geste vif, lui crache au visage et ajoute :

  • Toi aussi, va te faire foutre.

Le fiel dans le gosier, les yeux exorbités, les narines refusant la pestilence, des sifflements dans les esgourdes, les godasses pataugeant dans une neige souillée de pisse. Nous voilà dans un état second. Benjamin Whittmer ne fait pas dans la babiole, le colt en plastique et les chiquenaudes. Il fait pas semblant, il assène. Sous ses coups de butoir on tente le repli ou l'esquive mais ce qu'il nous grommelle ne peut/doit pas rester sans réponses. La parole est au noir. Cette couche de crasse qui brouille les apparences, qui révèle les souffrances, les vulnérabilités. Qu'ils soient défoncés, shootés jusqu'à l'os, pervertis, baisés jusqu'au trognon, accablés par le sort, la solitude, le remord, la bestialité, la candeur, tous ces personnages sont infirmes, estropiés, citoyens d'un autre monde, sans horizon, sans illusions ou si peu.

Ca fait pas de mal une bonne rafale dans les gencives et parfois c'est même salutaire. Benjamin Whitmer balance-nous encore ta foudre !

Mention : « Néonoir » est une nouvelle collection chez Gallmeister.

« Pike », Editions Gallmeister, Néonoir, Date de parution : 04/03/2015, Traduction par Jacques Mailhos, 288 pages.

Benjamin Whitmer est né en 1972 et a grandi dans le Sud de l'Ohio et au Nord de l'État de New York. Il a publié des articles et des récits dans divers magazines et anthologies avant que ne soit publié son premier roman, Pike, en 2010. Il vit aujourd’hui avec ses deux enfants dans le Colorado, où il passe la plus grande partie de son temps libre en quête d'histoires locales, à hanter les librairies, les bureaux de tabac et les stands de tir des mauvais quartiers de Denver. Dernière parution, Cry father (26/03/2015).

Commenter cet article

wollanup 08/04/2015 13:21

Tout bon.La chronique et le bouquin.

Bob 08/04/2015 16:01

Thx man ! Mais un bon bouquin c'est quand même plus agréable à lire et donc à chroniquer...

Sandrine 06/04/2015 22:21

J'ai bien l'impression que ce roman trouve encore plus d'échos avec cette réédition que lors de sa première parution en français il n'y a que quelques années. Tant mieux !

Bob 06/04/2015 22:30

Et j'ai omis de le préciser... Comme quoi l'impact de la promo d'une nouvelle collection peut être bénéfique. J'ai beaucoup apprécié son humour et j'ai un peu tiqué sur l'excès de métaphores. Tu as dû faire une chronique donc je vais la lire... Amicalement !