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UN GLOCK SUR LA TEMPE - REVOLUTION - SEBASTIEN GENDRON

Publié le par Bob

Introduction* : « Oui, la révolution est l’affaire des femmes. Pour secouer les consciences il y a deux solutions : plonger le peuple dans un immense tambour de machine à laver le linge… sale en famille ou emmerder le peuple en l’empêchant de rejoindre son lieu de villégiature. Pandora n’a pas trouvé de lave-linge… »

Ces deux intérimaires d’une même société gérée par un drôle de loustic étaient fait pour se rencontrer après avoir connu de sacrées mésaventures. Pandora a évité le lynchage alors qu’elle venait de détruire un monument religieux où, en lieu et place, une mosquée doit être érigée. Quant à Georges c’est un concours de circonstance qui l’amène à fuir dans la Jeep conduite par Voyelle, un monstre écervelé, avec dans le coffre deux mecs pas trop vivants. Une subite pulsion amoureuse les unit dans un bar - au fond du couloir, première porte à droite - et, chemin faisant, Pandora persuade le timoré Georges de bloquer la circulation d’une autoroute, de se poser un pistolet sur la tempe, en menaçant de se faire sauter la cervelle, afin de réclamer une révolution.

A situation loufoque, écriture cocasse. Sébastien Gendron s’y emploie avec une pratique affutée de la dérision qui fait mouche. Si les deux personnages principaux se trimbalent un tombereau d’emmerdes, ils concentrent désormais toute leur énergie dans cette entreprise audacieuse pour laquelle ils sont prêts à y laisser des plumes. Ils ont fait l’état des lieux de leur propre situation et, par là même, celle de la société et sont convaincus qu’une action immédiate peut changer les choses. La prochaine révolution ? Faites-la vous même ! Plantés au beau milieu de cette voie autoroutière, ils vont créer le bouchon du siècle et, alors que la température estivale grimpe, la colère semble prendre le pas sur la résignation. Car la réaction attendue fait un flop mais reste l’espérance - échappée in extremis de la boite de Pandore.

Fataliste, voilà ce qu’est notre société. Comme la majorité de ces automobilistes qui râlent et ne bougent pas le petit doigt, à la question « qui est prêt pour foncer dans le tas ? » la réponse est vite trouvée « personne ». Ainsi l’auteur passe au crible toute cette population rassemblée par la contrainte et c’est peu dire que l’on se régale des mises en situation autant que l’on peut pâlir en suivant les réactions de certains spécimens d’aoûtiens qui se révèlent dans toute leur splendeur. Les flics sont gentiment ridicules, la journaliste en recherche de scoop se fait blouser, le DJ prend un sacré panard et une catégorie de zigotos très agressifs sort du lot en s’attaquant aux belles voitures. L’auteur imagine une révolte par l’action, sans idéologie, sans discours. C’est un signal d’alarme.

Cette téméraire prise d’otage est prétexte à de belles envolées drôlissimes, des parodies de scènes d’action et de violence - débandades hilarantes, personnages incontrôlables - mais aussi à évoquer le malaise social des précaires - souvent dénigrés -, la loi du marché et ses victimes, la résignation ambiante. Et n’oublions surtout pas cette détermination féminine qui peut déplacer des montagnes. Faites la Révolution aux côtés de Pandora et Georges !

Mention : Le hasard a voulu que j’enchaîne deux romans qui traitent, avec un style et une approche tout à fait différents, le même sujet. Ma lecture précédente était Un peu tard dans la saison de Jérôme Leroy.

*Penny est mon assistante et amie. Elle intervient en introduction de mes chroniques.

« Révolution » Sébastien Gendron, éditions Albin Michel, parution : 2 Janvier 2017, 400 pages.

 

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