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AU RYTHME ACCABLANT DES SOUVENIRS - LA PENSION DE LA VIA SAFFI - VALERIO VARESI

Publié le par Bob

Introduction* : « Qu’il est bon de flâner dans les pas de cet homme… »

Parme. Ghitta, la patronne de la pension a été assassinée. Le commissaire Soneri a fréquenté cet établissement - étudiant, il y a rencontré Ada, son épouse, malheureusement décédée d’une fausse couche. Il va longuement enquêter. Mais les souvenirs vont refluer et l’envahir pour ne plus le quitter.

Le Fleuve des brumes, précédent roman (et premier traduit en français) de l’auteur nous avait fait forte impression. D’une brume à l’autre, nous nous établissons sur cette cité que l’on explore avec bonheur. Car notre commissaire se hâte avec lenteur. A la recherche d’indices il maintient son train de sénateur - sans dignité car la nostalgie invite plutôt à l’abattement - pour aller à la rencontre de ceux qu’il n’a pas revu depuis sa jeunesse. Un spleen intense s’empare de lui lorsque l’intime de sa conscience est touchée de plein fouet. De cette mélancolie nait une peine qui s’avère être un supplice. Cela l’incite à poursuivre une quête qui est étroitement liée à son enquête. Il se réconforte comme il peut, sort un Toscano à la forme typique après avoir dégusté quelques mets traditionnels bien arrosés par un vin rouge local. Il continue à déambuler dans Parme, ville raffinée, ville embrumée dans cette plaine du Pô. Descriptions évocatrices. En écho de ses pas, ce sont d’autres pas - de vieilles connaissances - qui résonnent. Il les suit. Et des pistes s’ouvrent à lui. Bien sûr, le récit est fortement orienté sur son personnage principal mais celui-ci n’est pas avare d’échanges - c’est un homme seul qui se nourrit des autres - et cela nous permet de découvrir le patron de bar pakistanais - refuge de la communauté -, le SDF qui fut enseignant, le barbier sans clientèle. Et nous retrouvons Angela, sa bouée de sauvetage, toujours aussi avenante et prête à le remettre dans le droit chemin. Les heures s’égrènent, les nuits sont froides, Soneri erre et transmet ses informations à son assistant qui, fort heureusement, les gère prestement. Nous connaîtrons le fin mot de cette machiavélique histoire, où l’on ne sait plus qui manipule qui, qu’après avoir lentement et patiemment suivi le commissaire qui pressent qu’elle va le mener vers une affligeante et personnelle révélation.

Une ville, un quartier, une pension. Et un cœur qui bat au rythme accablant des souvenirs qui blessent et cadencé par le bourdon de l’église voisine - le temps y est compté. La pension de la via Saffi déploie un récit à la saveur unique : l’amertume. Et dans ce temps hors du temps le cortège funèbre des fantômes du passé défile. Ainsi sourd une atmosphère morose qui, comme la brume, ne parvient pas à dissimuler le profond désarroi. Mais le récit ne s’essouffle jamais. Notre attention est aiguisée par ce drôle de bonhomme qui déambule, par son enquête qui va révéler une sale affaire de corruption - Ghitta, redresseuse de torts obstinée et issue d’un pauvre patelin de montagne, est parvenue à manipuler les notables - et par ces personnages authentiques.

Comme dans Le Fleuve des brumes Valerio Varesi manifeste une saisissante habileté pour transmettre les émotions, pour éveiller les sens. La pension de la via Saffi est un très agréable roman policier dont nous préconisons la lecture.

Mention : On pense à un célèbre commissaire, prénom Jules.

*Penny est mon assistante et amie. Elle intervient en introduction de mes chroniques.

« La pension de la via Saffi » Valerio Varesi, éditions Agullo, traduit de l’italien par Florence Rigollet, parution : 23 mars 2017, 320 pages.

Commenter cet article

Jean dewilde 07/05/2017 15:11

Bob,
Ce sera une de mes prochaines lectures. Je n'ai pas hésité à lire ta chronique qui est juste magnifique. Ne penserais-tu pas à écrire un roman, une nouvelle, un essai, que sais-je? Je suis sérieux. J'ai hâte de retrouver le commissaire Soneri qui m'avait conquis dans Le fleuve des brumes. Amitiés.

Bob 12/05/2017 20:04

Salut Jean,
Il est tellement agréable de déambuler dans les pas de ce commissaire que l'on a du mal à retrouver notre quotidien échevelé.
Je lanterne beaucoup trop pour écrire un roman et j'ai déjà écrit quelques nouvelles. Merci pour ton encouragement qui me touche. Amitiés.