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KILLER KELLER IS BACK - CARTEL - DON WINSLOW

Publié le par Bob

KILLER KELLER IS BACK - CARTEL - DON WINSLOW

Introduction* : « Le Mexique à feu et à sang ! »

Mexique. De 2004 à 2014. Adán Barrera est en taule et les Zetas profitent de la situation pour étendre leur toile. Mais le caïd du Sinaloa veut retrouver sa position de leader sur le marché du narcotrafic. Art Keller, dont la tête est mise à prix, reprend du service car Barrela est en fuite. Et ce sont dix années de massacres en tout genre qui vont émailler la guerre de la drogue avec ces diverses corruptions, sales coups, trahisons et décapitations.

Il me semble que j'avais salué La Griffe du chien par « C'est un monument ! » Aussi volumineux mais plus dense Cartel expose la montée en puissance des trafics orchestrés par les familles. Avec cette suite l'auteur parachève avec maestria son chantier titanesque. Mais la donne a changé. « Quand vous prononcez le mot narcotrafiquant à Washington en dehors des couloirs de la DEA, vous n’obtenez que des bâillements. Mais si vous dites narco-terrorisme, vous avez droit à un budget. Et vous avez les mains libres. »

Keller sort de sa méditation lorsque son ancien chef de la DEA lui annonce que son principal ennemi s'est évadé. Nous sommes à Abiquiú (Nouveau-Mexique) en 2004. Le 31octobre 2012, dans le district de Petén (Guatemala), Killer Keller est toujours sur ses traces avec la ferme intention de l'éliminer. Mais les cartes ont été redistribuées, des alliances ont été passées. Entre ces deux dates la barbarie va atteindre des sommets jamais égalés, les clans rivaux se rendant coups pour coups. Si la chasse à l'homme a été rouverte ce sont désormais les Zetas qui mènent la danse. Les places fortes (zones frontalières qui permettent les échanges), qu'ils ont acquises en semant la terreur, sont fermement entre leurs mains. Barrera compte bien se les approprier par tous les moyens. Si l'état mexicain décuple ses moyens pour lutter contre le trafic, s'il travaille avec des unités spécialisées américaines, il devient évident que la gangrène de la corruption est déjà passée par-là – sans parler des policiers sur le terrain. Des accords avec un cartel s'avèrent indispensables pour stopper la vague de meurtres.

Dans le tumulte des exactions, dans ce jeu du chat et de la souris qui déleste son tombereau de cadavre, l'auteur fait un focus poignant sur certains personnages – avec ce journaliste d'un journal local pris dans la nasse et ce gamin embrigadé de force. On suivra notamment l'énergique et téméraire Marisol, médecin impliquée dans la lutte pour sauver son territoire et ses habitants, alors que Art Keller tombe sous son charme et tente de la convaincre de fuir. Tout aussi déterminée mais avec un arrivisme bien plus pernicieux et exclusif, c'est Magda, la jeune reine de beauté, compagne de Barrera, qui va se lancer dans le grand bain saumâtre du narcotrafic.

Pour être au plus près de la réalité cette fiction a nécessité une importante documentation car cet échiquier complexe est sans cesse bouleversé par des infidélités intestines, des mariages forcés, des représailles entre les familles ou au cœur même de celles-ci et avec l'intervention des états concernés. Si les gouvernements américain et mexicain sont sur les dents et tentent de limiter les dégâts, nous sommes les témoins d'une guerre contre le terrorisme des cartels toujours plus avides de pouvoir où la cruauté atteint son paroxysme. L'auteur nous livre sans intermédiaire ce pays à feu et à sang et, s'il n'est pas un docu-fiction, le récit nous informe largement sur l'effrayante mainmise d'un pouvoir mafieux qui prend les rênes d'un état corrompu avec ses ramifications dans le reste du monde.

Il fallait avoir une sacrée audace pour se lancer ce défi – après avoir publié le remarquable La Griffe du chien - car Cartel est une ahurissante expédition d'une dizaine d'années mêlant de très nombreux personnages et presque autant de situations aussi ravageuses que sanguinaires, aussi immorales qu’irrépressibles. La maîtrise de cette entreprise de haut vol, de cette tragédie où les innocents ne sont pas épargnés est un témoignage essentiel conté dans un style volontairement fluide avec une succession de fureur et d'accalmie. Ce roman est représentatif d'une société en perdition. Indispensable.

Mention : Les deux volumes que l'on peut comparer par sa documentation à la trilogie Underworld USA de J. Ellroy.

*Penny est mon assistante et amie. Elle intervient en introduction de mes chroniques.

« Cartel » Editions Seuil, Trad. de l'américain par Jean Esch, parution 08/09/2016, 720 pages.

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