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LES ENCOMBRANTS - JEANNE FAIVRE D'ARCIER - MILADY

Publié le par Bob

UNE TRIBU SOLIDAIRE

 

Introduction* : « Une tribu parisienne ? Dans un quartier populaire ? Cette tribu, ressemble à la tribu Mallausène sauf qu’ici la famille est celle d’un échantillon de quartier. Il me semble qu’il y a aussi quelques similitudes avec le style de Pennac. Voilà ce que j’en dis…Et puis Bob, qui est un peu feignasse, ne fait jamais de référence à des auteurs. »  

 

Un meuble sur le trottoir, un homme plutôt mal fagoté qui approche discrètement, il ouvre le tiroir et s’enfuit. Cet homme c’est Antoine, un travesti qui vit chez Cathy dans ce quartier de Pigalle où les artistes en détresse, les paumés, les prostitués mais aussi Monsieur et Madame Tout-le-Monde composent cette communauté hétéroclite qui s’abrite dans ce îlot où la solidarité n’est pas un vain mot. De cette cohabitation est née une entraide quasi vitale autant sur le plan matériel qu’affectif. Ainsi quand Antoine présente Cerise à ses voisins d’immeuble une opération spéciale est mise en branle pour cacher ce bébé trouvé dans cette commode destinée à la décharge. Car des bruits ont couru qu’une mère aurait abandonné son enfant, qu’une policière la recherche. De plus la patronne du bar voisin regarde d’un mauvais œil cette enquête qui pourrait desservir ses activités plutôt prohibées.

 

Si la couverture nous présente un thriller, si l’intrigue est plus tendue que nerveuse c’est surtout l’aspect humain et social qui occupe le premier plan de ce récit. Cette triste affaire permet à l’auteure de croquer des personnages authentiques dans un cadre qui ne l’est pas moins - c’est un lieu qu’elle connaît bien pour y avoir vécu. Celle-ci ne dresse pas des portraits comme on décrit des personnes disparues. Le cœur dans la main elle dépeint ces âmes en peine qui trompent le destin en activant des ressorts déjà en voie de disparition, tout comme l’est l’âme de ce quartier populaire - on pense au terme « culture populaire » qui a une connotation trop souvent péjorative - qui va voir s’éteindre certaines devantures aux néons clignotants comme celle de La chatte blonde car « Violette n’est plus en âge de travailler la nuit », tandis que « les transsexuels défoncés à l’ecstasy (qui) fréquentent le Folie’s Pigalle ». Elle installe un bon suspense dès le début du roman, ne s’encombre pas de raccords thrillesques et l’on assiste à une agitation dans le quartier qui va aller crescendo. Ca complote, devise, ça parlemente, ça court car l’enquête de police avance à grand pas. Antoine a enlevé un enfant. Mais il a tant souffert (et souffre toujours) - il a connu l’orphelinat - que l’empathie gagne son entourage - et le lecteur. Son geste s’explique par son parcours chaotique, et il s’est promis que la petite Cerise ne suivrait pas le même chemin.

 

En creusant les personnalités, en façonnant un style à la fois alerte, soigné et fertile Jeanne Faivre d’Arcier - qui a une vingtaine de romans à son actif (fantastique, aventures, jeunesse) - parvient à harmoniser la remarquable humanité qui traverse ce récit. Cette « musique des mots », qu’elle affectionne, donne le la dans Les Encombrants où la générosité se répartit en tranches de vie pittoresques d’un microcosme ignoré de l’autre monde - ce sont des encombrants. Un roman noir empreint de tendresse, d’altruisme et de fraternité - vertus anémiées, valeurs  épuisées - ne se refuse pas.

 

Mention : Merci Penny !

*Penny est mon assistante et amie. Elle intervient en introduction de mes chroniques.

 

« Les Encombrants », Jeanne Faivre d’Arcier, éditions Milady, parution : 17/02/2017, 336 pages.

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