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LA REVOLUTION VOUS SALUE BIEN - L'ARME DU CROCODILE - CARL HIAASEN

Publié le par Bob

LA REVOLUTION VOUS SALUE BIEN - L'ARME DU CROCODILE - CARL HIAASEN

Introduction* : « Cette idée de cercueil dans le salon qui fait office de table basse pour l'apéro est à retenir... »

Floride. Miami. Le même jour un shriner (membre d'une société maçonnique nord-américaine) disparaît et le corps du président de l'Office du tourisme est retrouvé dans une valise flottant sur les flots. Le meurtre est revendiqué par un obscur groupuscule Las Noches de Diciembre. Le détective Brian Keyes, ancien journaliste du Miami Sun, va avoir du fil à tordre et retordre...

Ce roman entre dans le cadre de mes lectures spéciales balnéaires. Spéciales parce que ce sont des auteurs et des œuvres indispensables que je ne prends pas le temps de lire le reste de l'année. Balnéaires parce que... balnéaires.

Ca y est ! Voici ma première expérience hiaasenienne. J'ai déjà flashé pour le désopilant duo composé de Serge et Coleman mis en scène par Tim Dorsey et, assistant à un échange virulent mais surtout amical entre deux connaisseurs (lire les chroniques de Yan) des troubles mentaux et du déconnage floridien, je me devais de pénétrer dans l'univers loufoque et édifiant de Carl Hiaasen.

Décidément, la péninsule est en effervescence. Les touristes affluent – dont une escouade de shriners bikers – et des événements morbides se produisent. L'auteur se penche sur ce quatuor de dingos – le sont-ils vraiment ? - qui va semer la panique en se réclamant – avec meurtres à l'appui – révolutionnaires écologiques. La Floride doit retrouver toute sa splendeur naturelle. Autant dire que les promoteurs rapaces sont visés ainsi que le très impliqué et zélé directeur de l'Office du tourisme. Présenter ces extrémistes aux motivations insondables c'est un peu décrire des résidents d'un asile psychiatrique lâchés dans la nature. Il y a cet indien qui remâche toujours les exactions subies par son peuple durant la colonisation et les guerres séminoles, ce gaillard black champion de football américain « aux bras comme des troncs de séquoia » souvent bien bien défoncé, ce cubain qui vomit sur Castro (et les siens) et El Fuego, le meneur, qui programme, dirige et met en œuvre la conspiration. Ce dernier ne fait pas les choses comme le pékin moyen, il a la cougourde qui enfle et semble doté d'une imagination sans borne – c'est un perfectionniste. Ces opérations chocs surprennent les forces de police et le détective Keyes, aidé par les shriners, tourne en bourrique. Lorsqu'il apprend que son ancien collègue du Miami Sun ne donne plus de signe de vie il a enfin un indice.

« - Il s'appelle Pavlov […]. C'est un crocodile d'Amérique du Nord, l'un des trente qui restent sur la surface du globe. Il dépasse d'un poil les cinq mètres de long et pèse à peu près autant qu'une Porsche 915. Et, avec ce tonnage, il a un cerveau pas plus gros qu'une mandarine. La nature est merveilleuse, tu ne trouves pas, Brian ? Qui a dit que Dieu n'a pas le sens d' l'humour ?»

On sombre bel et bien dans un univers gentiment extravagant que l'auteur se plaît à accommoder à sa sauce, pimentée aux champignons hallucinogènes et autres herbes psychédéliques. Chaque mise en situation engendre des conséquences inattendues - ou tellement attendues qu'elles en deviennent risibles – et sa dose de bizarrerie. Il est vrai que ses personnages lui offrent une palette plutôt riche. Hiaasen ne cache pas son vif intérêt pour la cause écologique – il est aussi auteur de romans pour la jeunesse qui abordent ce domaine – et met tout son talent à pourfendre les dérives de la société américaine.

Sûr que l'on ne va se priver, dès que possible (Cousu main et De l'orage dans l'air), de rire un bon coup, de profiter d'une bonne enquête bien maîtrisée et de parcourir cette Floride que Carl Hiaasen nous décrit avec une mélancolie non dissimulée.

Mention : Le seul petit bémol pourrait être la longueur du récit (500 pages) – que l'on déguste cependant avec mesure pour le plaisir des papilles. Il faut lire Carl Hiaasen ! Et Tim Dorsey !

*Penny est mon assistante et amie. Elle intervient en introduction de mes chroniques.

« L'arme du crocodile », titre original Tourist Season (1986), traduit de l'américain par Yves Sarda, Editions J'ai lu, 504 pages.

Carl Hiaasen, né le 12 mars 1953 à Fort Lauderdale, en Floride, est un journaliste et romancier américain. Il écrit aussi bien pour les adultes que des ouvrages de littérature d'enfance et de jeunesse.

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