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DE LA DIGNITE - LA TERRE DES WILSON - LIONEL SALAÜN

Publié le par Bob

DE LA DIGNITE - LA TERRE DES WILSON - LIONEL SALAÜN

Introduction* : « La lecture de ce roman n'est pas prohibée ».

Oklahoma.1935. Annie Mae, suivit par sa fille, n'en revient pas. Dick est de retour au pays. Mais que va dire son père avec qui elle vit désormais ? Quinze années plus tôt, dans son taudis, le vieux Samuel Wilson avait découvert que son fils et sa femme s'étaient enfuis. Pourquoi est-il là et comment est-il parvenu à s'enrichir ?

Comme quoi, parfois, la vie ne tient qu'à une mule. Une mule nommée Jessie. Ce n'est donc pas celle du pape car elle n'a pas de rancune. Non, c'est la mule qui se soumet à Samuel. Et pourtant, que serait-il sans cette mule ? C'est son outil de travail pour parcourir ses terres arides, sur lesquelles il s'acharne à gagner tout juste leur pitance. Alors pourquoi s'acharne-t-il aussi sur elle quand il a le sang qui bouillonne ? D'où vient cette haine et serait-il capable de violence envers quelqu'un d'autre si elle n'était pas là ? Son fils Dick l'a vu faire. Et puis, un jour il s'y oppose. Cependant, il est vrai que leur existence est un enfer car ils ont dû subir ces nuages de poussière qui détruisent tout sur leur passage, que la Grande Dépression est aussi passée par là et que le feu du soleil est un ennemi teigneux pour les récoltes. Ça vous forge un sacré putain de caractère. Samuel c'est la sécheresse des mots, l’âpreté des sentiments, l'inflexibilité des idées. Un puits sans eau avec une corde pour se pendre avant de prendre une volée, semble se dire Dick. C'est ainsi qu'on le retrouve avec quinze ans de plus et une belle automobile alors qu'il pénètre sur le territoire de son père. On pense immédiatement à la vengeance qui doit le tarauder mais il vient faire des affaires (illicites), et puis il y a Annie, celle pour qui il avait une infinie affection et qui vit avec son père.

Dire que l'auteur est passionné par cette Amérique est un truisme après la lecture de ce roman – je n'ai pas eu le plaisir de découvrir les deux premiers - tant il semble s'être approprié non seulement le territoire mais aussi l'atmosphère et les êtres qui y ont vécu. Être imprégné par l'atmosphère, voilà ce qui fait ici toute la différence. Il ne s'agit pas de décors, d'environnement, de senteurs ou de bruits mais plutôt de cette impalpable sensation, celle qui guide les mots de ce récit. Et ses mots, Lionel Salaün les cajolent, les tourne et retourne pour choisir les plus beaux, les plus justes. Tellement, que l'on s'imagine qu'il pourrait presque par moment en faire l'économie, pour nous les offrir plus tard. Dire l'âpreté n'est pas chose aisée. Les images parfois sont parlantes, dit-on. Et ces images s'agitent et ces personnages tremblent, âmes mauvaises ou bienveillantes se contemplent, se hument, se détestent.

« - Qu'est-ce que t'attends d'moi, bon Dieu ?

- De la dignité, si c'est pas trop te demander ! répliqua Dick. C'est le moins que tu lui dois. »

Des Grandes Plaines, pas de western ici, pas de petits chevaux avec des indiens dessus mais une mule, Samuel l'autre mule – qui pourtant à des remords – une femme et sa fille et celui par qui le bonheur et le malheur arrive, celui qui lutte avec ses armes. L'auteur ne juge pas ces êtres – ils ont assez de fardeaux comme ça - car ils subissent tous autant la lourde contingence du désastre écologique et économique et n'ont pour seule raison de vivre que de survivre.

La terre des Wilson est un hommage à toutes ces victimes. C'est aussi une belle histoire d'amour et d'honneur où la haine n'a pas droit de cité. Sous la tragédie pointe l'espoir, malgré tout, et le droit de choisir son destin. Il y a tant de beaux romans à lire, en voici un.

Mention : Qui s'est permis de chanter : « La misère est moins triste au soleil » ?

*Penny est mon assistante et amie. Elle intervient en introduction de mes chroniques.

« La terre des Wilson »; Editions Liana Levi ; Date de parution : 01/04/2016 ; 244 pages.

Lionel Salaün est né en 1959 à Chambéry, où il vit. Passionné par l’histoire et la géographie des États-Unis, il choisit en 2010 de camper son premier roman au bord du fleuve Mississippi après la guerre du Vietnam. Le Retour de Jim Lamar sera couronné par douze prix littéraires. Suivront Bel-Air en 2013 et La Terre des Wilson en 2016, toujours aux éditions Liana Levi.

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