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LA REINE NOIRE - PASCAL MARTIN - JIGAL

Publié le par Bob

QUI EST LE BON, QUI EST LA BRUTE ?

Introduction* : " Qu’elle est superbe cette Marjolaine ! Peut-être un peu puérile elle se permet de défier l’ordre établi?"

 

Il en reste très peu de ces cheminées qui tutoyaient le ciel avec leurs briques rouges. Ainsi érigées elles pouvaient symboliser l’ascension sociale ou pour les plus mystiques la flèche d’une église avec élévation ex abrupto. Dans ce patelin perdu d’une contrée dévastée par les fermetures d’usines - la Lorraine - la morosité a fait son lit. Le bistrot abrite les désoeuvrés, les plus vieux qui tapent le carton et sur les nerfs de la jeune Marjolaine. Que reste-t-il de ces beaux jours ? Une Reine noire, dame de pique - qui représente dans la cartomancie une femme qui cherche à nuire - qui les nargue. Le nouveau patron s’est arrangé pour faire fermer la sucrerie et a réussi à s’installer à la mairie où il règne en pacha. Les anciens n’auraient jamais pu imaginer que leur café pourrait se transformer en saloon et voir apparaître un cowboy aux allures de fantôme. Il se fait appeler Mata, débarque en bagnole de luxe avec une dégaine à faire fuir une meute de kaïra. Il va sans dire que les langues de pute vont être atteints d’hyposialie (diminution du volume de salive) car ce tueur (mata) n’est autre que Toto Wotjeck, le jeune voyou qui faisait des siennes du temps où. Zou ! Comme un malheur n’arrive jamais seul voici venir le fils du premier directeur de la raffinerie qui est flic à Interpol mais ne le crie pas sur les toits. A cet instant, nous nous interrogeons - ben oui, quoi ? - sur cette mise en situation plutôt suspecte - peut-on imaginer qu’un agent des renseignements, même protégé par une fausse profession, débarque ainsi sur les pas du type qu’il traque ? Mais l’auteur est  roublard car l’intrigue va nous servir sur un plateau d’argent (de la drogue) une réponse appropriée. En effet, les deux protagonistes ont toutes les raisons de haïr le maire et ne sont pas venus pour conter fleurette.  Mais qui est le bon et qui est la brute ?  

 

WESTERN DE L’EST

 

 Sur fond de dérive sociale  - référence est faite à Jean-Patrick Manchette - Pascal Martin impose un rythme implacable à ce récit aussi rugueux qu’encorseté et oppose habilement les secrets du passé au maussade quotidien des autochtones - qui vont subir une belle claque car des événements plutôt désagréables vont se produire. Il crée une atmosphère ténébreuse qui coudoye parfois l’ésotérisme - Toto n’est pas le moins obscur et glacial. Les personnages, autant qu’ils sont, vomissent leurs rancunes, leurs errances ou leurs duplicités mais quelques étincelles éclairent le décor avec Marjolaine et la petite Marie-Madeleine, elles seules sachant séparer le bon grain de l’ivraie. Pour combler la faille qui s’est ouverte, puits sans fond qui engloutit toutes les certitudes, l’auteur a concocté un final déconcertant. Ce western - toujours Manchette ? - recèle quelques images marquantes comme les chevauchées de Wotjeck, la haine de cette mère pour sa batarde de fille, la fraîcheur de Marjolaine, les tocs vestimentaires du flic. On se risquera à évoquer les diverses toquades des locataires du bar qui nous semblent un peu trop stéréotypés.

 

La Reine noire est de prime abord un roman social mais sa noirceur est exacerbée par une cadence infernale et le style choisi par l’auteur qui privilégie l’observation des comportements en délaissant l’affect - encore Manchette, le béhaviorisme ? Drame social, familial, drame humain, ce roman noir laisse entendre les halètements provoqués par les fêlures. Ce n’est pas Manchette, c’est Pascal Martin et c’est à découvrir. 

 

Mention : Pour Manchette nous avons ceci à vous proposer pour en savoir plus : http://www.editions-anacharsis.com/Jean-Patrick-Manchette-et-la

*Penny est mon assistante et amie. Elle intervient en introduction de mes chroniques.

 

« La reine noire », Pascal Martin, éditions Jigal, parution : septembre 2017, 248 pages.

 

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