Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

A DOUBLE TRANCHANT - ACCIDENTS - OLIVIER BORDACARRE

Publié le par Bob

Introduction* : « Toi, la sœur que je n'ai jamais eu... »

Il tombe dingue amoureux de Rebecca, une splendide rousse particulièrement exaltée, qui semble envahir peu à peu son existence. La sœur de Sergi, peintre qui se cherche, la connaît bien et a un avis plutôt mitigé la concernant. Et puis, il y a la photographe Roxanne au visage défiguré et au corps brûlé qui peine à accepter son sort. Elle tente d'y parvenir en exposant des images de son anatomie.

 

Nous avions quitté l'auteur avec son « Dernier désir » qui nous avait bluffé. Pourquoi ne pas l'avouer d'emblée, celui-ci est du même calibre.

Olivier Bordaçarre tend vers une qualité de l'écriture – mots pesés, soupesés - et une construction qui nous rappellent les admirables histoires de Pascal Garnier, sans les égratignures de la dérision.

Ce sont deux récits qui s'entremêlent pour enfin se rejoindre avec au bout du bout une collision destructrice. Si la méthode n'est pas novatrice, le soin que met l'auteur à distiller sa potion maléfique - son art de laisser transpirer cette sécrétion bileuse - est tout bonnement exquis. Ainsi, nous suivons d'une part la liaison amoureuse de Sergi Vélasquez avec Rebecca et d'autre part la cruelle solitude de Roxanne. Les doutes du peintre, la névrose de la belle rousse, la mortification de la photographe sont si intimement fouillés que le trouble s'insinue à dose homéopathique.

Sergi a une conception très personnelle de son art, sa création par le chaos se confondant avec son existence - il se réfugie souvent chez sa sœur psychanalyste qui lui prête un appartement sur le même pallier. Paul, son beau-frère, s'évade de son quotidien de père au foyer au contact de l'artiste.

« Paulo, soyons réalistes : le public de la peinture, c'est le bourgeois. Des hommes ou des cailloux, pour lui, c'est kif-kif ! Il vient dans la galerie parisienne, il mate cinq minutes, il achète un tableau de cailloux, il fout ça dans son salon pour le montrer à ses invités charmants, et après, ils bouffent comme des cochons. Voilà. Fin de l'intérêt de la bourgeoisie pour l'art.Le prolo, lui, il sait même pas que ça existe, il est trop préoccupé par sa survie. »

Quand une galerie accepte d'exposer ses nouvelles œuvres, quand Rebecca l’embauche dans sa boite, quand il découvre des photographies qui l'éblouissent, la tournure des événements fait craindre un revirement de situation pas banal. Au même moment c'est une Roxanne en exil que l'on accompagne dans sa lutte pour retrouver un semblant d'intégrité. Cet accident a changé sa vie. En connaître les raisons va permettre de répondre à toutes les questions que l'on se pose, alors que l'auteur nous a tendu quelques perches auxquelles nous nous accrochons comme à des bouées de sauvetage. Mais une lame de fond va nous emporter dans un baroud attendu et cependant bouleversant.

Transformer en art tout ce que l'on touche. Dans Accidents c'est avec une élégance rare que Olivier Bordaçarre parvient à construire une harmonie, à agencer des éléments aussi variés que la conceptualisation de l'art, les conflits de la dualité, un regard sur la famille. Il nous montre un Sergi pour qui l'art est un principe vital - l'art est essentiel. Il le conduit vers l'originel. Lorsqu'il est confronté à la réalité, une attraction naturelle le dirige devant les images d'un corps blessé, l'émergence d'un moi. Sergi en quête de liberté et dépendant de sa sœur. Sergi qui va prendre en pleine face les destinées de Rebecca et de Roxanne. La gémellité, la fascination du double, son antagonisme est le thème général. Ainsi, nous explorons la part d'ombre du double avec ses désordres avec la violence, d'abord latente, qui va se déchaîner. Deux pivots qui offrent un ressort dynamique à cette subtile intrigue.

Avec Accidents Olivier Bordaçarre explore à nouveau cette thématique et obtient une parfaite composition avec ce travail sur le style, si fluide, qui procure une cohérence au récit, qui l'alimente pleinement - autant dire que cet auteur fait partie de nos auteurs référents. Un roman puissant, brillant.

Mention : Les deux ne font pas la paire...

*Penny est mon assistante et amie. Elle intervient en introduction de mes chroniques.

 

« Accidents » Editions Phébus, 03/10/2016, 224 pages.

 

Né en 1966, Olivier Bordaçarre est comédien, metteur en scène et formateur depuis 1992. En 2000, il crée la compagnie Le Théâtre de L'Olivier et écrit ses propres créations. Depuis 2006, il est l'auteur, chez Fayard, de Géométrie variable (2006), Régime sec (2008), La France tranquille (2011) et de Dernier désir (2014). Il anime également des ateliers d'écriture et de théâtre pour tous les publics.

 

Commenter cet article