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DEMELER LE VRAI DU FAUX - DUEL DE FAUSSAIRES - BRADFORD MORROW

Publié le par Bob

Introduction* : « On a tous été un peu faussaire en imitant la signature de papa ou maman.. Quelle trouille on avait ! Mais pour ce type qui imite l’écriture de Conan Doyle c’est de la délectation... »

Long Island. On lui a tranché les deux mains. Il est entre la vie et la mort. Le coupable s’est défoulé en dispersant et endommageant des livres rares dans le salon de Adam Diehl. Son beau-frère -le narrateur -, qui partage sa passion pour la bibliophilie, se fait discret à la suite de ce drame - ce qui irrite considérablement son épouse. Circonspect, et pour cause, puisqu’il a été condamnée pour des faux qu’il commettait avec un savoir-faire étonnant. Quand le maître-chanteur entre scène la donne change.

Bradford Morrow ? Encore un petit jeune américain qui vient sarcler du noir sur nos terres ? C’est bien cela. « Bradford Morrow, 65 ans, a fait ses études à l’Université du Colorado à Boulder. Auteur de six romans, sélectionné pour le PEN/Faulkner Award et lauréat du O'Henry Prize, il enseigne la littérature à Bard College et a fondé la revue Conjunctions. Il vit à New York. »

Comment peut-on imaginer que le lecteur lambda ne puisse pas être attiré par l’univers du livre, par les volumes rares, rarissimes, par la bibliophilie. Et par les (peu ?) honorables faussaires qui s’attachent à reproduire l’écriture de grands écrivains. Car ces gens-là sont des passionnés. Si contrefaire est un acte dommageable, voire pernicieux, il paraît nécessaire de préciser que ce sont des amoureux des belles-lettres, des auteurs majeurs. Dans Duel de faussaires le narrateur voue une passion pour Conan Doyle. Il pose méticuleusement sa plume sur des correspondances, des autographes pour leur offrir une valeur historique.

C’est à une attaque obstinée que le narrateur va être confrontée. Il va devoir lutter contre ce corbeau qui ne le lâche pas, qui semble déterminé et devient même menaçant. Mais un autre motif va causer un fort trouble au faussaire car il est toujours en phase de rédemption et n’a pas encore totalement banni - y parviendra-t-il un jour, on peut en douter - le ravissement que lui procure l’écriture. Il considère qu’il a un don et le résultat - la vente fructueuse de ses faux - semble lui donner raison. Après maintes recherches, il ne parvient toujours pas à trouver l’expéditeur des missives qu’il reçoit mais un nom revient sans cesse sur le tapis. C’est également un faussaire et il lui demande un paquet d’argent. Comment parvenir à le coincer sans mettre à jour ses propres secrets ? Peut-il continuer à mentir à son épouse, a ses amis ?

Mais qui est le coupable de la mort d’Adam ? Les soupçons se portaient de prime abord sur le narrateur, le beau-frère. Désormais un autre criminel est ciblé. Le couple déménage, le danger devient imminent. L’immersion dans ce milieu très restreint de la bibliophilie où seuls les spécialistes semblent avoir droit de cité est fascinant. Ce jeu du chat et de la souris ne l’est pas moins. La langue élégante de l’auteur est en parfaite harmonie avec le contexte et l’intrigue est ponctuée par les pensées équivoques du narrateur qui vacillent entre sa furieuse passion et ses scrupules. Aucun faux pas dans ce Duel de faussaires, vrai roman noir où, par le biais de son personnage principal qui se retrouve en porte-à-faux, la tension accroît au fil de ses fausses déclarations alors que nous ne parvenons pas à démêler le vrai du faux. L’auteur nous permet de pénétrer dans ce domaine ultra confidentiel qu’est l’Art du Faux et initie les béotiens que nous sommes aux arcanes de la bibliophilie. Un véritable régal.

Mention : “Et si l’on condamnait la Mort pour faux et usage de faux ?” Je parie ma collection presque complète de la revue « Fiction » contre une touffe de cheveux du futur président amerloque que ce bouquin va connaître un beau succès.

*Penny est mon assistante et amie. Elle intervient en introduction de mes chroniques.

« Duel de faussaires » Bradford Morrow, éditions Seuil, traduit par : Philippe Loubat-Delranc, parution :12 janvier 2017, 256 pages.

 

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Jean dewilde 21/01/2017 22:19

Ce tire m'avait déjà fait de l'oeil et je n'attendais pas vraiment de chronique pour me le procurer. Ce que je ferai dans les prochains jours. Un duel de faux cerfs, c'est pas tous les jours. Merci, Bob, pourvoyeur de bonnes idées. Amitiés. Jean.

Bob 22/01/2017 09:35

J'ai beaucoup apprécié le dernier roman d'O. Bordaçarre chez Phébus et du coup ils m'ont proposé celui-ci. Un éditeur à suivre ! Merci Jean !