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ILS ONT VOULU NOUS CIVILISER - MARIN LEDUN - FLAMMARION

Publié le par Bob

Ô RAGE !

 

Introduction* : « Il ne fait pas un temps à mettre un surfeur dehors. Et pourtant.. ! »

 

Quand Dame Nature s’ébroue elle sème le désordre sur son passage alors que son vent de folie altère l’état de conscience de certains individus. Les animaux, percevant le danger imminent, ont fui. La chevelure des pins s’ébouriffe, la tempête désormais les scalpe. Au cœur de ce courroux, cinq hommes en colère. Deux se sont barricadés au milieu de nulle part et trois autres guettent tout autour comme des bêtes féroces. Il y a de la vengeance dans l’air. Ils souhaitent simplement récuperer le pognon que Thomas a, sur un coup de tête (et coups de poing), subtilisé. Celui-ci s’est abrité chez un vieux bûcheron. Nous sommes dans les Landes, chères à l’auteur. C’est la banale histoire du type qui pète un cable et qui va le regretter. Thomas vivote en chourant à droite à gauche des volailles, de la ferraille qu’il refourgue à Baxter, un réparateur de planches de surf qui ne rêve que de Bottom turn, de Cut back et de Off the lip et gère assidûment son petit commerce illégal en association avec les frères, deux gars pas très catholiques. Alors que la tempête Klaus se déchaîne, l’on assiste à la traque de Thomas par le trio très excité. Et la fureur va aller crescendo sur le tempo dément des éléments survoltés. 

 

Marin Ledun a passé la surmultipliée dans ce roman qui se déroule dans des conditions cataclysmiques. Il garantie son efficacité par la permanence de l’action qui a pour effet de tendre vers une tension extrême - qui peut mener à la rupture. Mais s’il pleut des cordes dans son récit, l’auteur en a plusieurs à son arc et pioche dans l’environnement local et dans le passé de l’un des personnages pour évoquer des plaies et des blessures anciennes. C’est sur le vieil homme que le regard se pose. Celui qui va défendre sa propriété comme un forcené et vendre cher sa peau. Mais pourquoi ? S’il vit dans une forteresse, c’est certainement pour se protéger de tout, de tous. Vieux réactionnaire, il remâche son histoire tragique en Algérie, ses exploits de coupeur de bois et grogne sa haine. Il est prêt à tout pour combattre l’ennemi et l’opportunité va se présenter avec la venue intempestive des poursuivants de Thomas. Thomas qui semble être le témoin de ces faits alors qu’il en est à l’origine. Thomas paumé, irresponsable. Thomas qui fuit. Qui fuit la réalité. Toujours.

 

Lorsque l’on aborde un roman de Marin Ledun l’impact de la société sur l’individu est inévitablement présent. Ici le récit s’ancre dans la réalité sociale de cette région, qui exploite avidement le tourisme mais connaît des difficultés avec ses disparités sur le plan économique, et nous montre ses perceptibles conséquences sur le comportement humain. Mais dans chaque personnalité se terre une part d’ombre, n’est-ce pas ? Si chaque acteur de cette tragédie nous la dévoile, l’auteur ne passe pas sous silence ses éventuelles causes - remugles du passé, perte d’un être cher. Si la nature humaine est plutôt complexe, les acteurs de la marche en avant (forcée) de la société de marché, qui compacte tout sur son passage, ne souffrent d’aucun blocage psychologique. Pour sortir de la galère il y a des solutions, certains empruntent des voies détournées. Et parfois la violence l’emporte sur la raison. Cette férocité a aussi pu couver et se développer comme une métastase jusqu’à engloutir le peu d’humanité qui stagnait dans le corps de l’être atteint.

 

C’est dans un jeu « à qui perd perd » que se livre ces cinq hommes qui font feu de tout bois (mais aussi de leurs armes) pour arriver à leurs fins. Et au final, il en restera combien ? Mais avant d’y parvenir tout ce beau monde va devoir endurer dispute, bagarre, confusion, débandade, fatras et chaos. Dès le début ils sont emportés dans un remous qui, nous le savons, ne peut qu’être dévastateur. La nature est incontrôlable, les hommes aussi, parfois. Avec Ils ont voulu nous civiliser Marin Ledun n’a jamais été aussi remuant. Il secoue les êtres pour les mettre à nu. Le résultat explose sous nos yeux. Un roman noir qu’il contrôle avec aisance, sans l’obesssion de la prouesse, où il fouille les personnalités à travers leurs actes et dévoile leurs âmes. L’émoi germe au-delà de la performance des acteurs. C’est cette profondeur que l’on goûte, avec satisfaction.

 

Mention : En 2009, notre cheminée est tombée, a traversé la toiture et par l’ouverture la pluie a pénétré dans notre salon. Pas d’électricité pendant 6 jours. (Moirax, Lot et Garonne)

*Penny est mon assistante et amie. Elle intervient en introduction de mes chroniques.

 

« Ils ont voulu nous civiliser », Marin Ledun, éditions Flammarion, parution : 11/10/2017, 234 pages.

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