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SUR LA CORDE SENSIBLE - RURAL NOIR - BENOIT MINVILLE

Publié le par Bob

SUR LA CORDE SENSIBLE - RURAL NOIR - BENOIT MINVILLE

Introduction* : «Je ne savais pas que la Nièvre était jumelée avec le neuf quatre. Sinon, pour faire rire et en pensant à Bob je lance ce cri ROCK'N RIDES !!! – le mot « rides » est en français ! »

Nièvre. Tamnay-en-Bazois. Chris et Julie assistent au retour de Romain après dix années à barouder. La rancœur monte à la gorge de Chris. Pourquoi son grand frère est-il parti ? Romain constate que pas mal de volets sont fermés dans son bled et il apprend que Vlad, son meilleur ami, a acheté plusieurs commerces. Étonnant. A tous les quatre ils formaient une belle équipe, le « gang », à la vie, à la mort. Mais un événement tragique va survenir et les fantômes du passé vont les hanter nuits et jours - le secret de Romain, les écarts de conduite de Vlad, la rancune de Chris, le trouble de Julie. Mais que s'est-il passé durant cet été ?

On connaît le bonhomme Benoit Minville qui sévit sur le réseau social préféré du monde entier - et peut-être ailleurs, allez savoir. Libraire il a aussi édité plusieurs bouquins pour la jeunesse. Là, il s'attaque aux grands dans la collection « Série noire ». Mazette !

Ce roman se veut en partie autobiographique. L'auteur n'a pas vécu dans la Nièvre mais avec son frère il y retrouvait chaque année des potes de jeunesse. Cela revêt à mon sens une réelle importance et surtout une influence sur le ton de ce récit – mais quel auteur n'a pas secoué le sac pour vérifier si les billes y sont encore et qui n'a pas tenté de poser sur le papier ces épiques instants juvéniles qui tourbillonnent encore et toujours dans nos rêves secrets comme une nuée de moucherons s'obstine à se coller aux visages en sueur. Il l'a fait, en peignant son histoire en noir avec des personnages qui ont suivi des voies équivoques - c'est peu dire puisqu'ils sont dealers - ou contraires à ceux qui s'éternisent dans ces territoires, ces autochtones qui sont aussi bien enracinés que les chênes centenaires.

Romain est revenu avec ses plaies encore à vif. Il est le déclencheur d'une série de forfaits qui vont plus qu'ébranler le patelin, la région. C'est une histoire d'amitiés fidèles, ce que l'on peut nommer la fraternité, où la complicité se mariait à des sentiments confus envers la seule fille du petit groupe. Julie était au centre et les flèches de Cupidon des deux aînés fusaient. Une seule a atteint la cible, l'autre s'est brisée. Le cœur de Romain. De cette déception est née une forme d'humiliation, de honte. Et tout a basculé. Désormais adultes, des questions restent en suspens. Pourquoi Romain a-t-il fichu le camp après le décès de ses parents ? Et tout bascule. La violence éclate.

Doit-on sombrer dans cette forte empathie qui prend le dessus ? Sommes-nous piégés par cette nostalgie cotonneuse et par ces chicaneries qui se transforment en querelles ? Benoît Minville joue sur la corde sensible – et ce n'est pas du heavy metal qui résonne. Comment ne pas être touché par ces rappels d'une enfance chérit, par ces meules - que l'on a nous-même enfourchées – qui traçaient sur les départementales, par ces réunions entre potes en fumant nos premières clopes, par les beuglements de Herbert Léonard (je vous autorise à faire l'impasse), par les premiers émois, etc. La liste est trop longue. On s'étonne un peu lorsque Chris va jusqu'à justifier les actes de Vlad en affirmant qu'il a créé des emplois et évité des fermetures. La passion est à son comble. Peut-être exagérément. D'accord, on vous le concède, c'est un peu chercher des poux sur le crâne d'un chauve. Mais crions grâce à l'auteur car certains personnages comme le loup solitaire ou la famille de Cédric, le pote qui s'est joint au « gang », sont une valeur ajoutée et l'intrigue, si minime soit-elle, tient le choc ainsi que les scènes d'action. Si Benoît Minville ne s'attarde pas sur l'environnement proche de cette ruralité c'est pour faire corps avec ces hommes et femmes qui sont attachés à leurs racines.

Au final on finit par succomber sans pour autant s’enfiévrer - certains lecteurs pourront peut-être lâcher prise - car ce Rural Noir, à l'atmosphère prégnante, est soutenu par un auteur qui ne fait pas semblant. Son écriture qui se veut authentique, sans artifice est délibérément ouverte – entre passé et présent - sur la nostalgie, sur cette brèche difficile à franchir de l'enfance vers l'âge adulte, sur ce désir de rédemption, sur cet univers rustique qui lutte face à la voracité du modernisme.

Mention : Je remercie Penny pour les rides !

*Penny est mon assistante et amie. Elle intervient en introduction de mes chroniques.

« Rural noir »; Editions Gallimard – Collection Série noire ; Date de parution : 18-02-2016 ; 256 pages.

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