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LE SOUFFLE DES BETES - IL RESTE LA POUSSIERE - SANDRINE COLLETTE

Publié le par Bob

Introduction* : « Des bêtes de somme ? Non, pire que des bêtes. »

Patagonie. Une estancia (vaste exploitation agricole). La mère règne sur son domaine depuis que le père est parti la laissant seule avec ses quatre gosses males. Deux jumeaux, un attardé et le petit. Le petit se prénomme Rafael. Comme ses frères, il cavale sur son criollo après les vaches et les moutons. Il est aussi leur souffre-douleur - surtout les jumeaux. La mère s’en fiche, le problème est ailleurs, il faut faire bouillir la marmite. Et qu’est-ce que ça dévore à cet âge-là ! Elle donne des ordres et les fils s’exécutent du lever du jour à l’aurore. Mais le destin s'en mêle quand deux enfants doivent, contraints et forcés, s'éloigner de la maisonnée.

"Il en est ainsi de la vie" semble répéter à l'envi l'infortunée fratrie qui traîne son infortune sur la steppe argentine. Quand les non-dits nous parlent, nous tendons l’oreille - l’indicible est cette petite voix qui chevrote, que l’on pense imaginaire et qui bourdonne pourtant comme un essaim, qui agace le tympan tant les sentences sont souveraines. Nous découvrons l’auteur avec ce quatrième roman, objet chargé d’images évocatrices, d’humeurs malignes, de pensées infectes, de troubles accablants et de désirs latents.

Le hasard, parfois, engendre des événements qui servent de révélateur - n'est-il pas plutôt provoqué ? C'est ainsi que l'organisation quasi militaire de cette famille va être bousculée et que la fracture va s'avèrer irrémédiable. Nous assistons au calvaire de Rafael, le personnage central, que ces frères considèrent comme le vilain petit canard. Ainsi, ce malheureux gamin doit supporter les brimades, l’humiliation, l’exclusion. C’est son parcours initiatique - thème abordé dans le conte d’Andersen - que l’on va suivre. L’affection qu’il recherche, c’est avec les animaux qu’il la trouve. Cependant, la vie est laborieuse pour tous. Car, le quotidien des quatre frères ressemble à une détention tant leur isolement est entretenu par leur mère. Le seul contact avec la civilisation se produit lorsqu’elle amène les jumeaux au patelin. Ils assistent à ses parties de poker qu’elle quitte souvent ivre et la bourse vide. Des chamboulements vont se produire. C’est à ces moments-là que la tyrannie va battre de l’aile, que l’on ressent la révolte sourdre, que rien ne sera plus comme avant.

Quand l’obéissance est perçue comme une servitude, quand les chaînes deviennent trop lourdes à porter, quand les bêtes que l’on garde semblent plus heureuses que soi et surtout quand un monde meilleur vous tend les bras, un vent de liberté souffle enfin sur la pampa. Tout à la fois récit d’initiation et drame familial Il reste la poussière est également une étonnant roman d’atmosphère que la plume de l’auteur parvient à dépeindre avec des descriptions saisissantes - brutalité des éléments, animaux dans la steppe, courses des criollos, haine menaçante, violence physique, palette des émotions. De cette palette, l’auteur brosse des portraits à la fois lumineux ou obscurs - on retiendra celui de Rafael mais aussi celui du « débile » qui remue les tripes. L’éveil final est aussi douloureux que réconfortant car l’humain trouve enfin sa place. La Patagonie de Sandrine Collette vous tend les bras. Sachez la saisir.

Mention : Rafael, le petit qui va apprendre à grandir…   

*Penny est mon assistante et amie. Elle intervient en introduction de mes chroniques.

« Il reste la poussière » Sandrine Collette, Editions Denoël, collection Sueurs Froides, parution : 25/01/2016, 304 pages

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