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JACK A DIT

Publié le par Bob

JACK A DIT

Introduction : Voici un message troublant et allusif de Penny « Voilà, j'ai envoyé une lettre à ce monsieur Holland qui dit à peu près ceci : Bonjour, tu vas m'excuser mais tu devrais réviser ton comportement sinon tu ne vas pas t'en sortir. T'es le boss quand même. Fais le deuil. C'est duraille je sais...Bon, y'a cette jeunette qui te tournait autour et tu as enfin conclu, c'est bien. Mais fais gaffe à ce mec impitoyable qui prêche mieux que quiconque. Il veut ta peau. Toi tu as le manuel pour y parvenir. Bon, c'est pas gagné d'avance mais encore une fois, les Dieux de la pluie sont avec toi ! »

Texas. Une sulfateuse modèle Thompson, un bulldozer, une fosse et neuf asiatiques dedans avec de l'héro dans le bide. Le shérif Hackberry Holland et son adjointe découvrent l'horreur. L'une des jeunes filles aurait été enterrée vivante. Pete Flores, qui a participé au meurtre, est recherché. Un proxénète a maille à partir avec un trafiquant et des tueurs à gage. Rôde aussi, dans ce vaste et impitoyable paysage, Le Prêcheur, un type bizarre craint par la terre entière.

Voilà, c'est fait, j'ai lu mon premier Burke. Hep, le premier qui moufte je lui envoie Les Chœurs de l'Armée Rouge au grand complet en guise de réveil-matin et si ça ne suffit pas j'ajoute le grand Orchestre d'André Rieu (avec les cymbales) ! Je disais donc que j'ai la honte sur moi. Pas encore eu le plaisir de serrer la paluche à Robicheaux mais celui de découvrir le style d'un grand bonhomme. Là, c'est Hackberry Holland qui joue le premier rôle. Alcoolo repenti, marqué par son atroce passage entre les mains de bourreaux et par le décès de son épouse. Pour en savoir plus sur le personnage du shérif, je vous recommande la chronique de EncoreduNoir.

Je le précise tout de suite, c'est pas dans le Texas de Burke que j'irai fêter mes noces de plomb. Bah, elles sont révolues. Par contre pour la fiesta des plombs qui percent les chairs, ils sont pas mal équipés dans ces contrées aussi asséchées que le gosier d'un quidam inscrit chez les AA. On assiste à la valse d'une bande de chacals qui se tirent dans les pattes pour du fric ou pour assurer leur survie alors que les victimes tremblent, se débattent et les représentants de la loi bataillent (parfois entre eux). Chaque personnage, qu'il exsude le Mal ou le Bien, a ses failles, ses dépendances, que l'auteur avec son art de la justesse, parvient à nous transmettre. Chaque situation, souvent chargée d'un danger imminent, prend aussi une dimension originale et dense dans un décor quasi irréel soigneusement dépeint par de subtiles nuances.

Ainsi on accélère le pas en suivant le chassé-croisé de tous ces individus sous le ciel texan au milieu des mesquites, des arbres à créosote, soulevant une poussière ocre qui colle à leur peau écorchée par l'assaut des lances de feu où seules les mines désaffectées apportent une fraîcheur salutaire malgré quelques effluves pestilentielles.

Et puis il y a Jack Collins dit Le Prêcheur. Ce type est une énigme. Ses interventions sont toutes aussi inattendues les unes que les autres. On pourrait le détester et cependant il nous fascine, non pas pour la droiture dont il semble imprégné mais pour ses blessures et son étrange désir de périr. Il bouffe l'écran.

[…] – Si ma mère est vraiment enterrée sous cette tente ?

[…] – C’est une question complexe. Tu vois, je ne sais pas si elle est sous cette tente, ou s’il n’y a qu’une partie d’elle. Je l’ai enterrée après une période de grand gel. J’ai dû faire un feu sur le sol et me servir d’une pioche pour creuser la tombe. Alors je n’ai pas creusé très profond. À cette époque je ne connaissais pas grand-chose aux prédateurs, et je n’ai pas recouvert la tombe de pierres. Quand je suis revenu un an après, des créatures l’avaient déterrée, et dispersée sur quarante ou cinquante mètres. J’ai remis dans le trou ce que j’ai pu, mais pour tout te dire, je ne sais pas exactement quelle quantité d’elle se trouve sous nos pieds. Il y avait un tas d’os tout autour.

Le terminus est sans surprise puisqu'il ne pouvait en être autrement - nous étions prévenus - mais l'empreinte du Prêcheur pourrait bien laisser des traces dans un prochain opus.

Maître de son alchimie, Burke disperse sa poudre magique. Le rythme s'accélère et vire au vertige puis la bile se répand pour céder la place à des ombres menaçantes. D'une structure classique « Dieux de la pluie » est porté par le style admirable de son auteur qui n'a plus rien à démontrer et qui, malgré son grand âge, est toujours une assurance tous risques du polar.

Mention : Promis, je sors de ma PAF (Pile à Bâfrer) « Dans la brume électrique » avant l'été...

« Dieux de la pluie», Éditions Payot-Rivages, Date de parution : Janvier 2015, traduction de l'angalis (Etats-Unis) par Christophe Mercier, 528 pages.

James Lee BURKE est né à Houston (Texas) le 5 décembre 1936. Deux fois récompensé par l'Edgar, couronné Grand Master par les Mystery Writers of America, lauréat en France du Grand Prix de littérature policière (1992) et deux fois du Prix Mystère de la Critique (1992 et 2009), James Lee Burke est le père du célèbre policier louisianais Dave Robicheaux.

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