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QUE DIEU ME PARDONNE - PHILIPPE HAURET - JIGAL

Publié le par Bob

Introduction* : « Mélissa ne fait pas ça !? »

 

L’écurie, on la connaît, les éditions Jigal, du polar rien que du polar. Philippe Hauret, on le connaît aussi avec son premier roman Je vis, je meurs. On s’était d’ailleurs noté avec les trois petits points qui sont fait pour A suivre… Ce n’est pas le à suivre de au suivant, on passe à autre chose non c’est le à suivre de à repérer la sortie du prochain. Il est là.

 

Si l’on adopte un ton alerte c’est essentiellement pour éviter de trop assombrir notre propos. Pour tout vous dire on a dû faire fausse route. Comment est-ce arrivé ? Une intersection ratée dans cette banlieue entre la cité et le quartier résidentiel. Est-ce le manichéisme introduit par l’auteur qui a détraqué notre intêret pour cette histoire ? Pourtant les récits contrastés mettant en opposition le nanti au pauvre, le gentil flic à son collègue patibulaire sont légion. Sont-ce les réactions et les actes surprenants de certains personnages qui font perdre sa crédibilité au récit ? Pourtant l’auteur semble baigner dans un univers qu’il affectionne et dont il a les clés. Alors ? Un court résumé s’impose : le flic Mattis est de ceux - au contraire de Dan - qui préfère la prévention à la repression. Ainsi il propose à Kader de bosser chez Rayan - une façon pour les deux de racheter leurs écarts. Vont entrer en scène la belle Melissa et Dan le facho. Quand l’épouse de Rayan est retrouvée morte dans sa piscine rien ne va plus.

 

Bien sûr nous avons apprécié l’aspect sociétal, le rejet des préjugés - le mauvais gars est-il vraiment celui que l’on pense ?-, la magnanimité de l’un, le désir de trouver sa voie, de se faire une place des autres, autant de fils que l’auteur démèle aisément avec son style direct et tendu. Sans être préparés on est prêt à accepter la posture de Kader qui du statut de kaïra passe à celui de victime quasi exemplaire. Oui Kader est un personnage intéressant - on ne dira pas attachant - tout comme l’est Mattis qui tisse des liens tout à fait inédits avec ses clients. Mais que dire de Mélissa, la douce rêveuse qui cherche plus la fuite par tous les moyens possibles que l’affection dont elle manque. Dans le rayon des êtres épouvantables nous avons Rayan et Dan. Psychopathe mystique, le premier puise sa folie dans un passé douloureux, l’autre se satisfait de sa xénophobie débordante. C’est dans les interactions entre certains personnages que nous avons remarqué des interférences ainsi que dans certaines situations incongrues - un problème de connexion. A ce stade de notre chronique nous conseillons au lecteur qui souhaite éviter le spoil d’en rester là. Pour les autres, c’est un peu plus bas*.

 

Alors que ce roman semble avoir enthousiasmé de nombreux lecteurs, chroniqueurs, nous ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain mais émettons des réserves sur certains éléments (ce ne sont pas que des détails) de cette fiction noire. Peut-être n’avons-nous pas su nous laisser porter par son rythme et son ambiance qui, avouons-le, est l’un de ses points forts mais qui auraient peut-être engourdis notre attention. Ceci explique-t-il cela ? Lorsqu’une lecture est interrompue par des questionnements intempestifs, il est fort à parier que le ressenti final ne soit pas franchement positif. Désormais nous invoquons le ciel pour qu’il ne nous tombe pas sur la tête puisque Dieu est de la partie. Dans Que Dieu me pardonne nous retrouvons Mattis le flic désenchanté de Je vis je meurs. Cette fois-ci nous n’avons pas pu le suivre et, entre la barre d’immeuble et la villa de luxe, avons fini dans une impasse. Fatale. Nous vous souhaitons de trouver la bonne voie…   

 

Mention : Le titre choisi était-il prémonitoire ?

*Penny est mon assistante et amie. Elle intervient en introduction de mes chroniques.

 

« Que Dieu me pardonne », Philippe Hauret, éditions Jigal, parution : mai 2017, 208 pages.

 

* Il nous est très difficile d’accepter que Mélissa sombre dans les bras de Rayan après les événements précédents. Tout comme nous avons du mal à admettre que cette jeune fille qui rêve de fuir l’univers qui l’entoure se laisse attirer par Kader le délinquant - même s’il montre son désir de changement. Il est vrai que nous ne nous chauffons pas du même bois.

De plus, comment peut-on accepter que Rayan organise un raout d’enfer dans son parc en invitant ses amis - et que ceux-ci y participent - alors que son épouse vient de mourir.

Peu d’enquête, le récit s’intéresse aux personnages. Mais il y a une morte, on l’oublie presque.

Dan représente l’anti Mattis… et c’est tout. Qu’apporte-t-il de plus ? Ici le dualisme nous a semblé trop lourd, superflu.

Par contre Mattis et Kader, les personnages centraux,  assument un rôle irréprochable du début à la fin du récit. C’est sur eux que repose l’équilibre du roman.

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