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LA REVOLTE DES BONNETS ET DES PETITES CULOTTES

Publié le par Bob

LA REVOLTE DES BONNETS ET DES PETITES CULOTTES

Introduction* : «Malgré tous ces cœurs brisés, il reste l'espoir... »

Normandie. Vrainville. Il est le patron de cette usine de bonneterie florissante qui fait vivre tout le patelin. L'autre est représentant du CE et le dernier est le maire. Dix-huit ans plus tôt, ils roulaient dans la même 205 GTI. « Bénis soient Les Ateliers Cybelle ! » Mais ça, c'était avant. Car l'apparition d'un homme diligenté par le directeur de la fabrique se traduit par des mesures drastiques. Et ce mort, ils vont l'avoir.

C'est vrai quoi, cette couverture m'a foutu les jetons. J'ai cogité longuement, enfin pas trop quand même, juste ce qu'il faut pour tenter d'en saisir l'intentionnalité (mon correcteur Word ne connaît pas le mot, c'est dire si je suis balèze). Bon, on s'en fiche car ce qui nous intéresse c'est cette histoire de famille qui grâce/à cause de son ancêtre a permis à une foultitude de petits normands de connaître leur plan de carrière dès la naissance. Le petit-fils de l'entreprise n'a pas hérité du paternalisme de l'honorable fondateur. Il faut le comprendre, les affaires sont les affaires, on n'imagine pas la charge qui pèse sur ses frêles épaules, alors se délester un peu et ainsi approvisionner son compte panaméen – là, je m'évade (non pas fiscalement) pour coller à l'actualité - semble être la meilleure solution. Et puis, il y a cette foutue mésaventure de jeunesse avec ses deux potes d'antan. Vrainville était un petit paradis mais ses habitants craignent désormais une descente en enfer.

L'auteur met l'accent sur un climat social qui se répercute forcément par un profond malaise au sein des familles. Cependant des événements ponctuels vont encore accentuer le traumatisme avec le retour d'une rescapée et la sortie de son isolement d'une autre femme - les deux ayant souffert le martyre. Un drame survient alors que le nouveau chef de gendarmerie prend ses fonctions. Pas de bol. L'accidenté avait entendu cette phrase « Ce qu'il nous faut, c'est un mort. »

Hervé Commère est du genre à ferrailler les fondations. Pas question que sa construction parte en sucette. Il fait dans l’antisismique. Et il sait prendre son temps – Dieu, que c'est bon ! - pour cela. Mais ce n'est pas non plus un train de sénateur car il met en scène de nombreux personnages qui ont tous un lien direct avec Vrainville. Ainsi, il nous les rend proches, presque palpables. Et non, les épisodes de la vie de ces êtres ne virent pas dans le mélo. D'ailleurs, certains mériteraient des baffes. Mais ne sont-ils pas seulement ballottés par des vents contraires contre lesquels ils s'avouent d'avance vaincus ? Nul n'est blanc ou noir. Les illusions perdues appâtent la fatalité. Le bonheur partagé cède la place à la détresse collective. Mais un petit bout de femme va agiter le drapeau noir. Le temps de la révolte est venu – qui n'est pas sans nous rappeler celle des filles de l'usine Lejaby.

De ce roman noir, choral et social émergent douleur et tendresse. Hervé Commère est avare de figures de style dans ce récit, où il nous confie les destins croisés de ces hommes et femmes, baigné d'une profonde humanité. Cette empathie est la force de « Ce qu'il nous faut, c'est un mort » qui libère un sentiment souvent négligé que nous prenons comme une bouée de sauvetage au milieu d'une mer déchaînée.

Mention : Je sais, j'ai la réponse pour la couverture ! Ce n'est pas un thriller...

*Penny est mon assistante et amie

« Ce qu'il nous faut, c'est un mort » ; Editions Fleuve ; Date de parution : mars 2016 ; 400 pages

Hervé Commère est l'auteur remarqué de quatre romans, parmi lesquels Les Ronds dans l'eau (2011), lauréat du Prix marseillais du polar et Imagine le reste (2014), prix Plume de Cristal du Festival international du Film policier de Liège. Il vit et travaille à Paris.

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