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SOUS LES GALETS, LA PLAGE ? - UNE VILLE EN MAI - PATRICK RAYNAL

Publié le par Bob

Introduction* : « C'est la lutte... finalement ! »

 

1968. Nice. La fac de Lettres est aux mains des étudiants. Frédéric rentre au pays à la demande de son épouse. Il va mener son enquête pour retrouver leur fille Sophie qui a disparu de la circulation. Le commissaire Pancrazi, contacté par Frédéric, et son adjoint ont un macchabée sur les bras. Les deux investigations vont suivre des pistes parallèles.

 

Patrick Raynal connaît bien son sujet dans ce roman policier qui - est-ce un pur hasard ou un malin clin d’œil ? - est paru au mois de mai et nous transporte dans la ville de Nice où il a vécu, à la fac de Lettres où il a suivi ses études, au cœur de la lutte des militants d'extrême gauche qu'il a fréquentés. Assurément, le lien est très étroit et fécond entre la réalité et la fiction. Cela donne une réelle consistance à ce roman réaliste à l'intrigue classique - donc parfaitement équilibrée, claire nette et précise.

 

Ce récit nous permet de suivre un duo de flics composé d'un vieux commissaire plutôt réac associé à un jeune plutôt pas réac. De cette collaboration apparemment dissonante – comme chien et chat - est née une complicité sans faille - comme cul et chemise. Pancrazi et Casanova se respectent mutuellement et, par-delà leurs considérations idéologiques, n'ont pour seul objectif que de faire respecter l'ordre établi. Cependant, si leurs méthodes divergent chacun va tenter de résoudre une enquête qui va les mener dans les hautes sphères du pouvoir. L'autre duo est un couple séparé, le monsieur s'est barré en Afrique en coupant les ponts alors que leur fille n'avait que huit ans. Lorsque la rencontre se produit des étincelles illuminent les Anges de la Baie et par-là même les Anglais de la Promenade. Si Domi et Frédéric continuent de se chercher des poux dans la tête, ils s'inquiètent un peu plus tous les jours de la disparition de Sophie. L'humeur de Frédéric augmente d'un cran lorsqu'il rencontre le nouveau compagnon de son épouse, un vieux beau dont il semble jaloux. L'amour rôde toujours. Quête et enquête les mènent au cœur des jeunes manifestants en grève - vivier de militants d'extrême gauche qui s'embrouillent sans cesse en mettant en avant leurs différences idéologiques – où Figasso, le meneur, tente de diriger le mouvement. Celui-ci a été très très proche de Sophie. Le meurtre du professeur sympathisant d'extrême droite et évincé de la fac par les manifestants jette un froid. La part d'ombre de la jeune étudiante dissimule de troubles desseins.

 

Fort de ses diverses expériences dans l'univers du polar, de son vécu - de ses engagements -, Patrick Raynal nous convoque dans cette période où les valeurs idéologiques n'étaient pas surannées. On a plaisir à assister à ces A.G. sauvages, à ces tiraillements incongrus, à ces échanges entre collègues aux convictions antagonistes. Si Mai 68 a créé des brèches et laissé des empreintes indélébiles, l'angle qui nous est proposé, en situant l'événement à Nice, permet d'élargir le constat. L'auteur en profite pour faire un état des lieux de la ville. Et l'on assiste à l'influence du pouvoir et des déviances de ses élites. Une ville en mai est un roman policier qui profite d'une intrigue précise pour amener le lecteur dans un contexte social particulier. En cela, il permet de nous replonger dans une ambiance troublée qui a eu une influence marquante sur notre société. L'auteur utilise un ton gaillard pour ce roman efficace.

 

Mention : Sous les galets, la plage ?

*Penny est mon assistante et amie. Elle intervient en introduction de mes chroniques.

 

« Une ville en mai » Editions L'Archipel, parution le 11mai 2016, 265 pages.

 

Né en 1949 à Paris, Patrick Raynal part très tôt pour Nice, afin de suivre des études de lettres modernes dont il ressort diplômé en 1969 – un an après Mai- 68. Il y côtoie des militants d’extrême gauche, connivences qui inspireront nombre de ses romans : La Clef de Seize (Albin Michel, 1982), Retour au Noir (Flammarion, 2006), Au service de Sa Saintetité (L’Écailler, 2012), Fenêtre sur femme (rééd. Albin Michel, 2013).
Il a collaboré à Nice-Matin, où il était critique spécialisé en littérature policière, puis à Télérama, au Monde des Livres. Il a dirigé la « Série Noire » chez Gallimard (1992-2004), puis « Fayard Noir » (2004-2009).

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