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NE JAMAIS RAMENER SA FRAISE ELLE A L'ODEUR DU SANG

Publié le par Bob

NE JAMAIS RAMENER SA FRAISE  ELLE A L'ODEUR DU SANG

Introduction* : « J'écoute Strawberry Fields en boucle... »

Partout et nulle part. Deux maisons, des voisins. Joseph et sa fille Salma ; Marcus, Rosy son épouse et le petit Angelo. Tout commence par un drame. Le chien de Joseph écrasé par l'auto de Marcus. Il va le payer, ainsi que sa femme et son fils se dit Joseph. Pourtant, Rosy il se la tape sauf la dernière fois, il a eu une panne. De son côté Salma fait une rencontre qui va lui laisser des traces. Mais elle va ramener sa fraise...

Tel que cela est parti, il va nous faire toutes les couleurs de l'arc-en-ciel l'auteur de « Trait bleu ». Je compte sur mes petits doigts et j'en trouve cinq à venir. Si son premier polar m'avait emballé dès les premières pages, j'ai un peu tiqué sur celui-ci. Un père taré qui flinguerait père, mère et enfant pour des broutilles ? Une joggeuse qui stoppe son élan pour s'intéresser à ce qui semble être des travailleuses exploitées, qui reste chez le patron pour dormir, qui évite le viol et laisse ce dernier à moitié mort ? Pourquoi pas, l'auteur a déjà tapé dans ce registre trash, avec des vilains méchants, des situations absurdes mais j'ai dû batailler pour finalement adhérer. Le bouquin étant court – même pas deux cent pages – la mécanique se met rapidement en place et une fois injectée la dose de cocasserie - formule miracle de l'auteur – je te dis pas comme ça dépote.

En effet, c'est avec le tempo d'une orgue de Staline (pour le rouge sanglant) et avec les dégâts inhérents que nous suivons ce récit qui, vous l'avez compris, n'a rien d'une promenade de santé pour les personnages (et pour les lecteurs). Il va y avoir du rififi dans les chaumières de Marcus et Joseph. Les parcours de chacun et de leur entourage vont voir leurs destins prendre des tournures plutôt tragiques. Celui de Salma est lié à son désir soudain de combattre l'exploitation de femmes immigrées dans une exploitation agricole. Oui, c'est ainsi, il faut qu'elle ramène sa fraise et ça ne va pas arranger ses affaires. Les embrouilles de Marcus, Joseph et Salma vont finir sur le bureau des gendarmes qui n'y pigent absolument rien. Ça fait rire les oiseaux, ça fait chanter les abeilles...

Allez, je me dois de vous faire un aveu. J'ai lu une deuxième fois le début et il faut croire que je n'étais pas disposé - (« On dit indisposé, Bob » me rappelle mon assistante) – puisque c'est presque passé comme une lettre à la Postoche. Il ne faut pas chercher midi à 12 heures avec Bablon. C'est foutraque, il faut l'accepter ainsi. Avec son regard porté sur cette immigration clandestine sous-payée et vivant dans des conditions difficiles, c'est le noir pur et dur qui règne dans le récit. La folie de l'un, les errements des autres, on est dans un manège désarticulé qui tourne tourne jusqu'à ce que la structure parte en vrille. On rit de voir ces marionnettes suspendues qui crient dans le vide avant de suffoquer en les voyant s’envoler puis s'écraser sur le béton.

"Chlac. Hurlement. Une dent a transpercé la cuisse du mec, à deux doigts des couilles. Les autres dents ont entamé le ciment. Crève , Ducon !"

Bablon malaxe, entaille avec ses mains de bûcheron ses personnages qui semblent ne pas avoir d'avenir, seulement un présent qu'ils se prennent en pleine face. « Rouge écarlate » c'est un bulldozer sans pilote qui avance, écrabouille inexorablement... des fraises. On dirait du sang.

Mention : Tagada tagada tsoin tsoin !

*Penny est mon assistante et amie

« Rouge écarlate » ; Editions Jigal ; Date de parution : 2016 ; 192 pages

Sa mère est née à Saint-Pétersbourg, Jacques Bablon à Paris en 1946. Il passe son enfance dans le 93 à taper dans un ballon sur un terrain vague triangulaire… Ado, il décide de devenir guitariste et de chanter du Dylan pour pouvoir draguer les filles… Mais devant le peu de succès récolté il préfère s’acheter une pile de disques (les Stones, Mozart, les Beatles et compagnie…) et un Teppaz. Plus tard l’exaltation artistique lui tombe dessus par hasard grâce à la peinture. Après avoir dessiné des bols, des cafetières, des pommes et des femmes nues, il devient professeur à l’École supérieur des arts appliqués. Parallèlement à sa carrière officielle d’enseignant heureux, il publie des BD chez Casterman et devient scénariste dialoguiste de courts et longs métrages. Il a toujours eu besoin de voir loin pour survivre, c’est pourquoi il habite en haut d’une tour. Mais le pire, c’est que des années après, il ne sait toujours pas où est passé son Teppaz…

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Jean (jackisbackagain) 07/04/2016 11:44

Bonjour Bob,
A ce jour, ta chronique est assurément la meilleure que j'ai pu lire sur ce titre de Bablon. Il y a d'ailleurs du Bablon dans ta façon d'écrire. Non, je n'ai besoin de rien, le compliment est amplement mérité. Amitiés.

Bob 07/04/2016 18:28

Oui Jean, je dois faire dans le mimétisme. Et puis autant j'aime les récits littéraires autant je me laisse porter par ce dragster tout feu tout flamme. Merci pour ce compliment car ainsi je ne suis pas le seul à m'en faire... Amitiés.