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RÉVOLUTION AU MIRANDAO - FERNANDO MOLICA - ANACAONA

Publié le par Bob

ONG : Organisation Narco et Guérilla ?

Introduction* : « Tout là-haut les ordures dévalent la pente, les armes grondent, la drogue circule, une ONG s’installe…Et l’amour dans tout ça ? » 

 

Quand le hasard fait bien les choses. Nous avons repéré cette maison d’édition en participant à la « masse critique » du site Babelio. Pour ceux qui ne connaîtraient pas, il s’agit tout simplement de choisir un (ou des) bouquin(s) dans une longue liste et d’attendre le verdict. Roman gagné ou perdu. Dans le premier cas, il faut ensuite « pondre » une critique sur le site. Le titre de ce roman nous a attiré ainsi que le résumé. Et découvrir un nouvel éditeur nous a semblé intéressant surtout pour ce qu’il propose - « littérature métissée, brésilienne, régionaliste, coup de poing poétique ». Mais pourquoi ce choix du nom Anacaona ? Elle fut une princesse haïtienne qui a lutté contre les envahisseurs espagnols lors de leur arrivée sur Hispaniola - et devenue par extension symbole des femmes guerrières et résistantes. Les choix éditoriaux ont conforté notre intérêt : la littérature dite des « minorités » ainsi que les différentes collections Urbana, Terra, Epoca : « Ecrire est une arme », « Une terre et ses racines », « La diversité des voix contemporaines ». Belle pioche n’est-ce pas ?

 

Nous entrons dans cette favela fictive - mais au combien proche de la réalité -  dans les pas d’un jeune étudiant blanc - il faut en déduire qu’il n’est pas vraiment dans le besoin - qui a décidé de ne plus étudier pour s’engager dans une lutte idéologique. Doté d’une prédisposition oratoire il est remarqué par le responsable de l’organisation d’extrême-gauche Connexion. Ainsi va s’engager une intrigue, frisant le docu-fiction, qui va nous mener de réunions en débats, de délibérations en controverses pour enfin aboutir à une décision finale. La révolution est en marche. Mais les arguments et les moyens de sa mise en œuvre semblent quelque peu démesurés : ce processus suppose une lutte armée, une guérilla. Une ONG s’installe dans la favela qui va servir de poste avancé. Des contacts essentiels se créent avec l’un des responsables communautaires et avec… le boss du trafic de drogue. Les premiers effets se font ressentir, cela prend une tournure favorable. C’est donc cette folle entreprise que va décrire l’auteur avec un réalisme plus que convaincant - il est journaliste - tant pour son cadre que pour ses personnages et le rôle qu’il leur attribue.

 

Dire que cette révolution pourrait être vouée à l’échec n’est pas spolier puisque tout laisse à croire - à travers les différentes péripéties - que l’on ne renverse pas un régime établi sans une armée de combattants. Mais le propos de Molica est moins de composer une intrigue que d’utiliser celle-ci pour nous permettre d’observer les inégalités sociales criantes qui s’accompagnent d’une corruption envahissante - police, dirigeants - et d’une exploitation de solutions illicites. Bien sûr il y a de la grogne dans les favelas de Rio - bidonvilles qui occupent 280 hectares - mais si ses habitants parviennent à y survivre ils sont aussi confrontés à la guerre entre la police et les narcotrafiquants armés avec plusieurs morts par semaine. Ceux-ci y imposent leur loi. C’est cette violence physique et sociale qui transparaît entre chaque ligne. Envisager une révolution socialiste n’est peut-être pas que la représentation fictive d’un auteur engagé puisque le Brésil a déjà connu divers soulèvements collectifs - notamment en 2013 mais les manifestants étaient issus des classes moyennes.

 

Révolution au Mirandao est un roman social où la noirceur s’impose par une violence latente - qui va s’achever par un déchaînement. Le pivot du récit est politique. Suivre le quotidien de la population de cette favela est une expérience autant enrichissante que poignante. La question de l’utilisation de la violence contre la violence plane sur le récit. Celle de l’utopique rapprochement entre riches et pauvres, blancs et noirs y trouve une réponse. Celle de l’amélioration des conditions de vie reste en suspens. Molica écrit avec sa plume de reporter mais il ne néglige pas le rythme et l’intensité des relations, des rapports de force. Et puis, il y a cette brève histoire d’amour… Roman très recommandable.

 

Mention : Les éditions Anacaona, retenez ce nom.

*Penny est mon assistante et amie. Elle intervient en introduction de mes chroniques.

 

« Révolution au Mirandao », Fernando Molica, éditions Anacaona, collection Urbana, traduite du brésilien par Sandra Assunçao et Isabelle Delatouche, parution : 26/10/2017, 200 pages.

 

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