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LA CHUTE - A VOL D'OISEAU - CRAIG JOHNSON

Publié le par Bob

Introduction* : « La squaw Penny soutient Lolo Long. »

 

Wyoming. Comté d'Absaroka. Alors que le shérif Walt Longmire, en compagnie de son ami Henry dit La Nation Cheyenne, parcourt la réserve indienne à la recherche d'un lieu pour le mariage de sa fille Cady, il assiste à la chute d'un individu. Au pied de la falaise il trouve le corps sans vie d'une femme et son bébé qui a survécu. Suicide ou meurtre ? Longmire va enquêter avec Lolo Long, la chef de la police tribale, une jolie nana qui a un foutu caractère. Le chemin sera long pour retrouver le coupable dans ce territoire où le shérif a ses attaches.

 

Il plane sur leurs têtes, désormais désemplumées, cet oiseau de malheur qui a manifestement poussé dans le vide Audrey Plain Feather. Son compagnon est aussitôt suspecté. Mais d'autres pistes s'ouvrent. Et c'est en les suivant – Longmire frappant aux portes des autochtones - que l'on fait la connaissance de nombreux personnages, que l'on s'imprègne de leur culture. Car, si l'intrigue, au demeurant solide, est le fil conducteur de ce récit, l'objectif premier est certainement le rendez-vous que provoque l'auteur entre le lecteur et ceux pour qui il a un très fort attachement. Nous faire partager les conditions de vie de ces amérindiens – terme qui fait rire ses amis (lire dans ces « Remerciements ») -, leur précarité mais aussi ce lien de sang qui les unit est une expérience enrichissante.

 

Alors, qui sont-ils ? Parfois désœuvré ou alcoolique ou braconnier ou chef de la police ou animateur radio ou fabricant de bottes, ces hommes tentent de joindre les deux bouts, y parviennent parfois, au cœur d'une communauté mise au rancart, comme ces mêmes laissés pour compte qui représentent la face sombre de la société américaine dont les portraits sont souvent croqués dans le polar - beaucoup moins dans les médias. La débrouillardise peut parfois mener hors des limites de la loi. Ainsi, celui qui entre n'est pas toujours le bienvenu - Longmire parvient à se faire accepter grâce à ses connaissances et au souvenir d'une précédente enquête, le FBI est moins bien reçu. Parmi ces personnages ce sont les femmes, les mères, qui se distinguent par leur rôle protecteur, leur engagement à survivre dans des conditions difficiles. Quant à Lolo Long, c'est une autre paire de manche. Le shérif doit la dompter - ce serait bien mal le connaître que de penser qu'il n'arrivera pas à ses fins - car elle est d'une droiture qui frise la psychorigidité. Parlons un peu de Walt Longmire...

 

Il a quelques remords car il délaisse les préparatifs de la noce de sa fille - rappelons que son épouse est décédée. Cependant la future mariée connaît bien son père, il ne lâchera pas une affaire comme ça. D'autant plus qu'il a été témoin du drame. Longmire a un trait de caractère particulier qui se rencontre peu ou prou lors d'une enquête en milieu policier : la franchise - lors de ses différents entretiens, il livre toutes les informations recueillies. Cette faveur qu'il accorde naturellement à ceux qu'il interroge peut sembler inopportune et elle l'est quelque fois. Cependant, la confiance qu'il installe délie les langues et c'est ainsi qu'il apprend à connaître les membres de ces familles, leurs comportements, leurs secrets, qu'il grappille des indices. Cette franchise s'applique aussi pour la chef de la police tribale à laquelle il affirme qu'elle n'est pas faite pour ce métier – il pense qu'elle met sa vie en péril. La phase d'apprentissage peut commencer. Longmire est en empathie. Tout comme l'auteur pour ses personnages. Tout comme le lecteur pour ces mêmes personnages.

 

Point d 'apitoiement chez Craig Johnson, il adopte un ton léger et farceur afin de ne pas noircir le tableau. Leur existence est suffisamment compliquée comme cela. C'est dans une tension inattendue que prend fin l'enquête - nous avouons que ce fut une surprise – où, encore une fois, Longmire est épatant. L'auteur est épatant. A vol d'oiseau est épatant.

 

Mention : Épatant !

*Penny est mon assistante et amie. Elle intervient en introduction de mes chroniques.

 

« A vol d'oiseau » Craig Johnson, Editions Gallmeister, traduit par Sophie Aslanides , parution : 02/05/2016, 360 pages.

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