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HÔTEL DU GRAND CERF - FRANZ BARTELT

Publié le par Bob

VERTIGO

Introduction* : « Un pote à Bob a vivement conseillé Le Jardin du Bossu de cet auteur qui manie la dérision comme un polisson. »

Comment ne pas flancher devant cette galerie de portraits qui défilent dans ce récit alors que l’on tente tant bien que mal de calmer nos spasmes abdominaux. Ces contractions musculaires nous sont offertes par monsieur Bartelt en personne. Ce pourrait être une gentille pantalonnade mais la malice de l’auteur - sa faculté à détourner les événements, à mettre ses personnages dans des situations inextricables, à composer avec ceux-ci dans ce tourbillon saugrenu où ce qui ressemble à une imposture n’est autre qu’un douloureux revers du passé - est aussi experte que déraisonnable, aussi savoureuse que judicieuse car portée par un style remarquable.

C’est dans cet hôtel qu’une vedette de cinéma fut retrouvée raide dead dans son bain. Plusieurs dizaines d’années plus tard un enquêteur y est envoyé par un admirateur qui suspecte un éventuel crime et souhaite tourner un documentaire. Dans ce petit patelin des Ardennes belges un habitant perd la tête - l’occupation privée du douanier est très inhabituelle voir plus que douteuse et on le retrouve décapité. De ce fait l’on va découvrir le phénomène. Voici venir l’inspecteur Vertigo Kulbertus. Un phénomène de foire ? Il additionne tous les superlatifs à lui tout seul. C’est un ogre plutôt grossier qui se satisfait de peu, quatre repas par jour avec des lampées de bière et du cervelas. De plus, il applique une recette bien particulière pour ses interrogatoires - la scène qui se déroule dans sa chambre est tout bonnement irrésistible, on ne peut s’éviter de penser au personnage de Ma Loute de Bruno Dumont. De prime abord, Gros dégueulasse conviendrait parfaitement pour le définir. Mais Vertigo est beaucoup plus subtil qu’il ne laisse paraître. La jeune fille de la patronne de l’hôtel disparaît. L’enquête va s’avérer pointue pour ce flic qui prend sa retraite dans quelques semaines.

Etayé par ces deux enquêtes conjointes classiques le récit prend de la valeur ajoutée et atteint des sommets de poilade grâce à la verve de l’auteur. Il allie la fausse désinvolture à la hardiesse, l’extravagance à l’immoralité avec subtilité et introduit des personnages disposant d’un fort caractère ambigu. Un suspense flottant s’installe sur ce bled qui n’héberge pas que d’honorables paroissiens. C’est à la source des tragédies qu’il faudra puiser pour qu’enfin le passé déverse son flot souillé de vérité.

On déguste avec délectation ce roman qui ravit nos papilles littéraires. Alors que Vertigo est à la ripaille, alors que la patronne à la dent dure, alors que l’enquêteur se nourrit d’amour, l’on assiste à un festin de diableries. Franz Bartelt est un admirable maître à jouer avec les situations qui ont un pouvoir burlesque détonnant. Il taille un costume sur-mesure pour chaque personnage et charpente admirablement son récit. En styliste hors-pair il jongle habilement avec les maux dans cet Hôtel du Grand Cerf de la collection Cadre noir qui peut s’honorer de sa présence pour le plus grand plaisir des lecteurs.

Mention : J'ai pris note : Le Jardin du Bossu. Merci Nicolas !

*Penny est mon assistante et amie. Elle intervient en introduction de mes chroniques.

« Hôtel du Grand Cerf » Franz Bartelt, éditions du Seuil, Cadre noir, parution : 11/05/2017, 352 pages.

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Jean dewilde 16/06/2017 16:59

Mon cher Bob,
Ah, une de mes prochaines lectures. Voilà bien un auteur que j'apprécie hautement et que j'ai découvert, précisément avec Le jardin du bossu. Délectable et jouissif. Je ne peux que te le conseiller très fort. Ta chronique joliment tournée me donne l'eau à la bouche. Amitiés. Jean.

Bob 20/06/2017 13:58

Salut Jean,
J'ai été bluffé par la qualité de son écriture. Il faut que je me procure Le jardin du bossu. Amitié. Bob