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BANCALE - DU SABLE DANS LA BOUCHE - HERVE LE CORRE

Publié le par Bob

Introduction* : « C’était avant Après la guerre. Quel bonheur de revisiter la plume magique de ce faiseur de noir ! »

Bordeaux. Pays basque. Début 1990. Alors qu’ils ont un tueur à gage à leurs… basques, alors que la police française manigance, Emilia et Pierre quittent Bordeaux et filent vers le pays basque. Ils emmènent le compagnon d’Emilia touché par une balle des gendarmes qui tentaient de les intercepter suite au sabotage d’un hôtel de leur commando. Mathilde, l’épouse de Pierre, va subir de plein fouet les conséquences du forfait de ces autonomistes basques.

Retrouver l’écriture de Hervé Le Corre s’apparente à ces rencontres délicieuses - toujours attendues et souhaitées - d’amis lointains qui ne font que passer et que l’on tire par le bras pour les faire s’asseoir, les garder un peu plus avec nous. Il figure dans notre cercle restreint d’auteurs alors que, naïvement, nous n’avons pas encore visité toutes ses œuvres. Avec Du sable dans la bouche s’ébauche l’écriture d’un maître du polar hexagonal.

Le récit s’ouvre et se referme dans le pas claudicant de Mathilde - premier et dernier chapitre. Pour comprendre son boitillement il faut remonter à la source. C’était quelques années plus tôt et c’est le récit principal de ce roman qui s’intéresse moins aux exactions d’un groupuscule armé qu’à leurs relations intimes. Car, l’auteur ne s’embarque pas dans un développement circonstancié du combat des patriotes de la nation basque. Tel n’est pas son propos mais il en est le socle. Les policiers français avaient mis en place un stratagème tordu pour coincer les fugitifs alors que les services espagnols avaient lancé le dénommé Angel, dangereux désaxé, à leurs trousses. Autant dire que la messe était dite pour le trio en fuite, sauf que. Sauf que la fatuité d’un fonctionnaire de police en fin de carrière sème la confusion. Pourquoi Pierre, le mari de Mathilde et ancien amant d’Emilia, s’était-il embarqué dans ce périlleux périple ? Mathilde a, en guise de réponse, une réaction légitime, celle d’une amoureuse en proie au doute. Elle n’échappe pas à la tentation. Mathilde, victime expiatoire, s’affirme comme le bras armé d’une justice vengeresse, qui ne peut s’assouvir qu’avec un fusil. On ne joue pas avec le désespoir d’une femme.

Par l’entremise d’une liaison équivoque, l’auteur diffuse, avec son style imparable, des relents d’amertume et d’accablement dans cette course folle qui ressemble aux derniers soubresauts d’un condamné. En installant ses personnages dans un environnement glacial et morne, l’auteur accentue l’impression de noirceur et de désolation qui s’abat sur eux. Sommes-nous les témoins de l’épuisement d’une cause perdue ? De sa perte ? Quelle peut être l’issue quand la tyrannie convole en justes noces avec les plus viles bassesses ? Dans ce chaos on assiste au désordre des relations humaines, à la confusion des âmes. Bancales sont les sujétions, bancales sont les illusions, bancales sont les convictions, bancale est Mathilde.

Hervé Le Corre avec ce court récit, à l’intrigue solide, exprime son potentiel de création littéraire. Sa plume ferme et lucide se pare d’un admirable souffle lyrique.

Le papier de Cédric : ICI

Mention : Merci au site Addict-culture (et aux éditions Payot et Rivage) de nous avoir adressé ce roman !

*Penny est mon assistante et amie. Elle intervient en introduction de mes chroniques.

« Du sable dans la bouche » (1oct. 1993) Hervé Le Corre, éditionsRivages/Noir, version révisée, parution : sept 2016, 176 pages.

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