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UNE AMBIANCE DE FOLIE - SEULES LES BÊTES - COLIN NIEL

Publié le par Bob

Introduction* : « Là, pour le coup, l’auteur nous bluffe sérieusement car quand tu connais le fin mot de l’histoire tu te dis que le causse est bien assez triste comme ça pour ne pas subir en plus des désagréments exotiques… »

Sur le causse. Les conditions de vie y sont difficiles et à cela s’ajoute les rigueurs de l’hiver. Où est passé Evelyne Ducat ? Les gendarmes pataugent, aucune trace. Joseph, seul et dépressif, a la visite régulière de Alice, assistante sociale. Des liens se créent, la relation avec son époux s’étiole. Afin de connaître la vérité sur la disparition de cette femme il faudra suivre les parcours de cinq personnages qui, au fil de leurs témoignages, vont donner du sens à cette énigmatique histoire.

Ayant négligemment loupé Obia - Prix des lecteurs Quai du Polar - nous n’avons fait ni une ni deux, et avons pris la direction d’une terre sauvage, poudrée par les frimas, si silencieuse que l’on semble percevoir le murmure des plaintes de sa maigre population claquemurée et moulue. C’est un roman choral que nous propose son auteur qui, en adoptant cette technique narrative pour son récit, croise les destinées de cinq personnages. Et c’est ainsi que se tisse, avec ses sous-intrigues distinctes qui procurent de l’énergie au récit général, un scénario intense avec ces émotions mêlées.

Ainsi, Alice, Joseph, Maribé, Armand et Michel vont livrer la vivante évocation de leur récit. Ces cinq personnages, au fil de leur narration et de près ou de loin, vont apporter de l’eau sale au moulin d’une très obscure histoire. On recoupe, on exploite les informations et peu à peu la lumière se fait. Mais il est nécessaire de passer par des situations autant effrayantes que piégeuses. Ces tranches de vie permettent de se replacer dans le contexte en transmettant des pensées, des actes qui s’opposent parfois à ce que l’on pouvait imaginer - à ce qui nous semblait être -, en ouvrant le champs des possibles. En couple ou solitaires, les personnages sont tous happés par le vide. L'auteur développe leurs relations qui se nouent et se dénouent.

La mécanique machiavélique de l’auteur est bien huilée, l’intrigue prend enfin du sens et nous sommes confrontés à une méprisable machination qui prend sa source au-delà du causse, à des destins que la solitude a guidés vers un mal-être assassin. L’atmosphère angoissante est aussi liée au décor hivernal - geôle de glace - qui devient hostile en créant un enfermement mental. L’auteur parvient, en donnant de l’épaisseur aux personnages, à noircir un tableau déjà très sombre - une ambiance de folie. Seules les bêtes est un roman rural noir des causses, avec une construction parfaitement réussie, qui entraîne le lecteur dans une affolante spirale. La folie n’épargne personne. Prenez garde !

Mention : Je vais lire Obia, promis !

*Penny est mon assistante et amie. Elle intervient en introduction de mes chroniques.

« Seules les bêtes » Colin Niel, éditions Rouergue Noir, parution : janvier 2017, 224 pages.

Colin Niel a travaillé en Guyane à la création du Parc amazonien durant plusieurs années. Sa série guyanaise multi primée : Les Hamacs de carton (2012, prix Ancres noires 2014), Ce qui reste en forêt (2013, prix des lecteurs de l’Armitière 2014, prix Sang pour Sang Polar 2014) et Obia (2015, prix des lecteurs Quais du polar/20 Minutes 2016, prix Polar Michel Lebrun 2016) met en scène le personnage d’André Anato, un gendarme noir marron à la recherche de ses origines. En 2017 il publie Seules les bêtes, un roman qui ne fait pas partie de la série guyanaise.

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