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COMME UN OURAGAN – PERES, FILS, PRIMATES – JON BILBAO

Publié le par Bob

COMME UN OURAGAN – PERES, FILS, PRIMATES – JON BILBAO

Introduction* : « En langue congolaise chimpanzé signifie faux-homme. Ils doivent être navrés les chimpanzés par la stupidité des vrais hommes. »

Quand son beau-père l'invite avec sa famille au Mexique à son mariage en grande pompe avec une nénette qui pourrait être sa fille Joanes a les boules. Son entreprise de climatisation n'est pas au mieux et il doit signer un contrat ultra important. L'annonce d'un ouragan force tout ce beau monde à quitter l'hôtel pour rentrer dans les terres. Joanes va faire des rencontres surprenantes qui vont le mettre dans un état... pitoyable.

A la lecture de ce récit on se demande parfois s'il s'agit d'un rêve - plutôt d'un cauchemar – ou si l'on a connu des périodes de grande solitude qui nous ont flingué quelques neurones à trop cogiter sur la « théorie de la savane » à l'origine de la bipédie (Le singe nu de Desmond Morris) - ce n'est qu'une interprétation mais il se peut que je fasse erreur. En effet, lorsque Joanes, fuyant l'ouragan, tente de rejoindre sa famille il rencontre un chimpanzé. Sa conscience va prendre un virage surprenant. Et, par le plus pur des hasards, c'est son ancien prof de fac qu'il retrouve, un type infâme envers ses étudiants. Il en garde des souvenirs plutôt malsains. Sa carrière d'ingénieur toute tracée a-t-elle été bousillée par ce dernier ? L'idée fait son chemin. Si bien qu'il s'en persuade. Serait-il dans un état de démence avancée ?

L'auteur met le personnage principal dans un cadre et des situations qui ne peuvent que l'amener à péter les plombs. Il est au Mexique, une tempête approche et il se perd. Déjà bien excité par ce beau-père qui le tyrannise, par son épouse qui est (trop) aux petits soins, par cet appel qu'il attend pour valider la signature du contrat et qui ne vient toujours pas, il entre dans un état second par l'attitude de ce chimpanzé, par son soupçon envers le vieil universitaire qui n'a pas changé, et ce qui va suivre ne peut qu'envenimer ses relations, renforcer ses pulsions de vengeance. Le coup de fil changerait tout, sa boite ne coulerait pas, son honneur serait sauf, il ne serait plus ce loser, ce minable qui a raté sa vie.

Comment considérer les actes amoraux et barbares qui vont se dérouler sans penser à l'attraction de l'obsession qui transforme un être jusqu'à la déraison et la manipulation. Jon Bilbao utilise un ton abrupt et la concision dans le récit pour atteindre son but. Il nous entraîne non pas dans l’œil du cyclone et son calme trompeur mais dans une spirale, cette vis sans fin de la folie. Il nous rappelle que le chimpanzé est un hominidé comme l'être humain. Ce dernier serait en voie de dégénérescence.

Pères, fils, primates est un roman noir inconfortable, troublant, ébouriffant.

Mention : On n’apprend pas aux vieux singes à faire la grimace.

*Penny est mon assistante et amie. Elle intervient en introduction de mes chroniques.

« Pères, fils, primates »; Editions Mirobole ; Traduit de l'espagnol par Marc Fernandez

; Date de parution : 14/04/2016 ; 288 pages.

Né dans les Asturies (Espagne) en 1972, Jon Bilbao a une double formation d’ingénieur des mines et de philologie anglaise. Il a publié plusieurs recueils de nouvelles inédites en France et couronnées par des prix littéraires nationaux, des contributions à diverses anthologies dont une Anthologie du récit fantastique espagnol d’aujourd’hui (2009) ainsi que trois romans : Le Frère des mouches(2008), Pères, fils, primates (2011) et Shakespeare et la baleine blanche (2013). Il habite actuellement à Bilbao (Pays Basque), où il travaille comme traducteur.

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