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PEKIN DE NEIGE ET DE SANG - MI JIANXIU - PICQUIER

Publié le par Bob

C’est un grand monsieur au visage souriant, aux yeux si peu bridés, qui s’était présenté à moi lors du salon Polar’Encontre. Michel Imbert, pseudonyme Jianxiu Mi, a une attirance pour cette Chine qu’il a sillonnée, attrait qu’il exprime dans ses romans historiques et policiers - avec notamment la série Juge Li. De son précédent roman Fang Xiao dans la tourmente (Editions de l’Aube) j’avais apprécié ce regard porté sur la mémoire collective qui prend vie en s’appuyant sur les mésaventures d’un couple. Ici c’est un roman policier que nous propose l’auteur qui met en scène le lieutenant Ma accompagné de Zhou, son jeune adjoint. C’est dans les frimas de Pékin qu’ils vont devoir s’atteler à une enquête épineuse suite à deux assassinats perpétrés par des séparatistes ouïghours.  

 

Si vous le permettez, faisons un léger détour dans les méandres de l’Histoire afin de situer ce peuple au destin très troublé. A ce jour, un million de Ouïghours seraient détenus dans des camps d’internement. Depuis l’annexion par la Chine de la région autonome du Xinjiang - riche en ressources naturelles -, une résistance populaire musulmane se met en place. Les autorités chinoises estimaient que cette communauté était une des principales menaces sur la sécurité des Jeux Olympiques de 2008. Après les émeutes de 2009, des attentats terroristes sont commis à Pékin et dans le Yunnan. A partir de 2017, des centaines de milliers de Ouïghours passent dans des camps de rééducation chinoise. Je retiens deux exemples qui font écho avec notre belle France : interdiction du port du voile pour les femmes et adoption interdite pour les nouveaux-nés de 29 prénoms musulmans, sous peine que les enfants concernés se voient refuser l’obtention du livret de famille. 

 

L’auteur décrit avec minutie ces deux policiers - dont ce lieutenant plutôt las qui traîne ses soucis familiaux dans la boue neigeuse et ce coéquipier novice qui a des fréquentations qui vont l’amener à dépasser certaines limites - que. Alors que ce dernier tente de régler des problèmes personnels Ma, par association d’idées - l’une des victimes était professeur de géologie, l’autre passionnée de minéralogie -, parvient à tracer une piste qui le mène sur d’immenses sites de construction (barrage, lotissements, etc.). L’affaire prend des proportions inquiétantes. Il nous ouvre les portes de ces cités où le pékin moyen est un pékinois qui survit, qui surnage dans cet océan où les gros poissons gobent les minus. Et il nous donne du grain (de riz) à moudre.   

 

Si la corruption est une plaie qui gangrène de nombreux états, dans ce domaine la République de Chine n’est pas épargnée. On se prend au jeu du chat et de la souris dans ce roman d’enquête qui nous propose de distinguer au plus près les excès dévastateurs d’une société qui s’est emparée des ressorts du néo-libéralisme. Le peuple est désormais sous la joute du parti ET du modèle occidental. Pékin de neige et de sang est un roman noir qui déploie son intrigue sur fond blanc taché de rouge - celui du drapeau et celui du sang qui a coulé. J’ai été emballé par la plume souple et habile de l’auteur qui, chemin faisant, trace les contours de cette Chine qu’il affectionne mais qu’il explore sans ses poncifs rébarbatifs et avec le souci du détail, avec ses tares et ses vices.  

Pékin de neige et de sang, Jianxiu Mi, éditions Picquier, parution : mai 2018, 320 pages.

 

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