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POUR DONNER LA MORT, TAPEZ 1 - AHMED TIAB - L'AUBE

Publié le par Bob

TRANSGRESSION ET TERRORISME

Introduction* : " L'autre c'est toi, c'est moi, c'est nous."

 

La trilogie oranaise n'a pas encore pris fin avec Gymnopédie pour une disparue dernier récit mettant en scène le commissaire Kémal Fadil, personnage récurrent de l’auteur, qui fait une courte apparition dans ce nouveau roman. Une traversée de la Méditerranée suffit pour s’amarrer dans les cités du nord de Marseille. C’est dans cette ville malmenée par le nouveau banditisme qui s'installe dans les quartiers - remplaçant le traditionnel « corso-marseillais » - que le commissaire de police Franck Massonnier va enquêter sur l’assassinat d’une femme arabe. On ne saura jamais si le tueur avait les pieds « tanqués » lorsque qu’il a fracassé son crâne avec une boule.Sur les lieux de ce jeu de massacre un indice est repéré. Puis c’est un véhicule qui brûle où l'on retrouve les deux corps calcinés de jeunes connus des services de police - dont un à la main tranchée. Les soupçons se dirigent immanquablement vers les petits caïds du trafic de drogue et les nouveaux adeptes de la charia - les signes ne trompent pas. Massonnier est dans la mouscaille. Maï, sa fille, est de plus en plus distante voire absente depuis que son père a quitté son épouse pour former un couple avec un nouveau partenaire, son collègue l’inspecteur Lofti Benattar – "beur, flic et homo" c'est ainsi qu'il se définit. Maï semble traîner avec un dealer puis est kidnappée. La mouscaille.

 

Ahmed Tiab ne plonge pas ses ingrédients - ils sont nombreux - dans la grande marmite des malaises sociaux, des replis identitaires ou du business de la drogue en se contentant de touiller énergiquement pour renifler la puante pitance. Sa « patte » reconnaissable jongle avec les sphères privée et publique sans pathos, sans sentence mais avec une poigne suffisamment ferme pour partager ses profondes impressions dans cette intrigue brûlante. En abordant le thème du rejet de l’homosexualité par le biais de Maï on entre au cœur du désordre familial et de ses répercussions – il en est de même avec la mère de Lofti. C’est encore avec Maï que l’on s’introduit dans le cercle de ceux qui sont désormais considérés comme les épouvantails des banlieues françaises - alors que les recruteurs ne puisent pas essentiellement dans les cités, loin de là. L'auteur a fait ce choix mais évoque aussi cet islamisme radical qui se répand via les réseaux sociaux (France Culture : ICIet qui touche ces jeunes immigrés ou d'origine immigrée qui le plus souvent n'ont jamais lu les sourates et sont en recherche d'identité dans ce pays qui n'est pas vraiment le leur. C'est dans une atmosphère tendue que le duo d'enquêteurs va tenter de percer le mystère de ce nouveau groupuscule de soldats de Dieu, lové dans les quartiers sinistrés de Marseille.

 

Que Ahmed Tiab soit d'origine algérienne, qu'il ait fuit le régime qui s'est installé dans son pays à l'orée des années 90 – il se considère comme un "réfugié culturel" -, qu'il soit désormais établi en France – où il enseigne l'espagnol - et qu'il écrive des romans noirs n'est pas anodin. Mais il insiste sur le fait qu'il a choisi la fiction pour grossir le trait, que l'idée d'introduire des affaires criminelles lui est venu en écrivant. C'est donc naturellement que le problème identitaire devient le thème principal de ce roman que l'auteur met en lumière avec un exemple frappant. Ceux-là mêmes, ces français, qui se sentent rejetés en France reconnaissent leur identité et la mettent en avant en visitant un pays étranger – leur voyage en Thailande. Mais le sectarisme est également au cœur du récit. Cette intolérance qui ne connaît pas de frontière, de religion ou de génération. Car la jeune française et la mère maghrébine expriment la même homophobie.

 

Pour donner la mort, tapez 1 est un drame contemporain. Ahmed Tiab avec sa plume aussi incisive que généreuse ne nous épargne pas, exclut le répit et enfonce le clou - la fin est tragique. Transgression et djihadisme se partagent le désordre qui s'ancre dans ce roman. La reconnaissance identitaire est un combat – les uns le livrent les armes à la main, les autres préfèrent la prévention. Fanatisme et rejet de l'autre se répandent sur la toile dite sociale. D'un clic pour donner la mort il suffit parfois de taper 1.

 

Mention : Le prochain roman d'Ahmed Tiab clôturera le cycle oranais.

*Penny est mon assistante et amie. Elle intervient en introduction de mes chroniques.

 

« Pour donner la mort, tapez 1 », Ahmed Tiab, éditions de L’Aube, parution: 04-01-2017, 224 pages.

 

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J
Merci pour cet éclairage, l'ami Bob. J'ai un peu de mal avec cet auteur mais ta chronique m'incite à une nouvelle curiosité. Amitiés.
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B
Hello Jean, il n'est pas inutile parfois de retenter l'expérience (parfois ça marche !). Bonne lecture. Amitiés